http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: Zak et Lehla (suite 3)
  Créations littéraires
 
Index
 
 S’enregistrerS’enregistrer 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 


 Bienvenue  
Zak et Lehla (suite 3)

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Créations littéraires Index du Forum -> Espace romans -> Romans en cours -> "Zak et Lehla" de Yasmina
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
yasmina
Administrateur
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 06 Juil 2008
Messages: 126
Balance (23sep-22oct)

MessagePosté le: Jeu 26 Mar 2009 - 23:20    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 3) Répondre en citant

                                                                                      4

                                                 "L'envie est comme un grain de sable dans l'oeil"

__________________________________________________________________________________________________________

            Il était presque vingt-trois heures, et les habitants avaient déserté les rues de Rouamzine. Les commerces fermés, seuls des hommes s’y affairaient encore avec empressement, discutant de la façon dont ils occuperaient leur soirée. Au loin, une musique ambiante retentissait du Dawliz, une boîte où les jeunes gens aimaient se retrouver, danser, et discuter tout en buvant un verre de limonade. Chaque soir, des musiciens y jouaient des chants chahbi ou charqi[i],[/i] et garçons et filles s’agitaient sur la piste avec entrain. 
« Alors on y va ? »
            Zak tourna lentement la tête en direction de Marouane, son meilleur ami. Il ne l’avait pas entendu parler, mais il devinait qu’il parlait du Dawliz.
« Qu’est-ce qu’il y a ? T’y pense encore ? » l’interrogea Marouane.
            Zak acquiesça. Lui et son ami étaient sur la même longueur d’onde, ils se comprenaient parfaitement, sans grands discours. Tous deux rêvaient d’étranger, oppressés par les frontières infranchissables de leur pays.
«  Tous les étés c’est pareil de toute façon, finit par balancer Zak, maussade. On est là, et on voit les étrangers se pointer en souriant. Ca t’agace pas toi ? Faut qu’on tente ! »
            Marouane haussa les épaules. Il y eut un moment de silence qui parut interminable, puis dans un soupir, le jeune homme admis :
« C’est vrai, je supporte plus ce pays à la longue. Faut vraiment qu’on se barre. »
            Zak lui adressa un regard plein d’espoir.
« Je sais pas Zak, répondit son ami. J’ai envie de te répondre que je veux bien, comme quand on était gamins, mais là j’vois bien que t’es sérieux, et faut que je réfléchisse. »
            Zak acquiesça d’un air entendu.
« Ouais je comprend. Mais tarde pas trop quand même. Et rappelle toi, c’est notre rêve. »
            Marouane approuva d’un signe de tête puis lança :
« En attendant, billard ou Dawliz ? 
_ Dawliz. Ca t’aidera peut-être à te décider, » rétorqua Zak dans un sourire narquois.
            Son ami rit tandis qu’ils se dirigeaient vers le Dawliz.
Depuis quelques temps, Zak n’était plus le même. A force de chercher, il avait finit par trouver un moyen de s’en aller pour de bon. C’était Redouane qui lui en avait parlé, l’oncle de son ami Youssef. Redouane connaissait un passeur. C’était un homme, à Agadir, dans le sud du pays, qui pouvait lui faire traverser l’Atlantique sur un bateau. Apparemment il y avait des chances de réussite, certains étaient parvenus en Espagne. Cette solution qui s’offrait à Zak était un espoir pour lui, et même s’il s’efforçait de ne pas trop s’y attacher, force était de constater qu’il s’était déjà tracé un avenir à partir de cette attente. Il s’imaginait déjà de l’autre côté de la Méditerranée, cherchant un travail, s’installant dans un bel appartement, s’achetant une jolie voiture, et plus tard, rendant visite à sa famille avec fierté. Il savait qu’il réussirait, il en avait la conviction.
Depuis tous petits, Marouane et lui avaient imaginé tous les moyens possibles et imaginables pour gagner la France. Se rendre à Tanger et se faufiler sous un camion de marchandises à destination de l’Espagne, se cacher dans le coffre de l’oncle de Marouane, ou épouser l’une de ses filles… Aucune de ces solutions ne s’était avérée possible.
D’une part, à Tanger, chaque camion était attentivement fouillé. Les officiers, sans scrupules, lâchaient leurs immenses chiens enragés, et alors, qui était arrêté se retrouvait dans une cellule pour plusieurs jours, à peine nourri et battu jusqu’au sang par les geôliers.
Ensuite, l’oncle de Marouane avait toujours catégoriquement refusé de dissimuler l’un d’entre eux dans son coffre, trop effrayé à l’idée de s’attirer des ennuis. Et puis c’était trop risqué, on racontait qu’un oncle qui avait voulu emmener sa nièce avec lui en France l’avait enroulée dans un grand tapis persan, et que celle-ci s’était étouffée dedans durant le voyage. Cette histoire avait définitivement rebuté Marouane et Zak qui tenaient bien trop à leur rêve pour mourir avant de l’exaucer !
Enfin, d’autre part, l’oncle de Marouane lui avait toujours promis la main d’une de ses filles à condition qu’il fasse de bonnes études. Or il s’était avéré que ni Marouane, ni Zak n’étaient doués pour cela. Pas que si cela avait été le cas l’oncle de Marouane lui aurait effectivement donné une de ses filles, non. Simplement que c’était une des conditions essentielles. Or comment gagner le respect de l’oncle de Marouane sans honorer la condition sine qua non ?
En tous les cas, tous les plans échafaudés dans leur enfance, les plus astucieux fussent-ils, s’étaient révélés infructueux.
Zak et Marouane étaient à présent tout près du Dawliz. La musique paraissait aussi forte que s’ils y avaient été. Ils pouvaient déjà apercevoir la multitude de véhicules étrangers garés dans le parking. De sublimes voitures scintillantes, des rouges, des noires, des blanches, des Golfs, des Mercédès, des BMW… Les plaques révélant leurs origines : Allemagne, Suisse, Suède, Belgique, France… Zak avait toujours rêvé de conduire une de ces belles voitures. Des étrangers se tenaient fièrement autour, une cigarette coincée entre les lèvres, un portable dernier cri dans la main en général. Ils étaient marocains d’origine, et pourtant étrangers aux yeux de Zak. Ces gens n’avaient rien à voir avec lui. Ils avaient des coupes de cheveux étranges, tous pimpants dans leurs vêtements flambant neuf. Zak avait noté leur tendance à porter du blanc ou des couleurs criardes, comme pour être plus visibles qu’ils ne l’étaient déjà, avec pour signe distinctif comme pour les allier à une même secte, une toute petite sacoche constamment portée en bandoulière sous le bras. Les filles étaient jolies. Soignées, habillées à l’occidentale avec des décolletés, des shorts ou des jupes courtes. Elles avaient presque toutes des cheveux raides et étaient très maquillées. Elles riaient, s’amusaient, se trémoussaient. Elles passaient d’excellentes vacances et paraissaient heureuses de se trouver là. Pour elles il ne s’agissait pas d’une fatalité mais d’un choix, elles auraient pu aller dans n’importe quelle boîte de nuit luxueuse du Maroc, n’importe quelle soirée, ou même passer leurs vacances dans n’importe quel autre pays. Leur choix s’était arrêté ici, sur le Maroc, sur Meknès, sur le Dawliz. Pourquoi ? Zak connaissait la réponse à cette question. Tous ces euros qu’ils avaient gagnés une année durant à l’étranger, ils venaient les dépenser en été au Maroc. Alors ils vivaient comme des rois. Deux-cent euros équivalaient à deux-mille dirhams environ, soit le salaire d’un artisan, et encore, au plus aisé d’entre eux. Certains ne vivaient que de la moitié de cette somme. Sachant cela, il n’était pas difficile d’imaginer le pouvoir d’achat qu’acquéraient les étrangers avec toutes leurs économies. Alors ils profitaient, se pavanaient, dépensant sans compter.
Zak et Marouane gravirent hâtivement les marches conduisant à la salle. Une petite queue s’était accumulée à l’entrée, chacun préparant ses vingt-cinq dirhams. Hakim, le videur, les aperçut tous deux dans la foule et son visage dur s’éclaira, se fendant en un large sourire.
« Venez mes frères ! »leur lança-t-il.
            Zak et Marouane se frayèrent un passage dans la cohue, soulagés de ne pas avoir à patienter ce soir.
« Alors comment ça va ? leur demanda-t-il. Laisse passer, mon pote, je les connais ! ajouta-t-il à l’adresse de son collègue qui se chargeait d’encaisser.
_ Ca va, ca va, al hamdoullah, et toi mon frère ? répondit Marouane, non mécontent d’économiser vingt-cinq dirhams.
_ Tout va bien ! Ba alors, ça fait longtemps, qu’est-ce que vous devenez ? continua Hakim tandis qu’il distribuait les tickets d’entrée aux personnes qui payaient son collègue.
_ Ba pas grand-chose, rétorqua Marouane en haussant les épaules. P’tits boulots de temps en temps.
_ Ouais la vie est difficile, surtout en ce moment… »
            Zak n’écoutait pas. Il regardait la salle se remplir petit à petit. Il ne restait à présent que quelques places.
« Bon on te laisse bosser Hakim, essayes de nous rejoindre plus tard !lança-t-il, angoissé à l’idée de se retrouver debout pendant toute la soirée.
_ Oui, oui, j’essaierai ! Amusez vous bien ! »
            Les deux garçons prirent place à une table branlante restée vide, près de la piste. Zak vit Marouane balayer la salle du regard.
« T’as lâché le radar ça y’est ? railla-t-il.
_ Ba ouais on est là pourquoi ? Je rentre pas sans rien moi ! répondit-il en riant.
_ Et alors, qui est la malheureuse ? »
            Marouane lui désigna une grande brune d’un signe de tête. Elle s’agitait déjà sur la piste de danse. Ses cheveux raides d’un noir de jais descendant en cascade sur ses épaules, elle portait une robe rouge affriolante et des talons-aiguilles.
« Je la sens bien celle-là ! »
            Zak secoua nonchalamment la tête.
« A ta place j’y compterais pas trop. 
_ Ah ouais ? Et pourquoi ? J’te parie qu’à la fin de la soirée je l’ai.
_ Parie sur des trucs que t’as des chances de gagner ! s’indigna-t-il.
_ Non, non, je parie sur ça ! Qu’est-ce’ tu crois ? Que j’suis pas assez beau gosse pour me taper cette fille là ? Elle a rien de plus que les autres !
_ Elle est étrangère.
_ Et alors ? C’est qui les étrangers ? Ils valent pas plus que nous ! »
            Zak haussa les épaules. Il ne voulait pas se disputer avec son ami bêtement, et surtout pas à cause des étrangers.
« Ok si t’insistes, on tient le pari, accepta-t-il.
_ Et toi, tu prends laquelle ? »
            Le jeune homme fouilla la salle du regard. Une blonde attira son attention. Petite et fine, elle avait de jolis yeux de biche et un corps à tomber par terre, bien mis en valeur par une jolie robe verte.
« La blonde ? l’interrogea Marouane en souriant.
_ Ouais la blonde.
_ Ok ! Que la fête commence ! »
            Il souriait, les yeux pétillants de malice, observant avec bouillonnement la brune à robe rouge qui à présent arborait un châle autour de ses hanches pour mieux se trémousser sur la musique sharqi.
La salle était désormais bondée, il y avait peu de place pour circuler. Un serveur accéda à leur table à grand peine. Tous deux commandèrent un Coca, il se retira. Cinq minutes plus tard, il revenait avec les boissons. Zak alluma une cigarette, nerveux. Il n’avait pas le cœur à la fête. L’idée de s’en aller le hantait, et d’autant plus qu’il avait cette horde d’étrangers sous les yeux. Il soupira. Il fallait qu’il chasse cette idée de son esprit, au moins le temps que Marouane se décide. Il chercha la blonde du regard. Il la trouva, assise quelques tables plus loin à coté d’une amie à elle, semblait-il. Il croisa son regard. Il lui sourit. Elle lui rendit son sourire. Ce serait plus simple qu’il le pensait.
« C’est dans la poche pour moi ! lança-t-il à Marouane.
_ Fastoche t’as les yeux verts ! maugréa-t-il.
_ C’est ça, remets tout sur mes yeux verts ! Soit t’as la classe, soit tu l’as pas mon pote ! »
            Marouane grimaça et se rendit d’un pas rapide vers la piste de danse. Zak le regarda s’éloigner puis se leva à son tour, en direction de celle avec qui il finirait la soirée. Il avançait lentement, se demandant ce qu’il pourrait bien lui dire. A en juger par la façon qu’elle avait de le dévorer du regard, ça n’aurait pas d’importance. Il passa une prompte main dans ses cheveux. Quelques pas plus tard, il lui faisait face. Zak attrapa une chaise d’une main. Il la posa en face de lui et s’assit.
« Salut beauté. Moi c’est Zak. Et toi ?
_ Salma, répondit la jeune fille en souriant.
_ Enchanté Salma, répondit-il en lui rendant son sourire. Dis moi, ça te dirait de te balader un peu dehors, pour discuter, y a vraiment trop de bruit ici. »
            Salma acquiesça et se leva. Elle le suivait de près tandis qu’il se frayait un passage entre les gens qui dansaient. En le voyant quitter la salle et se rendre en direction de l’escalier qui conduisait dehors, elle lui attrapa soudainement le bras, il se retourna.
« Au fait comment on fait si on veut revenir ? demanda-t-elle, inquiète. J’ai plus d’argent sur moi, se justifia-t-elle.
_ Tu penses déjà à comment tu pourras t’en aller ? T’as peur ou quoi ? railla Zak.
_ Non, non, répondit prestement Salma. C’est juste qu’il faudra que je rejoigne ma copine ici tôt ou tard et que je me demande comment. Ils se souviendront jamais qu’on a déjà payé nos entrées si on part !
_ T’inquiètes pas, je connais le mec de la sécurité, il nous fera rentrer. »
            Salma sourit, rassurée. Ils descendirent les escaliers en vitesse. La jeune fille trébucha. Zak la rattrapa de justesse.
« C’est la première fois que tu mets des talons ou quoi ? » china-t-il en la détaillant du regard.
            Elle rougit, mal à l’aise.
« Non mais tu vas trop vite. J’aimerais bien t’y voir à ma place ! se défendit-elle. Vous les mecs vous voulez toujours les filles les plus classes de la soirée, alors forcément sans talons, ça le fait moins !
_ N’importe quoi. Même sans talon t’aurais capté mon attention, t’étais la plus belle, la rassura-t-il en souriant. Je plaisantais t’inquiètes pas. »
            Zak la vit esquisser un énorme sourire. Mieux valait jouer la carte de la diplomatie et de la flatterie s’il voulait passer la soirée avec elle. Il lui prit la main tandis qu’ils s’éloignaient du Dawliz, avançant sur une grande rue déserte. Elle ne broncha pas. Elle lui parlait d’elle, il n’écoutait pas. Il se contentait d’avancer, les yeux dans le vague, se demandant où ils pourraient bien aller.
« Et toi ? » finit-elle par lui demander.
            Il n’avait absolument aucune idée de ce de quoi elle pouvait bien parler trente secondes plus tôt. Il se tourna vers elle et plongea son regard dans le sien. Il la vit frissonner tandis qu’elle se perdait dans ses yeux verts. Cela marchait à tous les coups. Alors il demanda tranquillement, l’air pensif :
« Moi ?
_ Oui, toi, répondit-elle en acquiesçant vivement. Qu’est ce que tu fais dans la vie alors ? »
            Il se retint à grand peine de rire, dissimulant un regard triomphant.
« Je suis musicien. Je joue dans les mariages, de la derbouka. Et je suis guide touristique de temps à autres. A la prison Kara.
_ C’est pas trop sordide comme endroit?
_ Ca dépend de ce que t’entends par « sordide » ? Un lieu sombre, sale, poussiéreux, infesté de toiles d’araignées et tellement vaste qu’on pourrait s’y perdre et ne jamais en sortir vivant ? Où les âmes des torturées continuent à errer sans fin… »
            Salma frissonna, s’agrippant à son bras.
« C’est vrai ce que tu racontes ? Tu plaisantes, pas vrai ? On peut pas s’y perdre ? l’interrogea-t-elle, les yeux écarquillés.
_ Ba…si on prenait la prison Kara dans son entier, alors on pourrait s’y perdre, mais effectivement, ce n’est plus le cas aujourd’hui parce qu’ils y ont fait construire un mur. Tu comprends on y perdait trop de touristes. Pas évidemment d’être payé après ça… » plaisanta-t-il.
            La jeune fille éclata d’un rire sonore déchirant le silence de la nuit. Cela fit sursauter Zak.
« T’es trop ma rrant ! lança-t-elle en riant.
_ Chut ! Tu fais trop de bruit. Les gens dorment à cette heure-ci. »
            Salma se tut, gênée.
« Suis-moi, » lui dit-il en avançant dans une petite ruelle sombre.
            Elle le suivit sans plus dire mot. C’était un cul-de-sac. Il faisait si obscur qu’on ne s’y voyait pas. Elle voulut parler mais Zak la fit taire par un baiser. L’heure n’était plus aux discussions.
            Quinze minutes plus tard, ils quittaient la ruelle. A la lumière d’un lampadaire, Salma rajustait sa robe. Zak ne prit pas la peine de l’attendre. Elle finit par lui courir après, haletante.
« Tu m’attends pas ? 
_ Tu vois bien que je suis encore là, » répondit-il, agacé.
            Elle préféra changer de sujet.
« C’était bien tout à l’heure, roucoula-t-elle.
_ Oui, mentit Zak froidement.
_ Faudra qu’on remette ça alors ! s’exclama-t-elle en souriant.
_ Oui, faudrait. »
            Il soupira. Il n’avait aucune envie de la revoir. Ce qui devait arriver était arrivé. Le destin avait voulu que leurs chemins se croisent, et ils s’étaient effectivement croisés. Ca avait duré une demi-heure. A présent, chacun était libre de poursuivre sa route de son côté. C’était cela la vie. Il y avait encore des milliers de chemins qui ne demandaient qu’à croiser le sien après tout.
Dix minutes plus tard, la musique ambiante du Dawliz se faisait de nouveau entendre, au loin. Zak pressa le pas. Derrière, Salma essayait tant bien que mal d’accélérer son rythme pour être à sa hauteur, le garçon préféra l’ignorer.
« T’as besoin de courir comme ça ? Le Dawliz ne va pas s’envoler ! soupira-t-elle, excédée.
_ Y a mon pote qui m’attend.
_ Moi aussi ma copine m’attend mais bon, ils peuvent bien attendre cinq minutes de plus ! grommela-t-elle. Et puis j’ai mal aux pieds !
_ Si tu supportes pas les talons, faut pas en mettre, » répliqua Zak avec irritation.
            Là-dessus, Salma n’ajouta plus un mot. En se tournant vers elle le garçon vit sa mine décomposée. Il ne lui adressa plus aucun regard. Il pensa alors à Marouane et au pari. Avait-il réussi à séduire la brunette à robe rouge ?
Le parking du Dawliz était à présent remplit de couples qui s’embrassaient. Ils s’étaient probablement formés au cours de la soirée. Zak vit à sa droite un garçon qui avait plaqué une jeune fille contre un mur, ses jambes enlaçant son corps, ils s’embrassaient goulument. Il ressentit de la répulsion. N’importe qui pouvait les voir, ils n’avaient aucune pudeur. Il cracha par terre juste sous leur nez dans une grimace de dégout, interrompant leurs baisers. Le couple se tourna vers lui un instant, interloqué, mais reprit rapidement son activité là où elle avait été laissée.
Zak gravit quatre à quatre les marches conduisant à la salle de danse. Salma, loin derrière, peinait à suivre son rythme. Hakim était toujours à l’entrée.
« Dis, Hakim, y a une fille qui est avec moi derrière, elle a déjà payé sa place tout à l’heure donc si tu pouvais la laisser rentrer…, lui lança Zak.
_ Pas de soucis mon frère !
_ Merci ! On se capte tout à l’heure ! »
            Zak balaya la pièce du regard, à la recherche de Marouane. Il ne le vit pas tout de suite. Il y avait une certaine agitation au fond de la salle. Comme d’habitude, des étrangers qui ne cherchaient qu’à attirer l’attention. Le jeune homme plissa alors les yeux et put discerner sa silhouette. Il reconnut son débardeur vert et son jean délavé. Il était cerné par quatre ou cinq individus qui le regardaient avec hostilité. Zak sentit son cœur battre la chamade. Chaque année il n’attendait que cela. Que l’un de ces étrangers n’ose s’en prendre à l’un d’eux. Il courut en direction de Marouane, bousculant des gens sur son passage sans un instant s’en soucier. On lui tendait enfin la perche qu’il attendait. Il la saisirait.
Il se trouvait à présent juste derrière celui qui semblait être le chef de la bande. Zak le dépassait de presque une tête. Gardant le silence, il tendit l’oreille afin de savoir de quoi il retournait.
« Espèce de sale bledard pour qui tu te prends ? T’as vu ta mouille connard ? T’as cru que t’allais pouvoir te taper ma meuf ? » grondait l’étranger à l’adresse de Marouane.
            Le sang de Zak bouillonnait, il le sentait battre à tout rompre dans ses veines, mais il se contint, curieux d’entendre la suite.
« C’est ta meuf ça ? A la façon qu’elle avait de m’regarder on aurait pas dit, rétorqua Marouane d’un air décontracté. Et comme elle m’chauffait j’étais à des kilomètres d’imaginer qu’en plus son mec était pas loin, désolé de te décevoir mon frère !
_ Mon frère ? »
            L’étranger faillit s’étrangler de fureur.
« Mon frère ? répéta-t-il ahuri. Mais pour qui tu te prends sale sonak ? T’as cru que tu lui plaisais ? Regarde-toi avec ta vieille sape, ton vieux pull de tapette ! »
            Zak décida qu’il en avait trop entendu. Il tapota l’épaule du garçon. Celui-ci se retourna vivement.
«  Qu’est-ce t’as toi ? » lui lança-t-il d’un air de dédain.
            Zak ne se fit pas prier pour lui balancer son point dans la figure. Les autres se jetèrent alors sur lui avec férocité. Certains essayèrent de les séparer, en vain. Ce fut Hakim qui finalement mit fin à cette lutte acharnée. Il leur demanda tous de le suivre jusqu’à la réception.
« Allez-vous-en ! ordonna-t-il nerveusement aux étrangers. 
_ Comment ça on s’en va ? C’est lui qui a voulu jouer le chaud avec moi, y a pas de ça ! beugla celui qui semblait être le chef de la bande.
_ J’ai dit, partez ! » articula Hakim une nouvelle fois, d’une voix qui se voulait insistante.
            Zak le détailla du regard. Son front perlait de sueur, une veine sur sa tempe gauche se faisant de plus en plus proéminente, tandis que sa mâchoire se contractait et se décontractait encore et encore sur ses dents serrées. Un pitbull aurait eu l’air d’un chaton face à lui.
« Vas-y laisses le ce bledard, il défend ses potes bledards ! » ajouta un autre d’un air méprisant.
            Hakim tremblait de rage, il se retenait à grand peine de ne pas réduire leurs têtes en bouillie, avec ses énormes poings serrés. Zak ne parvint pas à contrôler les siens qui allèrent se cogner contre le visage de celui qui les avait insultés. Hakim sursauta, puis il répéta, ignorant ce qui venait de se produire :
« Allez, barrez-vous d’ici et ne revenez jamais ! 
_ Mais…  Et eux ? Ils viennent de…
_ Barrez-vous ! »aboya-t-il avec haine.
            Les cinq garçons s’éloignèrent non sans grommeler une vingtaine d’insultes. Dès qu’ils furent partis, Hakim se tourna en direction de Zak et Marouane, marmonnant :
« Les gars vous allez me créer des problèmes. Arrêtez un peu avec vos histoires sinon j’serai obligé de vous virer aussi.
_ Tu rigoles, ils ont pas arrêté de nous insulter ces connards ! s’exclama Zak avec stupéfaction. « Bledard », ça veut dire quoi bledard ? Pour qui ils nous prennent ? Qu’est ce qu’ils foutent dans notre pays ces bâtards ? »
            Hakim se crispa.
« Putain j’te suis trop reconnaissant de leur avoir cassé la gueule, admit-il dans un soupir. Mais bon à l’avenir évitez quand même les emmerdes. 
_ Ouais c’est bon, grommela Marouane. On fera attention  t’inquiètes pas. »
            Hakim les dévisagea un instant, puis acquiesça avant de s’éloigner.
Il y eut un moment de silence. Zak pris conscience qu’il avait l’œil endolori et gonflé. Il aurait surement un joli coquard le lendemain matin.
« C’était à cause de quoi cette bagarre ? » demanda-t-il enfin dans un soupir.
            Marouane haussa les épaules.
« Réponds ! Je te signale qu’à cause de ta gueule j’aurai l’œil défoncé demain !
_ C’était à cause de la fille, rétorqua Marouane en grimaçant.
_ Eh ben ? Qu’est-ce qu’elle avait la fille ?
_ Elle avait une pourriture de mec. J’avais pas vu qu’il la surveillait.
_ Dis moi que t’as perdu ton pari, quoi, railla Zak.
_ Ouais…, déplora son ami. Je t’ai vu partir avec la blonde. T’as gagné encore une fois ! »
            Zak dévisagea Marouane. Quelque chose clochait. Ce n’était pas dans ses habitudes de s’admettre si facilement vaincu. Il avait un air perplexe. Soucieux même. Comme s’il était préoccupé par autre chose, de plus important. Il y eut un instant de silence. Puis Marouane croisa son regard, les yeux brillants. Il ouvrit la bouche, comme pour dire quelque chose, puis la referma aussitôt. Il balaya la pièce du regard, respirant un grand coup, puis il annonça d’un air déterminé :
« Je viens avec toi.»
                        Zak ne répondit pas. Ce n’était pas la peine, tous deux s’étaient très bien compris.
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Jeu 26 Mar 2009 - 23:20    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Abdel
Support Team
Support Team

Hors ligne

Inscrit le: 08 Aoû 2008
Messages: 1 314

MessagePosté le: Ven 27 Mar 2009 - 23:15    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 3) Répondre en citant

Bonjour,

J'ai voulu enlever le texte en code qui est en début qui s'affiche avec le texte, mais j'ai mis a mal votre travail de mise en forme.

Je m'excuse, tu sauras y remédier.

Dans ce chapitre, consacré donc à Zak et à son projet d'émigration, on plonge dans le monde spécifique d'une certaine jeunesse, avec ses codes son langage, sa mentalité.

Vous avez adapté  avec talent et réalisme votre style, votre manière d'exposer les faits à ces situations particulières.

Le destin de Zak parait ,ici,aux antipodes de celui de Lahla.

La suite du récit promet des rebondissements dans l'itinéraire de leurs vies.
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
yasmina
Administrateur
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 06 Juil 2008
Messages: 126
Balance (23sep-22oct)

MessagePosté le: Ven 27 Mar 2009 - 23:33    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 3) Répondre en citant

Oui j'ai vu ca!! je corrigerai ce que vous avez fait dès que possible! Merci pour votre appréciation   
Revenir en haut
solitaire
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Dim 29 Mar 2009 - 18:44    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 3) Répondre en citant

c'est tres beau j'ai aimer ta facon de relater cette histoire j'ai passer un bon moment à te lire bravo
Revenir en haut
Humphrey
Modérateur global
Modérateur global

Hors ligne

Inscrit le: 24 Mar 2009
Messages: 703
Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Dim 26 Avr 2009 - 17:41    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 3) Répondre en citant

J'ai profité de ce dimanche pour lire ce quatrième chapitre qui est à mes yeux le meilleur jusqu'à présent. 


Petite parenthèse : un autre membre a reproché aux deux premiers chapitres d'être trop descriptifs. Je dois dire que je ne partage pas cet avis. Il n'est ni anormal ni gênant que le début d'un roman soit assez descriptif puisqu'il faut planter le décor et introduire les personnages (du moins si on opte, comme c'est le cas ici, pour un schéma narratif classique.)


Quoi qu'il en soit, dans ce quatrième chapitre, les descriptions font place à l'action et à de nombreux dialogues, dans lesquels Yasmina excelle ! Ces dialogues sont écrits dans un langage vivant, réaliste, crédible, sans être exagérément argotique. Cela n'a l'air de rien, mais c'est extrêmement difficile d'arriver à un tel résultat. Chapeau !


Le personnage de Zak acquiert dans ce chapitre une nouvelle dimension. Le contraste avec Lehla est tel qu'on se demande - et c'est une très bonne chose pour maintenir le lecteur en attente - comment ces deux-là vont pouvoir se rencontrer comme le laisse supposer le titre du roman.


Bref, vous l'aurez compris, je commence à m'emballer pour ce roman et je suis bien content de savoir qu'un cinquième chapitre m'attend déjà.


Au niveau du style, je n'ai pas grand-chose à dire cette fois-ci. Un seul passage me semble moins réussi : 


Enfin, d’autre part, l’oncle de Marouane lui avait toujours promis la main d’une de ses filles à condition qu’il fasse de bonnes études. Or il s’était avéré que ni Marouane, ni Zak n’étaient doués pour cela. Pas que si cela avait été le cas l’oncle de Marouane lui aurait effectivement donné une de ses filles, non. Simplement que c’était une des conditions essentielles. 


Les deux dernières phrases de ce passage sont un peu maladroites, vous ne trouvez pas ? Peut-être pas fausses grammaticalement, mais franchement lourdes, peu coulantes. Bien en-dessous du niveau général de ce chapitre.


Puisque nous avons affaire à un auteur de qualité, je me permettrai toutefois d'être (encore) plus exigeant que d'habitude et de décerner un carton rouge pour les trop nombreuses fautes d'orthographe qui sont selon moi évitables (il suffit de se relire ou de se faire relire) : plusieurs "s" intempestifs dans les impératifs, de nombreux traits d'union manquants (amusez-vous, dis-moi, cette fille-là, ... également dans les 3 premiers chapitres d'ailleurs) et d'autres erreurs jamais très graves mais que l'on n'attend pas dans une écriture de ce niveau. 


Autant je suis tolérant pour les fautes d'orthographe dans un commentaire ou "post" non littéraire sur un forum, autant je trouve que les auteurs qui soumettent leurs oeuvres littéraires à la lecture des autres se doivent de poster un texte le plus irréprochable possible. Que penseriez-vous d'un chanteur qui vous fait écouter des chansons avec des fausses notes ? Pour moi, c'est la même chose.


Mais que cette remarque de gricheux ne vous fasse pas oublier que j'ai aimé lire ce chapitre, c'est quand même (et de loin) le plus important !


Bonne continuation, Yasmina !
Revenir en haut
yasmina
Administrateur
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 06 Juil 2008
Messages: 126
Balance (23sep-22oct)

MessagePosté le: Lun 27 Avr 2009 - 22:05    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 3) Répondre en citant

Merci pour ce commentaire   . Merci pour ces compliments...et ces critiques. Vous pouvez faire le grincheux, çe ne m'embête pas...à condition de ne pas faire vous même de fautes quand vous me le reprochez "Mais que cette remarque de gricheux ne vous fasse pas oublier"!!  Bon, d'accord, ce n'était qu'une faute de frappe... A l'avenir je serai plus vigilante sur les fautes d'orthographe. Quant à la phrase que vous m'avez reprochée, vous avez raison. Encore une phrase sur laquelle j'ai buté, que j'ai mis un temps fou à écrire. Je la changerai dès que j'en aurai le temps.
Je suis contente que ce que j'écris vous plaise un minimum, c'est un sacré compliment venant d'un grincheux comme vous! héhé!

A bientôt!
Revenir en haut
Humphrey
Modérateur global
Modérateur global

Hors ligne

Inscrit le: 24 Mar 2009
Messages: 703
Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Lun 27 Avr 2009 - 22:40    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 3) Répondre en citant

Moi grincheux ? Je m'insurge !         


Et je revendique le droit de faire quelques fautes de frappe et même des vraies fautes d'orthographe dans mes messages sur ce forum. J'en ai déjà fait bien d'autres, héhé. 


Par contre si un jour je poste une oeuvre littéraire, je vous autoriserai à être aussi impitoyable avec moi que je ne le suis avec vous. Mais il n'est pas certain que je prendrai ce risque...


Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:41    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 3)

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Créations littéraires Index du Forum -> Espace romans -> Romans en cours -> "Zak et Lehla" de Yasmina Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  
Referencement
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group -- Template created by dav.bo=> GreenStylus --

Portail | Index | forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation