http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: L’homme que j’ai tué il y a un siècle
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L’homme que j’ai tué il y a un siècle

 
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Deshima
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Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Ven 21 Oct 2011 - 15:02    Sujet du message: L’homme que j’ai tué il y a un siècle Répondre en citant

Charles Jardinier n’y alla pas par quatre chemins :
« Voilà, curé, après-demain je vais fêter mes cent quinze ans. Peut-être, peut-être pas, va savoir. Je m’en fous bien, de toute façon. Il y a un truc que je trimballe depuis un moment, et je voudrais m’en débarrasser. »
« Vous souhaitez donc vous confesser, traduisit le Père Athanase. Ce n’est pas comme ça que c’est censé se passer, vous savez : chacun devant un écran, vous à la maison de retraite et moi au presbytère. Je me doute bien que vous ne pouvez pas vous déplacer, mais il faudrait au moins que je vienne vous voir. »
« Certainement pas ! s’emporta Jardinier. Pendant toute ma vie, et contre vents et marées, j’ai été un mécréant, et un d’envergure, je vous prie de le croire. Je vais avoir l’air de quoi, si vous débarquez ici ? »
« Mais de quoi s’agit-il au juste ? » interrogea le Père Athanase qui était habitué aux caprices des grands vieillards. Il pria pour que son interlocuteur n’ait pas remarqué le léger haussement d’épaules qu’il s’était permis. Charles Jardinier était l’un des derniers témoins de la Libération, pourquoi ne pas lui passer une ultime lubie ?
« J’ai tué un type, curé. En août 44.  J’avais quatorze ans. Un Allemand. »
« Si je comprends bien, c’était pendant les combats de la Libération. C’est évidemment regrettable, mais des milliers de gens ont été tués durant cette période, sans parler des millions et des millions de morts de ce conflit mondial.»
« Les combats de la Libération, le conflit mondial, ricana Jardinier, est-ce que j’ai parlé de ça ? Le type était tout seul, dans un champ, en plein midi, il roupillait. Je revenais d’un rencard avec une copine ; ça s’était mal passé, elle m’avait balancé une giroflée à cinq branches. Je n’étais pas de bon poil…. Et voilà que je tombe sur ce soldat, j’ai failli lui marcher dessus. C’était un jeune, très jeune même, autant dire un gosse, mais ça ne m’a pas trop étonné : j’avais entendu dire que les Allemands étaient obligés de finir la guerre en envoyant au front des gamins et des papys. J’ai même failli le prendre pour un jeune gars quelconque : il n’avait pas de casque, à peine une botte à chaque pied, et son uniforme vert-de-gris était dans un sale état. Mais il y avait le ceinturon avec l’arme : cet imbécile l’avait jeté par terre avant de s’écrouler de fatigue, je suppose. Je n’ai pas réfléchi, je n’ai pensé à rien, je vous assure que j’avais la cervelle complètement vide. J’ai sorti l’arme, j’ai tâtonné un moment à cause du cran de sûreté, il y a un premier coup qui est parti en l’air mais ça n’a même pas réveillé l’autre, alors je l’ai visé et je lui ai vidé le chargeur en pleine tête. Et puis je me suis sauvé. Maintenant, tenez-vous bien, curé : jusqu’à aujourd’hui personne, je dis bien personne, n’a su ce qui s’est passé dans ce champ ce jour-là ! »
« Monsieur Jardinier, dit sèchement le Père Athanase, vous avez sur moi l’avantage d’avoir vécu cette époque, mais cela ne m’empêche pas de savoir que ces périodes de troubles et de désordres sont généralement propices à nombre de règlements de comptes, d’actes crapuleux et de gestes irréfléchis comme le vôtre, qui passent souvent inaperçus au milieu du fracas des armes de guerre. »
« Souvent inaperçus, oui, grinça Jardinier, mais aussi longtemps ? «
« Monsieur Jardinier, je me demande à quoi vous avez pensé en me contactant, fit sévèrement le Père Athanase. Sachant votre complète absence de sentiments religieux, je suppose que vous n’avez pas espéré recevoir l’absolution de ma part ? Je ne sais quelle est l’inspiration démoniaque qui vous a poussé à profiter de votre longévité pour retarder toujours plus le moment d’avouer votre crime. Que vous êtes-vous imaginé, mon Dieu, je n’ose y penser ! Qu’un crime commis il y a un siècle est moins odieux que s’il avait été perpétré l’année dernière ? Que le temps écoulé fait la différence ? Et pour qui ? Vous n’y avez jamais pensé, n’est-ce pas ? Mais mon pauvre ami, un an, dix ans, cent ans, mille ans,  c’est la même chose pour Lui, autant dire : RIEN. Vous êtes autant en état de péché aujourd’hui que si vous étiez encore dans ce champ il y a cent ans, avec à vos pieds le cadavre de ce jeune soldat qui ne devait pas être beaucoup plus âgé que vous. Voyez-vous, M. Jardinier, je crois que le pire dans votre acte est que vous n’avez même pas tué pour protéger votre vie ou celle d’autrui : vous avez tué parce que vous étiez d’humeur à ça ce jour-là. »
Le Père Athanase coupa la communication d’un geste rageur, et poussa un soupir de mécontentement :
« Décidément, les centenaires ne sont plus ce qu’ils étaient. » 
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MessagePosté le: Ven 21 Oct 2011 - 15:02    Sujet du message: Publicité

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Humphrey
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MessagePosté le: Dim 23 Oct 2011 - 11:37    Sujet du message: L’homme que j’ai tué il y a un siècle Répondre en citant

"il y a un premier coup qui est parti en l’air mais ça n’a même pas réveillé l’autre"

Donc on  peut en déduire qu'il était déjà mort... et que notre centenaire a vidé son chargeur sur un cadavre.
Est-ce que cela change quelque chose à son geste ? Question difficile...

A part ça, ce texte m'a plu jusqu'à la question du jardinier "mais aussi longtemps". La réponse du curé, juste peut-être mais moralisatrice à outrance, ainsi que sa remarque finale, rendent ce texte complètement inintéressant à mes yeux. Désolé.
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Deshima
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Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Dim 23 Oct 2011 - 13:55    Sujet du message: L’homme que j’ai tué il y a un siècle Répondre en citant

Cher ami Humphrey

Que le texte vous ait paru inintéressant, soit, j'y survivrai, mais que son absence d'intérêt ne vous soit clairement apparue qu'à la fin.... c'est préoccupant.
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Abdel
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MessagePosté le: Dim 23 Oct 2011 - 17:20    Sujet du message: L’homme que j’ai tué il y a un siècle Répondre en citant

Je crois que le texte n'a pas été ficelé comme il fallait.

Tuer un cadavre est une bonne chute comme l'a décelé Humphrey. Il fallait travailler autour, pour la présenter à la fin.

Centrer l'intérêt à outrance sur les paroles du curé détourne trop l'attention et donne au texte une dimension religieuse trop sérieuse par l'écriture neutre.

Je crois qu'il fallait tourner en ridicule le fait de confesser des erreurs de 14 ans. Même en droit pénal cela ne tient pas la route sauf  à appliquer le droit en matière de redressement des jeunes dans des centres particuliers.

Le texte manque effectivement d'intérêt vers la fin car on reste sur sa faim et on ne comprend pas le sens des derniers propos du curé, qui ne constituent pas du tout une chute évidente.

Ceci dit, on ne tire conclusion que de ce qu'on a sous les yeux et de ce qu'on a compris. Les non-dits de l'auteur ne sont pas mis en relief par des indices  écrits sur lesquels on pourrait construire une compréhension personnelle du texte.

Le but de notre lecture est, entre autres buts nobles, de vous avertir des failles possibles, pas de les passer sous silence.
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Yasmina ABBAR
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MessagePosté le: Sam 16 Fév 2013 - 14:10    Sujet du message: L’homme que j’ai tué il y a un siècle Répondre en citant

J'ai beaucoup aimé ce texte, selon moi il est bien écrit, et j'ai été captivée du début à la fin. Mais j'avoue, que je m'attendais à une chute! C'était tellement bien fait, et à la fois saugrenu comme histoire! Qu'une personne décide d'en tuer une autre comme ça, sur un coup de tête, que pendant tout le texte, je trépignais d'impatience à l'idée d'en lire la dernière phrase! Et du coup je suis restée sur ma faim, ou sur ma fin héhé!
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JRZFON
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MessagePosté le: Mer 10 Avr 2013 - 17:53    Sujet du message: L’homme que j’ai tué il y a un siècle Répondre en citant

Je suis de l'avis général, la fin est ratée. Mais alors le reste, là franchement, je lève mon chapeau... Un talent, un vrai ! Le texte le plus talentueux que j'ai lu jusqu'ici, je veux dire, pour la fluidité et la musique des phrases ! Et pas une faute d’orthographe, chose très agréable... Seule la fin cloche, donc. Toutes mes félicitations.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 04:21    Sujet du message: L’homme que j’ai tué il y a un siècle

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