http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: Zak et Lehla suite 19
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Zak et Lehla suite 19

 
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Yasmina ABBAR
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MessagePosté le: Dim 17 Fév 2013 - 02:10    Sujet du message: Zak et Lehla suite 19 Répondre en citant

Rappel :

Lehla est une jeune fille qui se cherche. Au départ, elle est renfermée sur elle-même, victime des à priori, et rêvasse au jour où son prince viendra. Elle décide de donner un coup de pouce au destin. Elle rencontre Zak, s'éprend de lui malgré ce qu'on peut dire à son sujet. Elle fait aussi la connaissance de Louisa et sa bande de copines, celles qui étaient réputées être malfamées, et s'aperçoit qu'il y a des coeurs sous tous ces artifices.

De son côté, Zak nourrit encore son rêve de s'en aller vers l'Europe. On apprend qu'il a été "adopté" dans son enfance, puis à la mort de sa mère adoptive, abandonné, livré à lui-même avec pour seule possession une toute petite chambre. On apprend également qu'il a fait de la prison, et que ce fut pour lui une expérience traumatisante qui n'a fait qu'accentuer son désir de quitter le pays.

J'avais arrêté le roman quelques temps après que Lehla ait passé la nuit avec Zak. Il ne lui avait plus donné de nouvelles depuis.
Au bout du compte, Lehla s'était aperçue qu'il n'avait rien à voir avec ce qu'elle pensait. Elle rêvait à l'amour, quand, égoïste, le garçon ne faisait que profiter de sa faiblesse. 
Elle découvre qu'elle est enceinte et décide d'avaler des plantes abortives, mais se retrouve à l'hopital. Elle est heureusement en bonne santé, le médecin lui dit qu'il a un moyen de l'aider à faire face à cette grossesse, et lui donne rendez vous le lendemain.
Pendant ce temps, Zak s'en va à Tanger avec Marouane, son meilleur ami. Ils s'agrippent sous deux camions en marche pour tenter de passer la douane. Marouane tombe, Zak se fait arrêter et il est sans nouvelle de son ami.




Voici la suite...




23




« Dans une passe étroite, il n'y a ni frère ni ami. »






            Lehla ne ferma pas l'œil de la nuit, rongée par l'angoisse. Elle guetta les chiffres sur son portable, les passages d'une minute à une autre. Les secondes duraient des minutes, les minutes des heures. Jamais temps ne lui parut si long. Les larmes ne cessaient de couler sur ses joues, et une boule de plomb s'était formée dans son ventre. Elle voulait mourir, n'être plus de ce monde pour oublier enfin ces peines. Elle regardait ce ventre qui s'apprêtait à grandir, cet être non désiré qui prenait chaque jour plus de place, cette chose qui lui rappellerait à tout jamais son erreur. L'erreur d'une nuit qui la suivrait toute une vie. Elle posait sa main sur son ventre, essayant de sentir cette chose qu'elle haïssait déjà.. Rien ne laissait présager qu'une vie grandissait là. Elle donna des coups sur cette toute petite bosse, sanglotant avec désarroi, espérant que tout cela disparaisse et ne soit plus que mauvais souvenirs.
Elle n'avait rien dit à personne. Elle avait honte quand elle croisait le regard de sa famille. Ils ne savaient pas à quel point elle les avais trahis, à quel point ils la haïraient quand ils apprendraient ce qu'elle a fait. Jamais ils ne lui pardonneraient une telle horreur. C'était pire qu'un sacrilège que de se retrouver enceinte hors mariage, d'un homme qui ne vous manifestait plus aucun intérêt. Elle aurait du suivre ses premiers instants, rester dans cette éducation qui lui avait enseigné la perfidie de l'homme. Elle avait été naïve. Elle avait voulu trouver l'amour, aller à l'encontre de son destin. Était-ce vraiment ce que Dieu avait prévu pour elle? Comment une telle horreur avait-elle pu être écrite à son intention? Non, Dieu n'avait rien à voir là-dedans. Le destin est peut-être écrit, mais à nous d'en orienter les voiles. Elle avait changé de cap, empruntant un chemin miné le jour même où son regard avait croisé celui de Zakarya. Elle le regrettait tellement! Un acte inconscient, et voilà que sa vie changeait à tout jamais.
« Je te hais, je te hais, je te hais! » sanglota-t-elle en assénant de petits coups sur son ventre.
             Elle espérait qu'il mourrait, que jamais elle n'aurait à croiser le regard de cette abomination. Would el haram. Un enfant du péché. Quelle vie aurait-il s'il voyait le jour? Personne ne lui adresserait la parole, il entendrait des insultes multiples sur son passage, et il vivrait une vie de misère... Lehla regarda son ventre. Sa vie serait un enfer. Mais la faute à qui? Qui fallait-il blâmer? Cet enfant méritait-il un tel accueil en ce monde? La jeune fille pleura encore à l'idée d'avoir gâché non plus un, mais deux destins...
Le réveil finit par sonner huit heures après une longue nuit qui lui parut interminable. Elle se leva d'un bon, alla faire sa toilette et s'habilla en vitesse. Elle laissa un petit mot à l'adresse de sa mère, expliquant que le médecin lui avait demandé de repasser la voir ce matin.
La jeune fille ouvrit son armoire et attrapa un portefeuille bien dissimulé. Elle compta la somme qu'il renfermait. Trois-cent dirhams d'économies qu'elle fourra dans sa poche. Ce fut avec un étrange sentiment qu'elle quitta la maison cette fois-ci. Elle jeta un œil à la porte d'entrée. Toute la famille dormait encore à points fermés. Lehla se demanda ce que lui réservait cette visite à l'hôpital, est-ce qu'elle reviendrait en ces lieux un jour?


            « Bonjour, je voudrais parler au docteur Aatabi s'il vous plaît, demanda la jeune fille à l'infirmière postée à l'accueil.
_ Vous avez pris rendez-vous? Demanda celle-ci avec une pointe d'indifférence.
_ Non. Mais il m'avait demandé de repasser.
_ Il est très occupé, rétorqua-t-elle.
_ Mais c'est lui qui m'a demandé de passer! Protesta Lehla.
_ C'est à quel sujet?
_ C'est personnel, marmonna la jeune fille, mal à l'aise.
_ Asseyez-vous, il passera quand il aura un moment dans ce cas. »
           Lehla prit place sur un siège, détaillant l'infirmière du regard. Elle avait des cheveux d'un roux flamboyant, si rêches que quand elle bougeait la tête, ils n'accompagnaient pas le mouvement, figés. Ses paupières tombaient sur ses yeux et ses sourcils avaient une telle forme que son expression faciale lui donnait constamment un air condescendant. Un poireau situé juste entre le nez et la lèvre supérieure n'altérait en rien cette laideur. Elle regardait les allées et venues, mâchouillant un chewing-gum comme un chameau qui broutait. Quel homme pourrait être attiré par une telle horreur? Quelle personne saine d'esprit accepterait de partager son lit? Cela expliquait probablement la raison pour laquelle elle travaillait dans un hôpital.
La jeune fille patienta une bonne demi heure sans que personne ne lui prête la moindre attention. Le docteur Aatabi finit par passer d'un pas rapide sans la voir, elle l'interpela et lui couru après.
« Ah bonjour! Ça va? Tu as pu parler à ta mère? Demanda-t-il.
_ Ça peut aller. Oui je l'ai fait, mentit Lehla.
_ Elle n'est pas avec toi?
_ Non, vous savez, elle a mal accueilli la nouvelle...
_ Je comprends. Que me vaut ta visite?
_ Vous savez, hier vous avez dit que vous m'aideriez...
_ Non, moi je ne peux rien faire pour toi, mais en revanche je connais un organisme qui s'occupe de ça et qui pourra t'aider!
_ Oui...
_ Attends, je vais te donner l'adresse! »
           Le médecin se rendit vers l'infirmière laide.
« Amel, note-lui l'adresse de « Oum el banine ». »
            Elle toisa Lehla du regard, jeta un œil à son ventre comme pour déceler la bosse.
« Voilà, tu n'as qu'à te rendre à l'adresse indiquée et on t'y prendra en charge gratuitement! Bonne chance! »
            Et sur-ce il la quitta sans plus un regard. L'infirmière lui tendit un papier plié en deux. Elle y jeta un coup d'œil, une adresse y était griffonnée : « Association Oum el Banine,Rue Oued Ziz et angle, Avenue El Mouquaouama, Quartier Industriel, Agadir”. L'association était située à Agadir! Cette ville se trouvait à près de dix heures de trajet de Meknès...
Lehla quitta l'hôpital en titubant. Tout ce qu'elle voulait c'était oublier. Qu'on tue cet être qui lui gâcherait la vie, qu'on l'arrache de ses entrailles. Elle refusait de le voir, et d'avoir quoique ce soit à faire avec lui. C'était un monstre qui grandissait en elle et qui dévorait petit à petit toute sa vie. Elle éclata en sanglots. C'était une tragédie qu'elle devrait affronter seule...
Non loin de là, elle aperçut un taxiphone. Elle s'y rendit d'un pas hâtif, les dents serrées. Elle composa machinalement un numéro, celui de Zakarya, le responsable de tous ces malheurs. Le téléphone sonna longtemps, mais personne ne répondit. Quelle injustice! Alors sous prétexte que l'homme ne portait pas l'enfant, il se croyait le droit de disparaître sans crier gare, comme s'il n'y était pas lié! Elle voulu hurler. Elle quitta la cabine en pleurant. Lehla interpela un taxi. Son choix était fait. Elle ne rentrerait pas. Elle n'aurait jamais la force d'affronter sa famille.
« CTM, »bredouilla-t-elle.
               Le chauffeur jeta un œil dans le rétroviseur.
« Un chagrin d'amour? »plaisanta-t-il.
             Lehla ne put contenir d'autres larmes. Elle sortit un mouchoir de sa poche et se moucha. Si seulement il ne s'agissait plus que de cela. Elle se souvint sa peine quand Zakarya l'avait quitté, elle avait eu l'impression que le ciel lui dégringolait sur la tête, que tout s'effondrait autour d'elle. Pauvre fille! Si elle s'était doutée ne serait-ce qu'une seconde de ce qui pouvait l'attendre! Si seulement il ne s'était agi que d'un vulgaire chagrin d'amour!
« T'en fais pas! Ça va passer! Tu le rencontreras, le prince charmant! Lança-t-il en souriant, se voulant rassurant.
_ Si ce n'était que ça..., sanglota-t-elle.
_ Quoi que ce soit, ça ne peut pas être si dramatique que ça! Tu m'as l'air en bonne santé, non? »
            Lehla acquiesça.
« Alors hamdoullah! Tout est surmontable tant qu'il y a la santé! »
            La jeune fille s'imagina un instant avoir un cancer plutôt qu'être enceinte. L'ironie du sort, c'est qu'elle aurait préféré être atteinte d'une maladie incurable...
Lehla était dans le car CTM à destination d'Agadir. Son destin prenait désormais une tournure très différente. Elle qui avait pensé aller au lycée en octobre. Elle n'aurait jamais son baccalauréat. Toute ambition, tous rêves d'avenir resteraient en suspens pour quelques temps. Ce tout petit être pas plus gros que le pouce, dont l'âme avait été insufflée depuis tout juste quelques jours avait chamboulé toute son existence à jamais. Elle n'avait que dix-huit ans, elle avait encore besoin de sa propre mère, et voilà qu'elle en devenait déjà une. Il n'en était pas question. Jamais elle ne deviendrait la mère de cet enfant. Dès qu'elle le mettrait au monde, elle le déposerait à la porte d'un hôpital à Agadir. Elle n'avait pas les moyens de s'occuper de lui! Et elle n'en aurait pas la force. Comment élever un être qu'elle haïssait tellement déjà? Où trouver la force de voir grandir un enfant qui lui rappellerait chaque jour sa terrible erreur? Qui lui rappellerait ce monstre qui s'était joué d'elle sans scrupules, qui s'en était allé sans honte, emportant son cœur avec lui... Que faisait Zakarya à l'heure qu'il était? Il était probablement Dieu savait où, à semer sa saleté ailleurs! Cette idée était comme un coup de poignard. L'idée qu'il puisse être tendre avec une autre femme, qu'il puisse lui dire « je t'aime » comme il l'avait fait avec elle...
La fatigue ne tarda pas à emporter la jeune fille.
Son téléphone retentit deux heures plus tard. C'était sa mère. Lehla ne trouva pas la force de répondre. Elle préférait patienter jusqu'à son arrivée. Elle éteint son portable et se rendormit.


            Le soleil était couché quand elle arriva à Agadir. Lehla ne réalisait toujours pas ce qu'elle avait osé faire. Elle alluma son téléphone. Sa mère avait tenté de la joindre des dizaines de fois. Elle chercha le taxiphone le plus proche, entra dans une cabine, et composa la numéro de la maison. Sa mère répondit très vite.
« Allo?
_ Maman...
_ Lehla! Où es-tu espèce d'idiote? J'ai essayé de t'appeler toute la journée! Ton grand-père est hors de lui! Rentre tout de suite! »
             Lehla prit une profonde inspiration. Des larmes commençaient déjà à descendre le long de ses joues.
« Je peux pas maman...
_ Comment ça tu peux pas? Rentre tout de suite! » Ordonna sa mère.
             Elle avait l'air très en colère.
« Je peux pas maman... »
             Lehla éclata en sanglots.
« Qu'est-ce qu'il y a? Pourquoi tu pleures? Qu'est-ce qui s'est passé? »
              Sa mère paniquait.
« Rentre, on va régler tout ça, ne t'inquiète pas! Ajouta-t-elle.
_ Je ne peux pas rentrer... C'est impossible, je...je rentrerai pas. Et puis je suis...je suis trop loin maintenant... J'ai fait une très grosse bêtise... Si tu savais...tu ne voudrais plus jamais entendre parler de moi..., balbutia-t-elle en pleurant.
_ Qu'est-ce que tu as fait? Cria sa mère. Dis-le! On peut toujours trouver une solution!
_ Non maman, il n'y en a pas...
_ Réponds à ma question! Qu'est-ce que tu as fait? »
              La mère de Lehla craqua. Elle éclata en sanglots. La jeune fille ajouta une pièce de dix dirhams dans l'appareil.
« Je vais devoir raccrocher maman...
_ Tu ne raccroches pas ton téléphone! Je veux savoir où tu es? Tu es chez un garçon c'est ça?
_ Non! S'exclama Lehla avec rage. Je suis seule!
_ Où? A Rouamzine? »
             Lehla se tut. Elle n'avait pas la force de lui dire la vérité. Elle aurait mieux fait de la laisser croire qu'elle était morte.
« Je ne suis plus à Meknès. Je suis loin maman. Pardonne moi d'avoir été une mauvaise personne. Je suis désolée de ne pas avoir été la fille que tu as toujours voulu... Je vais disparaître, je te mérite pas maman... J'ai tellement honte de t'avoir déçue...
_ Arrête de dire de telles horreurs! Tu as intérêt à revenir tout de suite! » Hurla-t-elle, presque hystérique.
             Lehla s'en voulait tellement de la faire souffrir de la sorte. Les cris de sa mère lui déchiraient le cœur. Elle l'aimait tellement. Elle lui manquait tant! Comment arriverait-elle à vivre sans elle?
« Je n'avais pas le choix maman... Je ne voulais pas te faire honte... Je t'aime maman. »
             Sa mère pleurait sans pouvoir s'arrêter. Elle n'avait même plus la force de placer un mot. Le téléphone finit par couper. Lehla était étouffée par les sanglots. Elle aurait voulu être prise d'une mort subite, que la terre s'ouvre dans l'immédiat sous ses pieds pour qu'elle puisse s'y engouffrer. Même l'idée d'être enterrée vivante lui était plus agréable que cette affreuse situation.
La jeune fille fit signe à un taxi orange qui passait. Il s'arrêta.
« Rue Oued Ziz et angle, Avenue El Mouquaouama, Quartier Industriel s'il vous plaît. »
               Le véhicule démarra en trombe.
















24


« Le monde est le champs que tu cultives pour l'au-delà »






             La cellule s'ouvrit, un douanier tira Zak.
« Tu peux partir ».
             Il était resté enfermé quarante-huit heures. On lui tendit ses affaires personnelles. Son téléphone s'était déchargé.
« Dans quel hôpital vous avez envoyé mon ami?
_ El Kortobi. »
             Zak acquiesça.
« Y a pas toutes mes affaires, fit-il remarquer.
_ Je t'ai donné tout ce que j'avais trouvé dans le coffre. »
            C'était une vieille boîte en carton qu'il osait appeler « coffre ».
« Il manque un paquet de cigarettes! Et de l'argent! »
            Son geôlier haussa les épaules.
« J'ai rien vu moi.
_ Espèce de voleur! S'emporta Zak, à bout de nerfs.
_ Hé! Contente-toi de prendre tes affaires et de déguerpir! » Lança l'homme, la main sur sa matraque, l'air menaçant.
           Le jeune homme attrapa son portable et s'en alla, bouillonnant de rage. Voilà qu'il se retrouvait avec cent dirhams en poche en tout et pour tout. Ce pays n'avait vraiment aucune valeur! Il avait faim, il était épuisé. Il avait mal dormi. Et par dessus tout, il s'inquiétait terriblement pour Marouane. Aussi se rendit-il immédiatement à l'hôpital, espérant l'y trouver.
La pièce était très peu éclairée. Un petit halo de lumière se dégageait périlleusement de la fenêtre presque entièrement close. Le garçon dormait à points fermés, couvert d'un drap des pieds à la tête. Au moins, il avait pu dormir confortablement pendant que Zak s'était cassé le dos dans sa cellule. Le jeune homme fut rassuré. Il sourit. Son ami avait l'air en forme. Il tira une chaise et s'installa à côté de lui. Marouane ouvrit les yeux presque aussitôt.
« Je voulais pas te réveiller, » marmonna Zak.
            Son ami ne répondit pas. Le drap se descendit légèrement sur son visage. Il avait les yeux rougis et gonflés. Il dévisagea Zak un instant. Sa lèvre tremblotait de manière étrange.
« Alors, à ce que je vois tu mènes la grande vie pendant que d'autres passent la nuit au trou! » Plaisanta le jeune homme.
            Marouane ne répondit toujours pas. Il se contentait de le fixer. Il avait un regard que Zak ne lui avait jamais vu. Celui de l'agneau qu'on tire vers l'abattoir. Mi-effaré, mi-traumatisé.
« T'en fais pas, ça s'est pas trop mal passé, ajouta-t-il. Enfin j'ai connu des jours meilleurs, mais bon. Ils m'ont pas trop battu. »
           Marouane restait figé, de marbre. Pas un son ne sortait de sa bouche.
« Pourquoi tu parles pas? » Finit par demander Zak.
           Son ami sourit. Cela ressemblait de près à un sourire forcé. Une espèce d'impudence brillait dans son regard, une moquerie.
« Pourquoi je ne parle pas? » Finit-il par demander en grinçant des dents.
           Il avait les dents serrées, les yeux grands ouverts et injectés de sang. Tout portait à croire qu'il se retenait d'éclater en sanglots. Sa mâchoire tremblotait de nervosité et son teint avait viré au rouge vif. On devinait son sang qui frémissait convulsivement sous sa peau. Un rictus nerveux incontrôlé s'extirpa de sa gorge. Il se redressa.
« Tu veux savoir pourquoi j'parle pas? » répéta-t-il frénétiquement.
             Zak n'osa même pas ouvrir la bouche, tétanisé.
« Je t'intéresse maintenant! » poursuivit Marouane.
             Il rit à nouveau.
« Qu'est-ce qui dans cet hôpital te pousse à croire que je mène la belle vie?
_ Laisse tomber Marouane, je plaisantais..., balbutia Zak.
_ Non, non, le coupa son ami d'une voix se voulant calme. Je'veux comprendre. Est-ce que ce sont les murs tous blancs? Le silence? Ou le bruit désagréable des machines? Les allées et venues des médecins et infirmières dans les couloirs? Ou encore tous ces gens qui viennent tous les jours ici risquer leur peau sur le billard de chirurgiens incompétents? Excuse-moi, j'cherche mais j'arrive pas à trouver d'avantage à être ici!
_ Je plaisantais Marouane, pas la peine de te mettre dans cet état, je faisais juste référence à ton lit douillet.
_ J'aurais préféré qu'on échange nos places.
_ Qu'est-ce que tu racontes? Tu vas bien! »
              Marouane rit.
« Alors pour toi j'vais bien? Explique-toi, vas-y! Qu'est-ce qui t'fait croire ça p'tit con? T'as débarqué dans la pièce, t'as vu ma gueule qui dépassait du drap, t'as vu que je parlais correctement, alors tout va bien pour toi?
_ Oh calme-toi avec tes insultes!
_ Arrache-toi de ma chambre connard! Barre-toi de là!
_ Mais qu'est-ce que t'as putain? C'est quoi ton problème? Tu m'en veux parce que je voulais qu'on se cache sous l'camion? Tu m'en veux parce que je t'ai dit que c'était sans danger, et que t'as failli y passer? Je suis désolé voilà! J'pensais pas que ça pouvait arriver! »
             Son ami lui jeta un tel regard noir que Zak comprit qu'il ne faisait que s'enfoncer.
« Dégage j't'ai dit, p'tit con! Cria-t-il à bout de nerfs.
_ Espèce de salopard! Je me suis excusé!
_ Et alors? T'as cru que tu pouvais débarquer, balancer quelques excuses et qu'on tournerait la page? Putain mais barre-toi de là avant que j'te jette un truc à la gueule!
_ T'énerves pas comme ça! C'est bon la prochaine fois on fera autrement!
_ La prochaine fois? »
             Zak tremblait de fureur. Comment son ami pouvait-il le traiter de la sorte? Après tout il était adulte, ils avaient tous deux pris le même risque. Marouane avait agi en connaissance de cause! Certes, il aurait pu y passer, il y avait tout juste échappé, mais tout allait bien à présent!
« Ah tu crois quand même qu'y aura une prochaine fois? Mais j'en veux plus moi de la France! J'm'en fou de l'Europe! Tous ces rêves de fortune, tout ça c'est dans ta tête! Ça n'existe pas en vrai! Moi je veux juste avoir une vie tranquille. Et longue surtout!
_ Mais on va y arriver Marouane...
_ Putain mais arrête de me faire chier! Je veux pas! J't'ai suivi jusque là, pourtant j'étais pas aussi emballé que toi! J'te l'ai dit, j'suis pas comme toi, moi! J'ai une famille et des gens pour qui j'compte ici! Toi t'es seul, personne te pleurera si tu crèves! »
             Marouane avait voulu être blessant, et il y était parvenu.
« Je me barre, » lança Zak froidement.
            Il quitta la pièce doucement, et referma la porte derrière lui. Il avança tête basse dans le couloir. Deux infirmières passèrent à cet instant.
« Bon je te laisse, je dois aller changer les pansements du manchot de la chambre 38! lança l'une d'elle à l'adresse de l'autre.
_ Oh! Il est tellement beau garçon! C'est trop bête pour lui le pauvre.. »
Zak n'avait pas cessé de marcher. Il s'arrêta net. La chambre 38... Marouane! Il fit demi-tour en courant, dépassant l'infirmière. Il pénétra en trombe dans la chambre de son ami. Ses yeux étaient bouffis, son visage humide.
« Qu'est-ce que tu veux? » grommela-t-il en essuyant son visage.
             Zak lui arracha le drap violemment. Il n'abritait plus qu'un seul bras. Du côté gauche, son membre avait été amputé juste en dessous de l'épaule.
L'infirmière jeta un œil dans la pièce. Elle s'en alla discrètement en voyant que Marouane avait de la visite. Zak porta sa main à sa bouche, horrifié.
« Pourquoi t'avais rien dit? Demanda-t-il dans une voix étouffée.
_ Qu'est-ce que je vais dire à ma mère Zak? Rétorqua Marouane en sanglotant. A quoi je vais servir à mes parents comme ça? »
            Le jeune homme se laissa tomber sur le siège, effaré. Tout était sa faute! Quelle folie d'avoir voulu tenter pareille aventure sans réel plan de préparation! Quelle bêtise que de s'être faufilé sous en camion sans réfléchir! Et voilà que Marouane en garderait les séquelles jusqu'à la fin de son existence. Quel piètre ami il faisait!
« Je suis désolé Marouane... »
             Il se leva, et quitta l'hôpital en courant.


             Zak était assis sur le port, seul, il avalait machinalement le contenu d'un paquet de gâteaux. Il se sentait bien affaibli, comme si toute énergie l'avait abandonné à la minute où il avait su pour Marouane. Dire qu'il devrait garder cela sur la conscience... Il l'avait vu baigner dans son sang l'autre jour. Comment avait-il pu croire qu'il s'en était sorti totalement indemne? Et lui qui était entré dans sa chambre d'hôpital en balançant des plaisanteries! Il l'avait arraché à sa famille, pour le leur rendre dans un si piteux état.
Le soleil brillait de mille feux. Autour de lui, les passants riaient, les gens s'amusaient. La vie continuait. Pourquoi celle de Zak semblait s'arrêter? Il alluma une cigarette. C'était lui qui aurait du tomber sous ce camion, c'était lui qui aurait du voir son bras amputé! Il aurait du mourir même et laisser ce rêve fou inachevé. Il avait entendu que Dieu pardonnait tous les péchés commis envers lui-même, mais jamais ceux commis envers les autres. Zak songea à tous ces gens à qui il avait fait du tort. Lui pardonneraient-ils? Il eut une pensée brève pour Louisa et Lehla. A la minute où elles se marieraient, toutes les mauvaises pensées qu'elles pourraient encore avoir à son encontre s'envoleraient surement. L'amour et le bonheur remplaceraient forcément la rancœur qui a aujourd'hui pris place dans leurs cœurs. Mais Marouane. Lui, qui serait forcé de vivre jusqu'à son dernier souffle handicapé, lui pardonnerait-il un jour? Zak savait qu'il s'efforcerait sans doute de faire bonne figure, plus tard. Mais au fond de lui, son âme ne serait-elle pas animée de ressentiment? Il avait failli y laisser sa peau. Qui en ce monde était à l'abri de la mort?
Une mouette se posa doucement à côté de Zak. Elle fit quelques pas, puis elle s'envola, loin à l'horizon. Elle était libre, elle. La vie valait-elle plus que la liberté?








Dernière édition par Yasmina ABBAR le Dim 17 Fév 2013 - 12:55; édité 3 fois
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MessagePosté le: Dim 17 Fév 2013 - 02:10    Sujet du message: Publicité

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Humphrey
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Inscrit le: 24 Mar 2009
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Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Dim 17 Fév 2013 - 12:43    Sujet du message: Zak et Lehla suite 19 Répondre en citant

Cool !
J'imprime et je lis ça à mon aise...
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Humphrey
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Inscrit le: 24 Mar 2009
Messages: 703
Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Dim 17 Fév 2013 - 14:45    Sujet du message: Zak et Lehla suite 19 Répondre en citant

J'ai lu cette suite (est-ce la fin ?) avec grand intérêt et je confirme tout le bien que je pense de ton talent de conteuse. En plus l'histoire est intéressante.

Au niveau de l'écriture, la fluidité est au rendez-vous même s'il reste encore quelques toilettages à faire.

Je signale rapidos 2-3 fautes qui m'ont frappé : "elle les avais trahis" --> avait
Elle aurait du suivre --> (cette faute revient à plusieurs endroits)

Une phrase bizarre : "elle aurait dû suivre ses premiers instants". Tu voulais dire "premiers instincts" je suppose ?

"Elle se souvint sa peine" --> je dirais "de sa peine".

"Pourquoi celle de Zak semblait s'arrêter" --> semblait-elle s'arrêter.

"L'amour et le bonheur remplaceraient forcément la rancoeur qui a aujourd'hui..." --> avait.

A d'autres endroits (mais je ne les ai pas notés) j'aurais remplacé un imparfait par un présent, mais bon, comme tu vois ce sont des petites choses pas très graves mais que je te conseille de corriger si un jour tu envoies ce manuscrit à des éditeurs, parce que chez certains quelques fautes de langue suffisent pour qu'ils arrêtent de lire.

Au niveau du contenu, je le répète, l'histoire est intéressante et bien contée et c'est déjà un très grand bon point. Mon seul bémol est que je trouve le ton parfois un peu moralisateur, comme si cette histoire devait "servir de leçon". Cela apparaît notamment dans les titres des chapitres mais aussi dans certaines réflexions qui semblent parfois être celles de l'auteur donnant son point de vue sur les choses. Selon moi le récit est plus fort si toutes les réflexions émanent clairement des personnages, ce qui permet la confrontation de différents point de vue et ensuite le lecteur a le choix de s'identifier avec qui il veut.
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Yasmina ABBAR
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Inscrit le: 12 Fév 2013
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Balance (23sep-22oct)

MessagePosté le: Dim 17 Fév 2013 - 16:01    Sujet du message: Zak et Lehla suite 19 Répondre en citant

Non il manque quelques chapitres. 


Merci pour les fautes relevées. Je pense que je vais le relire pour corriger tout ça en effet.


Concernant le ton moralisateur, c'était ma grande crainte! Surtout avec les citations, c'est vrai que je me suis demandé si on pourrait le percevoir comme tel... Je suis totalement d'accord sur le fait que les reflexions doivent émaner des personnages. Il faut que je retravaille tout ça!
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Abdel
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MessagePosté le: Mer 20 Fév 2013 - 00:48    Sujet du message: Zak et Lehla suite 19 Répondre en citant

- "Dans une passe étroite, il n'y a ni frère ni ami" me semble être une traduction assez littérale de : f'wekt d'dik ma kayn lakhou wala sdik". Je pense que "En mauvaise passe, il n'y a ni frère ni ami" serait plus approchant...

- Le réveil sonne à 8 heures et tout le monde dort encore. Ce n'est pas dimanche quand même.

- Comme un chameau qui broutait. Le présent intemporel serait mieux
- La même chose pour : Dieu savait où.

Il y a 4 ou 5 fautes , mais dûes certainement au relâchement lors de la révision.

Le style me paraît trop soutenu par endroit, en particulier quand les personnages réflechissent (on ne peut pas s'offrir le luxe d'être soutenu quand on cogite fort )

Le dialogue entre Marouane et Zak devrait être revu à la baisse vers la fin. Les derniers échanges de Marouane me semblent moins coléreux pour la circonstance (ma famille, ta famille, etc). Je préfère par exemple qu'il le mette à la porte pour rester dans le topo général.

Comme Humphrey (et j'ai eu l'occasion de le faire remarquer sur un autre forum) quand l'auteur veut cogiter (les grandes reflexions existentielles) il est redoutable qu'il s'exprime directement. Il se met à nu intellectuellement, religieusement, etc. Il est fortement conseillé de prêter ses idées (les plus hautes et les plus sujettes à polémique) et croyances aux personnages et les laisser se débrouiller avec le lecteur. De plus, cela donne un air effectivement moralisateur. Mais avoir un personnage moralisateur, quel bonheur pour tout le monde !

La description des moments de tension affective et nerveuse, c'est comme si vous y étiez. Une spécialité Yasmina qui ne faiblit  et ne s'altère jamais, au grand bonheur du lecteur.

Le découpage des scènes est très précis : pas de fioritures ou phrases introductives inutiles et barbantes, on va à l'essentiel, caméra à l'épaule. Le passage d'une scène à l'autre permet du repos, de la variété, on s'informe du nouveau pour le relier avec l'ancien ( et ceci pour chaque personnage ou plusieurs ensemble). Le lecteur ne peut espérer plus en moyens de conforts pour lire et vivre intensément sa lecture. 
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MessagePosté le: Mer 20 Fév 2013 - 12:51    Sujet du message: Zak et Lehla suite 19 Répondre en citant

Merci beaucoup Abdel pour ton avis Smile il ne me manque plus qu'à retravailler tout ça! Et merci pour la traduction du proverbe, j'avoue que moi je récupère ça déjà traduit, mais ta traduction me parait plus logique.
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MessagePosté le: Mer 20 Fév 2013 - 15:14    Sujet du message: Zak et Lehla suite 19 Répondre en citant

Attention, le dernier paragraphe de mon avis n'est pas une critique mais une louange. Je constate ce que je vois avec admiration. (En le relisant j'ai eu cette impression, donc je précise).
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:39    Sujet du message: Zak et Lehla suite 19

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