http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: Quatre sans moi
  Créations littéraires
 
Index
 
 S’enregistrerS’enregistrer 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 


 Bienvenue  
Quatre sans moi

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Créations littéraires Index du Forum -> Espace Nouvelles, Autobiographies, Textes et Récits courts -> Nouvelles
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
bremond
Réputation
Réputation

Hors ligne

Inscrit le: 01 Jan 2009
Messages: 2
Verseau (20jan-19fev)

MessagePosté le: Jeu 1 Jan 2009 - 20:02    Sujet du message: Quatre sans moi Répondre en citant

                                                                     QUATRE, SANS MOI



Je retournais mes doutes et mes questions dans tous les sens, rien ne changé. Ceci représentait mon occupation quotidienne. Je me levais le matin avec la peur au ventre, et me couchais le soir, saoul et fumé, mais rien n’avait changé. Je tournais en rond et ne savais plus comment me parler. Je me devais de réagir, car je me sentais couler, jour après jour. Inquiet, angoissé, apeuré, j’en avais conclu que j’étais tout à la fois. Ces conclusions ne me faisaient pas avancer non plus. Je voyais tout en noir. Il me semblait que tous les symptômes étaient bien réunis pour me voir redécouvrir en moi cette bonne vielle  dépression. Je n’allais plus voir de psy car j’avais suffisamment conscience de mes problèmes. « J’étais le seul à pouvoir les régler », cette phrase je la connaissais par cœur. Alors comment m’y prendre ?. Mon plus grand souci était de savoir, si un jour, j’allais trouver les réponses à toutes ces questions. Plus les jours passaient et moins j’y  croyais. J’arrivais à l’aube de mes 40 ans et presque tout perdu ; mon père, ma mère, ma nana, mon travail, mon chômage, mes espoirs. Je me sentais tellement seul que je ne pouvais en parler à personne, ou plutôt, j’avais arrêté d’en parler, même, à mes derniers proches. Mes seules lueurs d’espoirs étaient de trouver un jour le courage pour écrire tout ça. Me défouler sur des feuilles de papiers me paraissait l’exécutoire rêvé. Alors j’avais commencé à écrire  mainte et maintes fois mais sans rien finir. Ça aussi me faisait peur. Peur de l’échec une fois de plus.
Je passais mes journées à errer dans un petit bistrot. J’essayais de remettre les choses au clair dans ma tête. Rien n’avancé, mes pensées étaient trop confuses. Je retournais ce que je savais être, mon problème, dans tous les sens. Je me sentais fragile, fatigue.
J’étais obnubilé par la même pensée. Comment entrer en moi  pour m’approcher, et dialoguer en toute sérénité avec ma deuxième personne. On dit souvent que chaque être humain possède une double personnalité. Je ne sais pas si cela est une vérité, mais pour ma part c’est bien le cas. Je ne sais comment m’adresser a mon second, à celui qui m’empêche de faire de moi ce que j’aimerais être. Chasser toutes ces angoisses, toutes ces petites voix qui m’imposent des pensées négatives, pessimistes et qui me font sombrer dans ces doutes quotidiens. Toutes ces idées noires sur mon avenir et mon présent m’empêchaient insupportablement de mener ma vie correctement. Cette peur quotidienne dépassait mes forces et me rongeait petit à petit. Je ne savais plus comment penser simplement. Lorsque j’entreprenais quelque chose, mon second moi, que l’appellerait Emile, revenais au galop et me broyait de confusion et de pessimisme. Tout devenait impossible dans ma tête, tous mes élans étaient arrêtés sur le champ. Je passais mon temps à me résonner, mais rien n’y faisait. Depuis l’arrivée d’Emile dans ma vie, rien n’était plus pareil. J’essayais de remonter au jour de l'apparition, mais j’avais comme l’impression qu’il sommeillait en depuis la mort de mon père. Depuis je vivais seul avec Emile et ma vie s’en trouvait encombrée. Je ne cherchais plus de travail, je n’avais plus aucune relation avec les femmes. Ou alors, Sophie avec qui je ne parlais pratiquement pas. Nous nous voyons pour dîner, aller au cinéma, puis après on allait chez elle et faisions l’amour. Même dans ces moments les plus intimes, Emile revenait. Il avait un talent fou pour me faire culpabiliser.
Une fois de plus, je me laissais dépasser par ces affirmations. Parfois je me demandais si ce n’était pas de la jalousie de sa part. Mais comment pouvait-il me jalouser dans l’état où je me trouvais ?. Je devenais persuadé qu’il attendait, de me détruire à néant, pour me jeter comme un chien airant.
Mon vrai moi, de mon prénom Romain, n’était plus que l’ébauche d’un homme fini et sans devenir. Un homme foutu d’ avance. J’avais appelé mon deuxième moi Emile, en souvenir d’un personnage de BD que je détestais. Le genre de type toujours là, pour vous induire en erreur ou vous posez la mauvaise question. Celui qui vous trifouille le cerveau et vous fait perdre toute confiance en vous. Un imposteur de première. À force de m’esquinter la santé et le moral, avec Mr. Émile, lorsque je ne passais pas mes journées dans mon troquet, j’écrivais, je lisais, je dormais, enfin j’essayais !. Le sommeil et l’ivresse étaient mes seuls remèdes contre ce pauvre type. J’en arrivais même à me parler, ou plutôt, à lui parler à voix haute. Cela devenait très préoccupant. Un jour alors que j’avais décidé de retourner voir une psychiatre il me vint une idée qui me parue intéressante. Je m’étais fixé ce dernier challenge avant de reprendre rendez-vous chez Madame M,  ma psy.
Afin d’entreprendre une autre forme de relation avec Emile, je décidais de lui écrire. Romain allait poser toutes ses questions à Emile, et peut-être Emile lui répondrait-il ? . Ainsi, le lendemain, je me mis à vouloir commencer un premier courrier pour  mon second. Ecris-toi me disais-je. Parle-toi, et parle-lui. Maintenant c’est à toi. Tu change d’habitude avec lui. C’est fini de ne rien dire à toutes ces impostures. Tu vas attaquer et attaquer encore. Tu vas le mettre K.O, à bout d’argument. Le détruire est ta nouvelle mission. Du tac au tac tu attaqueras et du tac au tac tu répondras. Tu vas cesser d’être lâche. Tu vas prendre ton stylo et tout cracher. Ce qui t’empêche de vivre depuis son arrivée dans ta vie, tu vas l’utiliser contre lui et lui pourrir sa vie.

Mais alors comment m’y prendre pour aller chercher au plus profond de moi, mes limites entre Romain et Emile. Il allait me falloir mettre en place une stratégie d’attaque bien définie.  Les jours suivant cette décision, je ne pensais plus qu’à ça. J’essayai de réfléchir à la façon dont j’allais pouvoir mettre en place ma ligne d’attaque. Mais une fois de plus, Emile revenait au galop. Je sentais même intérieurement que sa présence se renforçait. Comment attaquer quelqu’un qui se trouve au centre de mes pensées les plus intimes.  Cela devenait un vrai casse tête. À la fois, je savais que ce n’était que le début d’une tentative de séparation.  «  Tu vas devoir penser sans lui, agir sans lui, et gagner contre lui «  Je ne savais pas comment entamer cette lutte que je sentais bien loin d’être facile et fini. Il me fallait réapprendre à vivre autrement. Émile était né en moi après la mort de mon père et ce vide avait laissé place à la tristesse. C’est à ce moment que cet imposteur avait pri naissance en moi. J’étais faible et il en avait profité. Je peux dire ça aujourd’hui, mais sur le moment, j’ai commencé à vivre avec lui comme si tout était normal. J’étais triste, alors pour moi ces sombres pensés et négatives étaient tout à fait justifiées. J’avais donc laissé germer ce petit salopard sans m’en rendre compte. Toutefois cela durait depuis bientôt 15 ans et je n’en pouvais plus. Quinze années où sa présence et son opiniâtreté n’avaient cessé de grandir et surtout de s’affirmer. Malin le Emile. J’ai mis du temps à comprendre son petit manège. Maintenant que je suis au fond du trou, il va falloir me battre, et me battre contre deux. C’est comme si j’allais entamer une partie d’échec où j’allais jouer pour les deux joueurs à la fois. Cela me faisait penser au livre « La partie d’échec » de Stefan SWEIG. J’espérais, bien entendu, ne pas tomber dans la même folie que son personnage. Cela j’en étais moins sûr.
Émile allait donc connaître tous mes coups à l’avance et ainsi il aurait toujours un coups d’avance sur Romain et moi. Il fallait que je m’inspire suffisamment de son jeu pour l’analyser et stratégiquement contrecarrer son avance. Apprendre à penser à l’inverse de ma logique habituelle. Essayer de le pénétrer intérieurement au point de commencer à le surprendre, et ainsi petit à petit le déstabiliser. Pendant que je posais ces mots sur cette feuille de papier, je le sentais ricaner doucement. Je l’imaginais même se frottant les mains et se réjouissant à l’avance. Je me parlais à voix haute ;
« Et oui, tu connais toutes mes pensées, tu écoutes et traduit tout ce qui traverse mon esprit. Je sais que tu es tout le temps là, mais ta fin va bientôt arriver. Tu vas me rendre la raison de mes tristesses et récupérer ta négation destructrice. Comment ?  je ne sais pas.  Figure toi mon chèr Emile, que je vais passer le temps qu’il faudra pour te chasser à jamais de mon esprit. Je ne vais pas te laisser pourrir mon existence un instant de plus. Alors voilà,  je te le dis clairement la guerre va commencer et je suis près à aller jusqu’au bout, mais, je vais récupérer mon identité. Je suis lassé, épuisé, tu m’as presque détruit espèce de salopard. Tu m’as volé toute mon assurance, toute ma volonté.  J’ai la certitude que tu me hantes de ton négationnisme et que tu y prends un malin plaisir. »
Un jour au réveil, je décidais d’aller me faire tatouer dans le creux de la main droite  une phrase symbolisant à jamais le début de cette guerre qui se voudra  mortelle. Je serais le seul à pouvoir lire cette phrase car elle me sera tatouée à l’envers. Il me suffira de placer ma main face à un miroir pour lire. «  Émile je vais te tuer ». Je serais le seul à déchiffrer cette sentence de vengeance. Le tatouage fait, ma détermination et ma volonté étaient certaines.
« Dorénavant, chaque fois que j’ouvrirai ma main droite, je penserai à ta fin, mais surtout à ma victoire ». Soit j’y laisserai ma peau, soit il gagnera et m’habitera pour toujours.  « À partir d’aujourd’hui je suis prêt à t’étrangler comme un chien ».
« Émile je vais te tuer . » était mon premier pas dans cette bataille. Je n’étais pas très fier d’avoir à utiliser ce genre de subterfuge, mais peu importe les moyens, je me devais d’agir pour limiter la casse dans mon existence. La deuxième étape devait être ma première lettre. Je me mis donc à la terrasse d’un bistrot près à entamer ma rédaction. La tache ne s’annonçait pas facile. Je ne savais pas par quoi commencer. Brutalement et mentalement, tout devenait compliqué. Je commencerai par une lettre de présentation. Sachant que je n’allais pas le prendre par les sentiments, je décidais de lui parler de moi, de qui  j’étais avant ce 14 Novembre 1991, jour de la mort de mon père et jour de sa naissance en moi. À première vue, l’idée et la démarche paraissaient simples, mais une fois la feuille de papier sous les yeux, les choses n’étaient plus simples du tout. Comment allais-je m’y prendre dans la pratique ?.
Comme à mes habitudes, je m’installais à la même place en terrasse du bistrot.  Sur le chemin, j’avais acheté une boîte de boules – kies afin de pouvoir m’introvertir au maximum. Ainsi, je mis à réfléchir assis devant ma bière, avec le paysage habituel, mais sans le son d’ambiance. Le tout recroquevillé dans mon monde intérieur. Cette manière me parut intéressante, mais après  trois ou quatre bières, et trois heures de temps, rien. Je n’arrivais pas à organiser mes pensés. Je le sentais là, en moi, et ravi une fois de plus à l’idée de contempler mon échec. Sentir ma confusion. Parfois il m’arrivait de me dire qu’il avait peut-être raison de vouloir m’abattre. Je me sentais nul.

Je me ressaisissais et commandais une autre bière. C’était pas gagné. Je refermais mon cahier.  Je passais la soirée à boire bière sur bière.
J’avais honte de moi, et bien sûr je le sentais plus satisfait que jamais. Je rentrais me coucher au bord de mes larmes. Le lendemain, rebelote. Rien sur la feuille, bière après bière, rentrer, coucher, saouler. Ce fut de même durant toute la semaine. Tous les jours je ne cessais de regarder mon tatouage dans le miroir de ma salle de bain. Rien. Je sentais la pression monter. Mes doigts ne me paraissaient pas assez longs, pour les glisser au fond de ma gorge et me faire gerber comme un chien. Je n’arrivais rien à sortir de mon cerveau. Pas une seule phrase. Je me sentais minable, un moins que rien.
Durant ces jours-ci, j’allais parfois au cimetière sur la tombe de mon père. En me rapprochant de lui je cherchais la force, le courage et les mots, pour entamer ma première lettre. Je passais du temps à pleurer sur sa tombe. En ces moments, Emile ne m’habitait pas. Il devait être trop content de me voir si triste, si abattu qu’il n’avait rien à faire contre moi. Ce jour-là je me souviens qu’une fois rentrée chez mon pôte, chez qui je squattais, il me vint une idée. Je m’étais rendu compte au cimetière, que chaque fois que j’allais me recueillir auprès de mon père, Emile restait en retrait. Je décidais donc que dorénavant je viendrais écrire aux côtés de mon père, histoire de me sentir plus fort. C’est à  ses ôtés que j’allais trouver la force pour commencer à écrire à Emile. Soudainement cette idée me donna une impression de légèreté. Comment n’y avais-je pas pensé avant ?. Avec mon père, nous serons deux contre lui et nous allons gagner.
« Alors tu as peur lorsque je suis aux prés de mon père. C’est ton premier signe de faiblesse, tu as eu tort et maintenant tu vas le payer. Je ne suis plus seul contre toi, j’ai mon papa avec moi et tu vas voir qu’à nous deux nous allons te réduire en miette, jour après jour. Tu vas plus faire le malin espèce de merdeux ».
Le lendemain matin, je me réveillais en pleine forme. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas senti si léger. Je me collais la main droite devant le miroir et je me sentais d’attaque, remonté comme un fauve. J’allais prendre mon café, mon cahier, un stylo le métro, et passer ma journée à t’écrire aux côtés de mon père.
« Je vais t’écrire Emile. J’ai mis du temps pour trouver ta faille, mais ça y est, je suis ton homme ! On va s’écrire tous les deux, je suis pressé de savoir si tu écris bien mon cher Emile. J’espère que tu as de la réparti et du talent, parce que moi, avant que tu t’infiltres dans ma vie, j’avais plein d’ambitions que tu as foutues  en l’air comme un salop. Alors maintenant à nous de jouer  mon vieux ! ».
Je pris mon métro vers 9 heures du matin et avec ma chance habituel, il pleuvait à torrent. Tout de même nous étions en plein milieux du mois d’août. Le sort en avait après moi. Entre la station de métro et le cimetière, j’étais complètement trempé. Les types à l’entrée me regardaient amicalement. Pour venir au cimetière par un temps pareil, il fallait vraiment en vouloir. Et puis pourquoi laisserait- ont nos proches défunts sans visite, les jours de pluie ? . Je restais environ deux heures aux côtés de mon père, puis constatais qu’il m’était vraiment impossible d’écrire. Le vent et la pluie s’étaient alliés à Emile pour m’empêcher d’écrire. Ce salop était même de combine avec le temps. Ça faisait deux contre deux. Pour aujourd’hui je déclarais forfait. Il avait gagné une fois de plus et je rentrais chez moi en passant par mon bistrot m’enfiler des bières jusqu’à pas d’heure. Je ne mangeais pratiquement jamais, mon estomac était aussi de son côté, quotidiennement noué.
Tout le monde s’acharnait contre moi. Je n’arrivais pas à comprendre ce que j’avais pu faire de si terrible, pour que la terre entière s’abatte contre moi.
Le  lendemain matin, je repris le chemin du cimetière avec mon cahier sous le bras. J’étais déterminé une fois de plus et aujourd’hui le temps était de mon côté, il faisait un soleil radieux. J’avais fermement l’intention de commencer et de finir ma première lettre à Emile. J’en avais marre de repousser ou de me trouver comme d’habitude, tous les prétextes du monde. Malgré ma peur qui me saisissait, je trouvais une place aux cotés de mon papa. À onze heures quarante-sept très précise, je posais sur ma première page, mes premiers mots.

                        Émile,

C’est par ce courrier que je me permets de vous faire parvenir, que j’entame aujourd’hui ce qui  sera, je l’espère, le début d’une correspondance nous permettant de faire connaissance et de nous présenter.
Je ne sais pas ce que vous savez de moi, ou plutôt si, je pense parfois que vous en connaissez plus sur moi, que moi-même. Vous êtes fort. Voue êtes mon imposteur quotidien. Vous orchestrez mes journées par vos conspirations destinées à m’enfoncer un peu plus jour après jour. Je vais avoir quarante ans et cela me fait peur. Peut-être parce que dés l’age de dix-huit ans, je m’étais mis dans la tête, que si à quarante ans, je n’avais, ni enfant, ni famille, ni amour, ni passion, ni travail, et bien ma vie était foutue et je n’avais plus qu’à me laisser aller. Ce conditionnement m’a certainement induit à me retrouver dans cette situation aujourd’hui ?. Je ne sais pas.



Depuis votre arrivée dans ma vie, mon quotidien est un balai incessant de doutes et de peurs. Mon temps s’écoule et je passe mes journées à vous supporter. Je sais aussi pertinemment que tactiquement il ne me faudrait pas entamer ce courrier dans une position d’homme affaibli, mais peu importe.
Je me moque de ces a priori car j’ai décidé d’entamer ma dernière lutte dans  cette vie de fou. Fort ou faible, je n’ai plus qu’une seule chance et ma vie en dépend. J’ai tellement de questions dans ma tête que je ne sais, par la quel commencer.
Pourquoi vous en êtes, vous pris à moi ?  Ais je été choisi parmi d’autres ? À mon avis je pense ne pas être suffisamment intéressant. Pourquoi ne porter votre attention sur quelqu’un  de plus solide, votre mérite n’en sortirait-il pas bien plus grand ? Je suis une proie facile et vous le savez. Je ne fais que supporter de vivre. Je suis une machine à vivre.
Prenez vous du plaisir à me voir si déstabilisé ? Votre but est-il de me pourrir la vie ?  Ce cinéma va-t-il durer longtemps ? Vais- je retrouver une vie normale ? Comment m’y prendre pour retrouver le plaisir de vivre ?
Voilà, si pouviez déjà répondre à ces quelques questions, je vous en serais très reconnaissant.
Je considère que cette lettre vous appartiens maintenant. Vous conviendrez de ma maladresse dés le début de cette correspondance. Je sais maintenant que je ne peux rien, vous cachez, j’ai donc choisi d’être le sincère possible. J’attends tellement de votre réponse. Merci
   Romain Aulliard      

      PS :
147, rue Lafayette
75010 Paris . 

Aussitôt fini cette lettre, je la relu de nombreuses fois. Je n’étais pas du tout  content de moi. J’étais pas foutu de m’écrire bien. Je me trouvais faible et tellement vulnérable. J’avais honte de ne pas être capable de me montrer fort et déterminé.
Je restais un long moment à songer à ma vie. Je commençais à me demander si je ne devenais pas complètement dingue. Je venais de m’écrire. Tout cela ne voulait rien dire du tout. Si je racontais cela, n’importe qui me prendrait pour un fou de première. Si j’avais su un jour que j’en arriverais à m’écrire à moi-même. Mon pauvre Romain que suis je devenu ? Je suis au bord du précipice. Les larmes me coulaient et j’avais mal. Je me sentais tellement démuni de force, alors que je commençais à peine ce combat contre moi. Des idées sombres traversaient le plus clair de mon esprit. Je ne savais plus du rien d’où je venais et encore moins où j’allais. J’avais envie de tout laisser tomber et de déchirer cette lettre qui n’avait aucun sens. Emile était plus présent que jamais. Malgré tout, je décidais que j’allais quand même poster cette lettre. Il fallait bien commencer un jour. 
Je repris le chemin du retour et, sur le passage, je m’arrêtais acheter une enveloppe et un timbre. Je me devais de poster cette lettre. Il était important pour moi de ne pas renoncer, ou plutôt, de plus renoncer à tout dans ma vie. Alors si qu’allait être ce geste, j’allais écrire sur cette putain d’enveloppe :  
                   
 Mr. Emile
    (Chez )
 Mr. Romain Aulliard
 147,  rue      LAFAYETTE
 75010                   PARIS

«  Tu vas poster cette lettre et la partie va commencer. Même si tu as peur, parce que tu ne sais pas où cela te mener, et bien , tu vas le faire quand même. Ton courrier n’est peut-être pas le meilleur pour entamer cette guerre contre toi et contre lui, mais tu vas devoir te battre contre trois, et c’est la règle du jeu que tu t’es fixée. Prends la lettre et glisse la dans cette putain de boîte jaune le tout, sans réfléchir. Je le fais. Je marche seul longtemps et je rentre dans le métro. Je me retrouve en quelques secondes dans le noir de ce monde souterrain. Je me sens bizarre, mais un soupçon de  satisfaction vient me caresser l’esprit. Les courants d’air frais, entre chaque arrêt, me redonnent le sentiment d’avancé. Aujourd’hui, j’ai fait quelque chose de positif et je vais continuer. »
Les jours suivants, je restais enfermé chez moi, ne m’alimentant que de Lexomile pour dormir, et de vin pour sombrer. Je passais mes nuits, mes rêves et mes journées à somnoler avec des pensés bien folles. Je redoutais d’aller chercher le courrier. Je n’arrivais plus à comprendre dans quelle situation j’avais pu me mettre. Maintenant qu’est ce que j’allais faire ? Descendre à la boîte aux lettres ?.   Ouvrir cette boîte et prendre cette lettre ?.
Logiquement c’était le but. Que j’ouvre cette lettre et que je la lise…Et puis quoi ?. Que je réponde pour Emile ?. Je devais répondre de Emile pour Romain. ?! Dans quel bordel, je m’étais foutu.
Au bout de quelques jours, je sortis de mon isolement. Je quittais l’appartement, passais devant la boîte mais ne m’arrêtais pas. L’idée de prendre cette lettre me donnait des frissons, j’étais pétrifié. Imperturbable, je continuais ma route et me rendis dans mon petit troquet. Il y avait bien des mois que je ne parlais pratiquement plus à personne.
Je ne m’étais jamais autant isolé de me vie. Je ne savais plus vraiment ce que voulais dire discuter tranquillement avec quelqu’un. Je ne me supportais plus ainsi. Je me mis au comptoir pour sentir des gens à mes côtés. J’avais envie d’entendre ce brouillis de son d’ambiance. Chacun commentait l’actualité, du  Parisien Libéré. J’étais spectateur de cette vie et cela me faisait du bien. Après deux bières, je trouvais n’importe quel prétexte pour engager la conversation avec mon voisin de comptoir. La discussion était légère et, durant quelques instants, j’oubliais tout mon cauchemar. Je parlais de moi et disais tout mon contraire. Je m’inventais une vie sympa avec attitude de joie de vivre. D’une situation dite, j’en racontais tout l’inverse. J’avais envie d’avoir l’impression d’aller bien, dans le meilleur des mondes. Je ne croyais pas tout ce que je disais, mais pas loin. Bière, après bière, ma boulle au fond de l’estomac s’effaçait. Je sentais l’ivresse monter en moi et je devenais quelqu’un d’autre encore. Un de plus dans la bande. Bienvenido ! Un nouveau moi qui semblait heureux de vivre. Je comprenais plus que jamais cette bonne vieille raison qu’ont beaucoup de gens à traîner dans les bars. On oubli tout et l’on se reconstruit une nouvelle vie chaque soir.
Je crois que le fait de ne pas avoir ouvert cette lettre me faisait du bien. J’avais peur d’apporter ces réponses à Romain en me transposant en ce bon vieux Emile. Émile était devenu pour moi un personnage à part entière que j’avais créé de toutes pièces et qui, maintenant, faisait plus que me dépasser, il me dominait littéralement. Une fois ces discussions terminées, je rentrais chez moi  me coucher avec le sentiment de me sentir un peu mieux. J’avais un peu vidé mon âme et je me sentais un tout petit peu léger. Une fois de plus je n’arrivais pas à dormir, et mes médicaments ne me faisaient plus aucun effet. Vers deux heures du matin, je décidais brutalement de descendre chercher cette foutue lettre. L’alcool aidant, je me sentais d’attaque pour me répondre. J’ouvris la boîte, saisi la lettre et remontais aussitôt.
Le temps d’ouvrir cette enveloppe et mes mains étaient totalement moites. Je la lu bien une dizaine de fois, puis saisi une feuille de papier et un stylo. Je semblais décidé, mais après deux heures devant ma feuille blanche, rien. Rien ne venait à moi, j’étais pétrifié. Je sentais Emile omniprésent et ma fatigue lui donnait raison. Je me rhabillais, puis montais dans le premier métro. J’allais au cimetière. Arrivée sur les lieux, les grilles du cimetière étaient fermées. J’attendis l’ouverture avec impatience. Une fois les portes ouvertes, je repris ma place aux côtés de mon père. J’ouvris mon cahier. Au bout de quelques minutes, je réalisais que je déraillais complètement. Qu’est- ce que je foutais là !. Je n’avais rien à faire là. J’avais décidé d’écrire ma première lettre à Emile aux côtés de mon père pour me rendre plus fort. Une chose n’allait pas du tout. Pourquoi étais-je venu me rapprocher de mon père pour rentrer dans la peau d’Emile et répondre à Romain ? Cela n’avait aucun sens, j’étais en train de ne plus du tout savoir ce que je faisais. Mes nerfs étaient à bout. Je n’étais plus bon, à rien. Je n’avais plus envie, et surtout je n’étais plus capable de poursuivre cette correspondance. Tout cela me dépassait complètement. Cette histoire était en train de m’enfoncer au fond du gouffre. Je réalisais que maintenant nous étions presque quatre en moi. Il y avait, moi, celui qui regroupait Romain et Emile, il y avait Emile, Romain et le quatrième, c’était un autre moi, celui qui écrit cette histoire. Ce petit jeu me conduisait à ne plus savoir qui j’étais, pardon, qui je suis. Je suis seul malgré tous ces moi. Seul avec mon histoire qui n’a ni fin, ni sens. L’objectif de m’écrire était de me faire aller mieux et j’allais plus mal que jamais. Je me suis trompé une fois de plus. Pour être capable de s’écrire il faut aller bien. Vous avez tous gagné, sauf moi. Je retourne dans mon troquet, pour m’oublier. 









 
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Publicité






MessagePosté le: Jeu 1 Jan 2009 - 20:02    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Admin
Administrateur
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 08 Juin 2008
Messages: 160
Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Ven 2 Jan 2009 - 00:08    Sujet du message: Quatre sans moi Répondre en citant

L'idée de fond est bonne, mais la construction générale , peu cadrée, a beaucoup souffert  de trop de maladresses de langue .
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:55    Sujet du message: Quatre sans moi

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Créations littéraires Index du Forum -> Espace Nouvelles, Autobiographies, Textes et Récits courts -> Nouvelles Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  
Referencement
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group -- Template created by dav.bo=> GreenStylus --

Portail | Index | forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation