http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: Zak et Lehla (suite 4)
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Zak et Lehla (suite 4)
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yasmina
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MessagePosté le: Lun 20 Avr 2009 - 11:33    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

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5      
   
« Le légume ne vient qu’en terre cultivée »      
       
_______________________________________________      
    
             Plus les jours passaient, et plus Lehla était confortée dans l’idée qu’inactive tel qu’elle l’était, jamais le prince charmant ne viendrait frapper à sa porte. Pas qu’elle veuille se marier dès à présent. En effet elle trouvait sa cousine Isma bien trop jeune pour se marier, et puis Lehla elle-même n’avait toujours pas conscience d’être adulte, bien qu’elle ait eu dix-huit ans six mois plus tôt. De toute évidence comment en avoir conscience au bout de six mois quand pendant dix-huit années il vous avait été répété inlassablement que vous n’étiez qu’une enfant ? Et puis voilà que subitement le chiffre dix-huit se pointait à l’horizon, et alors que vous n’étiez qu’enfant la veille, vous devenez « une femme » sous les yeux émus de toutes les amies de votre mère.
Non décidément, elle n’était pas prête à se marier. Mais ce qu’elle voulait, c’était simplement le rencontrer, cet homme qui la rendrait heureuse. Elle voulait le voir, et être sûre dès maintenant qu’il viendrait plus tard. Car après tout, si cet homme ne venait jamais ? Ne fallait-il pas le chercher sur le champ, lui faire un petit signe avec les mains pour lui signifier qu’on était là, qu’on l’attendait ? Sinon, comment le saurait-il ? Comment l’homme de la vie de Lehla aurait conscience du fait que c’était elle qu’il devait demander en mariage, s’il ne la connaissait pas ? Ne disait-on pas « Aide toi et Dieu t’aidera » ?
Plus les jours passaient, et plus Lehla était convaincue qu’elle devait provoquer le destin. Aussi commençait-elle à passer un temps infini devant le miroir de sa chambre, tentant tant bien que mal d’améliorer l’image qu’il pouvait bien renvoyer.
Depuis quelques jours, l’atmosphère chez elle était agitée. Isma se mariait dans deux semaines, et tous étaient impliqués dans les préparatifs. La tante Fatima venait les voir chaque jours, parfois plusieurs fois, pour voir où le travail qui leur avait été délégué en était. La mère de Lehla avait été chargée de préparer les cornes de gazelle et les gâteaux à la noix de coco. Aussi la maison baignait-elle dans cette odeur exquise de pâte d’amande mêlée à l’eau de fleur d’oranger… La tante Fatima passait son temps à se plaindre et à s’angoisser, répandant ses ondes négatives partout où elle mettait les pieds. Et dès qu’elle avait le dos tourné, le grand-père de Lehla en profitait pour rouspéter. C’était sa mère qui en faisait les frais.
«  Qu’est ce qu’elle nous veut encore cette vieille mûle ? grommelait-il.
_ Tu le sais bien papa, elle est venue me demander de l’aide pour les préparatifs du mariage de sa fille, répondait sa mère avec patience.
_ Et alors ? Qui c’est, sa fille, pour nous ? Rien du tout ! maugréait-il de plus bel.
_ C’est ma nièce papa.
_ Ta nièce ?
_ La cousine de Lehla, lâchait-elle, excédée.
_ C’est ça aides-là. Tu crois peut être que tu l’intéresseras toi, quand tu seras dans la merde ? Rien du tout ! Elle te connaîtra plus à ce moment là ! Comme tous les autres, elle te tournera le dos. Elle nous a aidés, nous, peut-être, pour le mariage de ton frère ? Je ne l’ai pas vu faire quoique ce soit que je sache ! »
            Dans ces cas là, la mère de Lehla préférait garder le silence devant ces provocations. Le grand-père continuait de ronchonner dans son coin quelques minutes, puis finissait par mettre du tabac dans sa pipe pour la fumer en guise de consolation.
Le climat devenu pesant, chaque prétexte était bon pour ne pas se retrouver chez elle à entendre ces gémissements.
Lehla, après quinze minutes passées devant son miroir, décida de relâcher ses cheveux bouclés sur ses épaules. Elle enfila rapidement sa djellaba turquoise et se rendit dans la cuisine en traînant les pieds.
« Maman ?
_ Oui, répondit sa mère, essoufflée, sans lever les yeux de la pâte qu’elle était en train de pétrir avec violence.
_ Je voudrais aller à la Médina.
_ Pour quoi faire ? l’interrogea sa mère en lui jetant un bref coup d’œil.
_ Je voudrais m’acheter quelques vêtements.
_ Tu y vas avec qui ?
_ Avec Btissame. »
            Sa mère hocha de la tête d’un air entendu. Lehla tourna les talons.
« Attends ! » lança-t-elle.
            Lehla revint sur ses pas.
« Oui ? »
            Sa mère se lavait les mains. Elle fouilla dans un placard, attrapa son porte-monnaie et ajouta :
« Tiens, achètes-moi du savon bildi. »
            Lehla acquiesça tandis que sa mère lui tendait deux billets de cent dirhams.
« Et achètes-toi ce que tu veux, » ajouta-t-elle.
            La jeune fille sourit et embrassa sa mère.
« Merci maman. Tu penses que je devrais penser à m’acheter une robe pour le mariage d’Isma ?
_ Non c’est pas la peine. On louera. »
            Lehla approuva puis s’éloigna de la cuisine d’un pas rapide, attrapa un sac à main blanc dans sa chambre dans lequel elle fourra les billets, avant de quitter la maison.
Btissame et elle s’étaient donné rendez-vous pour seize heures trente devant les petits taxis, en bas de la rue. La jeune fille jeta un coup d’œil à sa montre, il était déjà seize heures quarante-cinq. Pressant le pas, elle sentait un vent léger caresser ses longs cheveux relâchés. C’était la première fois depuis des années qu’ils n’étaient pas noués, c’était une sensation agréable. Elle avait le sentiment plaisant que tout le monde la dévisageait. Les hommes devant les hanouts la regardaient comme s’ils la découvraient. Lehla se redressa fièrement.
Btissame l’attendait impatiemment à côté d’un taxi bleu. Elle discutait avec le chauffeur. Apparemment elle avait réussi à le convaincre de patienter. Lehla lui fit un signe de la main. Son amie la regarda avec des yeux écarquillés, comme ahurie. Arrivée à sa hauteur, elle lui fit une bise, et toutes deux se dépêchèrent de monter dans le taxi, Btissame ne la quittant pas des yeux.
« Bon, à la Médina alors, lança le chauffeur en soupirant. Tu nous a beaucoup fais attendre, p’tite demoiselle, » ajouta-t-il à l’adresse de Lehla.
            Celle-ci rougit, gênée.
« Et on se demande pourquoi, chuchota Btissame avec ironie.
_ Qu’est ce que tu veux dire ? l’interrogea Lehla.
_ Tu t’es épilé les sourcils ! s’exclama son amie en la détaillant du regard.
_ Et alors ? C’est moche ?
_ Ah non, c’est très bien ! répondit Btissame en riant. Mais ça fait bizarre. Ton visage est plus…dégagé ! »
            Lehla vira au rouge pivoine.
« Et tu t’es maquillée aussi non ?
_ Oui bon, c’est bon, on va pas en faire tout un plat, y a pas de quoi alerter la presse, rétorqua la jeune fille avec embarras.
_ Non mais c’est joli, la rassura son amie. Ca fait plus femme. Je dois vraiment avoir l’air d’une gamine à côté de toi ! pouffa-t-elle.
_ N’importe quoi !
_ Si j’en suis sûre !
_ Ba t’as qu’à faire la même chose que moi, personne t’en empêche !
_ Tu parles ! Mon père m’en empêche ! Si j’épilais mes sourcils il m’arracherait tout ce qu’il me reste de poils sur le corps, mes cheveux compris ! »
            Lehla sourit. Les inconvénients d’avoir un père en vie. Elle les oubliait parfois. Il était vrai que quand son père était encore des leurs, il lui interdisait énormément de choses plus insensées les unes que les autres. Elle se souvenait l’avoir entendu dire que les femmes qui s’épilaient les sourcils ressemblaient toutes à des sorcières, et que rien ne valait la beauté naturelle. Cela dit, elle vivait toujours avec son grand-père. Et si sa vue était assez basse pour qu’il ne s’aperçoive pas de cette toute nouvelle épilation, elle avait intérêt à être sur ses gardes quant à sa tenue vestimentaire. Elle était passée en revue chaque fois qu’elle sortait. Lehla avait la désagréable impression de se retrouver devant un radar qui hurlait s’il détectait des manches trop courtes ou un pantalon trop serré. Parfois elle avait du mal à comprendre le bien fondé de ces restrictions, mais elle préférait se taire, ne pas affronter l’autorité. Depuis la mort de son père, son grand-père les avait hébergés, sa mère, son frère et elle. Ils lui devaient tout. Sans lui, ils n’auraient certainement pas pu joindre les deux bouts.
La jeune fille jeta un œil à la fenêtre. Les rues défilaient devant elle. Les trottoirs, les palmiers aux troncs à moitié peints de blanc, les hommes et femmes qui rentraient du travail fatigués, les enfants qui couraient. Au feu rouge, un grand taxi s’arrêta juste en face d’elle. Elle jeta un œil à la vitre, un jeune homme était installé sur la banquette arrière avec trois autres de ses amis, semblait-il. Ils étaient serrés comme des sardines. Le premier lui fit un clin d’œil, elle détourna le regard, gênée. Toutefois elle ne put s’empêcher de se tourner à nouveau dans sa direction. Il la regardait toujours, souriant, lui faisant des signes, les yeux pétillants d’effronterie. Elle rougit. Il envoya des baisers dans sa direction. Le taxi redémarra, disparaissant finalement loin devant.
« Beaucoup trop de voyous de nos jours ! » grommela le chauffeur.
            Lehla baissa la tête, embarrassée, tandis que Btissame approuvait.
« Je suis d’accord ! A croire qu’ils n’ont jamais vu de filles de leur vie ! » s’exclama-t-elle, outrée.
            Lehla ne dit pas un mot, plongée dans ses pensées. Elle riait en son fort intérieur. Elle avait attiré un garçon, elle, Lehla Saadi. Peu importe la manière dont il avait pu le montrer, cette façon agressive qu’il avait eu de manifester son attirance, parce qu’elle lui avait plu ! Il n’aurait pas fait le zouave de la sorte s’il ne l’avait pas trouvée jolie !
Lehla se mit à l’imaginer sortant de son taxi, se dirigeant vers elle, ouvrant sa portière et la tirant vers lui. Elle prit un curieux plaisir à se représenter contre lui, les bras autour de sa nuque, le regardant droit dans les yeux. Alors il se serait penché pour l’embrasser…
Le cœur de Lehla battait la chamade. Comment ce garçon qu’elle n’avait aperçu qu’une minute pouvait-il lui faire un tel effet ? Elle se mit à espérer le voir à la Medina. Oui, peut-être se croiseraient-ils. Peut-être viendrait-il lui parler.
La jeune fille jeta un œil à Btissame. Celle-ci était en pleine conversation avec le chauffeur. Leur discussion avait dérivé sur la religion. Elle se sentit soudainement gênée d’avoir eu de telles pensées. Ne voulant pas prendre part à la discussion, elle préféra contempler les rues qui défilaient.
Ils arrivaient déjà à Hamria, les trottoirs étaient assez vides. Il était encore tôt. Le taxi passa devant la grande cour d’appel de Meknès. Son père y travaillait, avant. Il avait été greffier. La voiture descendit la route, passant devant Macdonald et le Dawliz. Des centaines de voitures étaient garées devant. Puis elle prit la rue de Rouamzine, descendant enfin en direction de la Médina. Cette rue était bondée. Des garçons étaient adossés aux murs et regardaient les voitures passer en discutant. Des hommes étaient attablés à des cafés, fumant leurs cigarettes en buvant une limonade. Des coiffeurs attendaient debout devant leurs hanouts, bras croisés, à l’affût de nouveaux clients. La voiture tourna à l’intersection, descendant la rue.
Le taxi s’arrêta sur le côté, juste sur la grande place. Btissame tendit un billet au chauffeur, il lui rendit la monnaie. Les deux jeunes filles descendirent de la voiture tandis qu’une dizaine de personnes courait déjà dans sa direction dans l’espoir de monter.
La place était noire de monde, comme toujours. Plusieurs petits groupes s’étaient formés. Sur les côtés, des centaines de femmes étaient installées sur des marches avec leurs bambins, discutant des derniers potins ou échangeant des recettes de cuisine et surveillant les allées et venues. Plus loin, des cafés, et des hommes attablés qui parlaient de sujets plus sérieux devant un bon verre de Coca et parfois un casse-croûte au kofta avec de la mayonnaise et de la sauce piquante.
Sur la place même, on trouvait diverses attractions. Un vieillard qui jouait avec un singe sous l’œil amusé de la foule, un homme qui contait des histoires fabuleuses de Djinns et Satan. On y faisait aussi des jeux, dont celui de la canne à pêche, le but étant d’attraper une limonade posée par terre avec sa canne, après quoi on la gagnait. Non seulement pour cela il fallait payer deux dirhams, mais en plus, souvent, une fois gagnée, la limonade n’était plus fraîche.
On pouvait faire le tour de la grande place à dos de chameau pour vingt dirhams. Apparemment, cette attraction était un bon attrape-touristes, une véritable arnaque.
Enfin on y trouvait déjà des stands vendant des objets d’artisanat marocain, des chaussures, mais aussi des chips et des maïs soufflés ainsi que de la limonade.
Lehla grimaça devant cette effervescence. Elle n’aimait pas aller à la Medina. Il y avait toujours trop de monde, on était souvent bousculés, et même l’achat de l’objet le plus insignifiant engageait négociations. En effet, pour se rendre seul à la Medina, encore fallait-il savoir marchander. Les commerçants n’hésitaient pas à monter énormément les prix. C’était la raison pour laquelle elle avait emmené Btissame avec elle. Une fois, grâce à son amie, elle avait pu s’offrir un tee-shirt pour trente dirhams seulement alors que le vendeur lui avait annoncé cent cinquante dirhams au départ !
La Medina était composée d’une partie extérieure, des rues, dans lesquelles plusieurs stands étaient posés. En général chaque rue était associée à une catégorie de produits. Ainsi, les bijoux fantaisie se trouvaient avec les sandales et les pyjamas. Une rue était entièrement dédiée aux tissus et aux tapis. Une autre aux épices. On y trouvait du cumin, de la cannelle, mais aussi du henné, de l’argile et de l’huile d’argan. Et dans celles qui restaient, on vendait toutes sortes d’aliments.
Mais la Medina était également composée d’une partie intérieure. Il s’agissait d’une immense bâtisse dont chaque partie était également dédiée à une catégorie spécifique de produits.
« Bon, tu comptes aller où ? l’interrogea Btissame.
_ Je veux refaire ma garde robe. Tiens tu n’as qu’à tourner à droite. Ne restons pas à l’extérieur. »
            Les deux jeunes filles se dépêchèrent de gagner l’une des immenses portes d’entrée. A l’intérieur, il faisait frais.
Il fallut deux heures à Lehla pour faire tous ses achats. Epuisée, elle quitta prestement la Medina avec son amie, oubliant même d’acheter le savon bildi. En y réfléchissant, même si elle s’en était souvenue, elle n’aurait jamais eu le courage de descendre le chercher au fin fond de la Medina. Ainsi ce fût sans regret qu’elle se dirigea vers les petits taxis. Le soleil commençait à descendre dans un ciel qui s’assombrissait déjà.
Le chemin du retour fut assez rapide. Lehla n’était pas mécontente de ses achats. Si son grand-père voyait ses nouveaux vêtements, il jaserait sûrement. Mais elle s’en moquait dorénavant. Elle trouverait bien un moyen de les porter sans qu’il s’en aperçoive, il ne pourrait pas la surveiller constamment. Après tout, de nos jours, toutes les jeunes filles portaient des vêtements qui les mettaient en valeur, cela n’avait rien de honteux. Et puis elle n’en était pas encore aux minijupes !
Le taxi se gara en face de sa rue. Elle paya et descendit.
« Bon c’était super, mais va falloir que je rentre ! lui dit Btissame avec regret. Mon père ne va pas tarder à rentrer, et j’aimerai qu’il croie que je ne suis pas sortie. »
             Elle grimaça, apparemment honteuse d’avoir à duper son père de la sorte, ou alors de devoir autant mentir pour si peu. Lehla acquiesça en souriant.
«  On se voit bientôt. Passes chez moi, répondit-elle.
_ Oui, je passerai. Allez bonne soirée ! »
            Lehla rentra chez elle d’un pas rapide. Il lui tardait d’essayer toutes ces choses qu’elle avait achetées. A peine arrivée sur le seuil de la porte, elle entendit son grand père grogner, près de la cuisine. Elle préféra ne pas entrer tout de suite. Dans un soupir, elle jeta un œil à la rue et aux passants. Ils devaient se demander ce qu’elle faisait à patienter devant la porte. D’abord gênée, elle détourna la tête. Puis elle la releva doucement en direction des passants. Après tout, les gens pouvaient bien penser ce qu’ils voulaient. Cela ne changerait pas le monde pour autant. Elle continuerait à se réveiller tous les matins, à aider sa mère à faire le ménage, et à se sentir oppressée par les plaintes incessantes de son cher grand-père. C’était à elle de changer sa vie. Elle devait prendre les choses en mains.
Un jeune homme passa à cet instant. Il était grand, brun. Ses yeux d’un vert limpide croisèrent ceux de Lehla. Il sourit. Et continua sa route, les mains dans les poches. Pendant une minute entière, Lehla n’entendit plus les grognements de son grand-père tant son cœur s’était emballé.
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MessagePosté le: Lun 20 Avr 2009 - 11:33    Sujet du message: Publicité

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Humphrey
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MessagePosté le: Dim 3 Mai 2009 - 19:07    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

J'ai eu un peu de mal à entrer dans ce 5ème chapitre à cause du premier paragraphe que je trouve très faible, bien en dessous du niveau du 4ème chapitre et de la deuxième moitié du 5ème. Je ne détaillerai pas les problèmes parce que pour moi, tout le début jusqu'à "les amies de votre mère" mérite d'être entièrement réécrit (phrases qui se lisent mal, problème de temps, ...)


Dans le deuxième paragraphe ("Non décidément..."), il manque un "il" après "aurait" dans la phrase "Comment l'homme de la vie de Lehla aurait conscience... "


Ensuite cela s'arrange progressivement - avec encore quelques phrases moins heureuses par ci par là - pour redevenir franchement bon à partir du moment où Lehla retrouve Btissame.


Bref, un style inégal pour ce chapitre, on dirait que l'écriture de Yasmina est comme un moteur diesel qui doit chauffer un peu... mais rien de très grave.  Yasmina, tu nous as prouvé que tu avais du talent, le reste n'est qu'une question de travail.


L'histoire quant à elle continue de me captiver, je me suis attaché au personnage de Lehla. Bravo pour ce sens de la narration ! 
J'attends la suite avec impatience (ne me faites pas attendre trop longtemps, sinon je risque d'oublier le début.)


L'orthographe reste un peu trop cahotique à mon goût. Je sais, je sais, je suis difficile et il existe des correcteurs mais bon, si on peut le faire soi-même, pourquoi s'en priver ?


Pour info:
- les verbes en -er ne prennent jamais de "s" à l'impératif : aide-la (sans accent sur le "la" bien sur), achète-toi, passe chez moi, ...
- Bah s'écrit avec h.
- on écrit "de plus belles" je crois, et non "de plus bel".
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Humphrey
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MessagePosté le: Lun 4 Mai 2009 - 18:37    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

Ah pardon, mon épouse me dit que "de plus belle" s'écrit sans "s"...


Au temps pour moi (ou autant pour moi, pour faire plaisir à Abdel, haha!)
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yasmina
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MessagePosté le: Mar 5 Mai 2009 - 18:25    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

Merci!! :-)

D'accord d'accord, c'est noté, la première partie n'est pas à la hauteur de la seconde! Je la retravaillerai dès que j'en aurai le temps! En attendant, il faut que je vous dise, pour répondre à votre remarque, comme je suis en partiels en ce moment, je ne pourrai pas continuer tout de suite! Donc je reprendrai cette histoire là où je l'ai laissée le 26 mai!! Et alors je ne la lâcherai plus jusqu'à définitivement l'achever!

Je vous promet que désormais je ferai attention à mes fautes.

Bonne fin de journée!
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Humphrey
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MessagePosté le: Jeu 7 Mai 2009 - 13:59    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

Juste par curiosité, est-ce que cela va devenir un roman fleuve, plutôt court ou "normal" ?
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yasmina
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MessagePosté le: Jeu 7 Mai 2009 - 23:32    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

Je pense qu'il sera "normal".
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Abdel
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MessagePosté le: Ven 8 Mai 2009 - 00:58    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

J'ai eu la nette impression que vous avez bataillé sur tous les fronts dans ce chapitre.

Tout a été amélioré: le ciselage des phrases, des tournures jamais utilisées auparavant, le descriptif des mouvements, des humeurs, les pensées internes, le décor... Un grand travail de style et de fond transparait à l'évidence. Il est tout aussi évident que vous tentez d'écrire de la meilleure façon possible et de conter avec le même souci de perfection.

Le résultat est un texte clair, ayant surmonté la lourdeur des phrases longues qui n'ont plus l'air de l'être. Bizarre...

Le titre est assez mystérieux et ne reflète pas du premier coup le contenu (il s'agit sans doute de l'effort de Lehla à "cultiver" sa personne de l'extérieur pour attirer le prétendant ou cultiver l'amour de sa vie...).

Le dénouement du chapitre est mené de façon inattendue (une bonne technique de l'auteur). On s'attendait à ce que des retrouvailles se fassent à la médina avec le jeune passager de l'autre taxi. Mais non, voilà qu'un autre  personnage (prétendant plausible) pointe juste à la fin du chapitre pour monter d'un degré le suspense et introduire le chapitre suivant.

Je passe sur les remarques de langue déjà signalées par les lecteurs, mais insite sur quelques détails :

- traduire ou expliquer entre parenthèses les mots typiquement marocains (marocain dialectal)  comme kofta (boulettes de viande hâchée). Savon beldi et non pas bildi. Expliquer que "cornes de gazelles" sont la spécialité et le nec ultra des gateaux marocains.

- Le tour de la place en chameaux à 20 DH (deux euros) n'est pas du tout une arnaque, et je donnearis bien 50 Dh (cinq euros) pour le faire , moi qui ne l'ai jamais fait...

- De même que le tee-shirt à 30 Dh au lieu de 150 Dh demandés, me paraît exagéré. La règle générale est que l'on propose au vendeur la moitié du prix demandé plus un léger surplus. Marchander  permet donc d'acheter à moins des deux tiers ou un peu plus de la moitié. Et cela est visé par les vendeurs dès le départ, malgré le prix exigé au début.

-Enfin je n'ai pas été satisfait de la description de l'efferscence de la médina. Pas de bruits, senteurs, couleurs,etc. Et pourtant c'est un endroit magique.

Malgré cela , considérons que le satisfecit est total.
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MessagePosté le: Ven 8 Mai 2009 - 11:30    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

faudrait que je retravaille sur les prix.

Oui j'ai l'intention de mettre des annotations mais je pense que je le ferai plus tard. Cela dit vous avez totalement raison, je n'ai pas assez décrit l'effervescence de la Medina. J'en ai conscience. Il faudra que je retravaille ce chapitre.

Concernant mes phrases, elles sont plus proportionnées parce qu'elles racontent une action, du coup je peux les modeler. Aux premiers chapitres il se passait pas grand chose, c'était plus de l'ordre du descriptif.

En tout cas merci beaucoup
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Humphrey
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Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Sam 9 Mai 2009 - 12:19    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

C'est très intéressant pour moi de lire les remarques d'Abdel parce qu'il lit ce roman avec ses yeux marocains alors que ma lecture est celle d'un belge qui n'a jamais mis les pieds au Maroc. Mes seuls points de comparaison pour juger de la pertinence des éléments décrits sont deux courts voyages en Tunisie au cours desquels j'ai bien sûr visité quelques soukhs. 


Ceci explique sans doute pourquoi je me montre parfois plus critique sur la forme que sur le fond.
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yasmina
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MessagePosté le: Lun 1 Juin 2009 - 00:47    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

Je suis de retour, et j'ai réécrit ce chapitre en décrivant l'effervescence de la Medina. J'ai tenté d'arranger légèrement le début du chapitre, qu'Humphrey m'avait reproché, mais je n'ai pas pu faire mieux.




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« Le légume ne vient qu’en terre cultivée » 
 
 
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Plus les jours passaient, et plus Lehla était confortée dans l’idée qu’inactive tel qu’elle l’était, jamais le prince charmant ne viendrait frapper à sa porte. Pas qu’elle veuille se marier dès à présent. La jeune fille elle-même n’avait toujours pas conscience d’être adulte, bien qu’elle ait eu dix-huit ans six mois plus tôt. De toute évidence comment en avoir conscience au bout de six mois quand pendant dix-huit années il vous avait été répété inlassablement que vous n’étiez qu’une enfant ? Et puis voilà que subitement le chiffre dix-huit se pointait à l’horizon, et alors que vous n’étiez qu’enfant la veille, vous devenez « une femme » sous les yeux émus de toutes les amies de votre mère.
Non décidément, elle n’était pas prête à se marier. Mais ce qu’elle voulait, c’était simplement le rencontrer, cet homme qui la rendrait heureuse. Elle voulait le voir, et être sûre dès maintenant qu’il viendrait plus tard. Car après tout, si cet homme ne venait jamais ? Ne fallait-il pas le chercher sur le champ, lui faire un petit signe avec les mains pour lui signifier qu’on était là, qu’on l’attendait ? Sinon, comment le saurait-il ? Comment l’homme de la vie de Lehla aurait conscience du fait que c’était elle qu’il devait demander en mariage, s’il ne la connaissait pas ? Ne disait-on pas « Aide toi et le ciel t’aidera » ?
Plus les jours passaient, et plus Lehla était convaincue qu’elle devait provoquer le destin. Aussi commençait-elle à passer un temps infini devant le miroir de sa chambre, tentant tant bien que mal d’améliorer l’image qu’il pouvait bien renvoyer.
Depuis quelques jours, l’atmosphère chez elle était agitée. Isma se mariait dans deux semaines, et tous étaient impliqués dans les préparatifs. La tante Fatima venait les voir chaque jours, parfois plusieurs fois, pour voir où le travail qui leur avait été délégué en était. La mère de Lehla avait été chargée de préparer les cornes de gazelle et les gâteaux à la noix de coco. Aussi la maison baignait-elle dans cette odeur exquise de pâte d’amande mêlée à l’eau de fleur d’oranger… La tante Fatima passait son temps à se plaindre et à s’angoisser, répandant ses ondes négatives partout où elle mettait les pieds. Et dès qu’elle avait le dos tourné, le grand-père de Lehla en profitait pour rouspéter. C’était sa mère qui en faisait les frais.
«  Qu’est ce qu’elle nous veut encore cette vieille truie ? grommelait-il.
_ Tu le sais bien papa, elle est venue me demander de l’aide pour les préparatifs du mariage de sa fille, répondait sa mère avec patience.
_ Et alors ? Qui c’est, sa fille, pour nous ? Rien du tout ! maugréait-il de plus belle.
_ C’est ma nièce papa.
_ Ta nièce ?
_ La cousine de Lehla, lâchait-elle, excédée.
_ C’est ça aide-là. Tu crois peut être que tu l’intéresseras toi, quand tu seras dans la merde ? Rien du tout ! Elle te connaîtra plus à ce moment là ! Comme tous les autres, elle te tournera le dos. Elle nous a aidés, nous, peut-être, pour le mariage de ton frère ? Je ne l’ai pas vue faire quoique ce soit que je sache ! »
La mère de Lehla préférait garder le silence devant ces provocations. Le grand-père continuait de ronchonner dans son coin quelques minutes, puis finissait par mettre du tabac dans sa pipe pour la fumer en guise de consolation.
Le climat devenu pesant, chaque prétexte était bon pour ne pas se retrouver chez elle à entendre ces gémissements.
Lehla, après quinze minutes passées devant son miroir, décida de relâcher ses cheveux bouclés sur ses épaules. Elle enfila rapidement sa djellaba turquoise et se rendit dans la cuisine en traînant les pieds.
« Maman ?
_ Oui, répondit sa mère, essoufflée, sans lever les yeux de la pâte qu’elle était en train de pétrir avec violence.
_ Je voudrais aller à la Médina.
_ Pour quoi faire ? l’interrogea sa mère en lui jetant un bref coup d’œil.
_ Je voudrais m’acheter quelques vêtements.
_ Tu y vas avec qui ?
_ Avec Btissame. »
            Sa mère hocha de la tête d’un air entendu. Lehla tourna les talons.
« Attends ! » lança-t-elle.
            Lehla revint sur ses pas.
« Oui ? »
            Sa mère se lavait les mains. Elle fouilla dans un placard, attrapa son porte-monnaie et ajouta :
« Tiens, achètes-moi du savon beldi. »
            Lehla acquiesça tandis que sa mère lui tendait deux billets de cent dirhams.
« Et achètes-toi ce que tu veux, » ajouta-t-elle.
            La jeune fille sourit et embrassa sa mère.
« Merci maman. Tu penses que je devrais penser à m’acheter une robe pour le mariage d’Isma ?
_ Non, c’est pas la peine. On louera. »
            Lehla approuva puis s’éloigna de la cuisine d’un pas rapide, attrapa un sac à main blanc dans sa chambre dans lequel elle fourra les billets, avant de quitter la maison.
Btissame et elle s’étaient donné rendez-vous pour seize heures trente devant les petits taxis, en bas de la rue. La jeune fille jeta un coup d’œil à sa montre, il était déjà seize heures quarante-cinq. Pressant le pas, elle sentait un vent léger caresser ses longs cheveux relâchés. C’était la première fois depuis des années qu’ils n’étaient pas noués, c’était une sensation agréable. Elle avait le sentiment plaisant que tout le monde la dévisageait. Les hommes devant les hanouts la regardaient comme s’ils la découvraient. Lehla se redressa fièrement.
Btissame l’attendait impatiemment à côté d’un taxi bleu. Elle discutait avec le chauffeur. Apparemment elle avait réussi à le convaincre de patienter. Lehla lui fit un signe de la main. Son amie la regarda avec des yeux écarquillés, comme ahurie. Arrivée à sa hauteur, elle lui fit une bise, et toutes deux se dépêchèrent de monter dans le taxi, Btissame ne la quittant pas des yeux.
« Bon, à la Médina alors, lança le chauffeur en soupirant. Tu nous a beaucoup fais attendre, p’tite demoiselle, » ajouta-t-il à l’adresse de Lehla.
            Celle-ci rougit, gênée.
« Et on se demande pourquoi, chuchota Btissame avec ironie.
_ Qu’est ce que tu veux dire ? l’interrogea Lehla.
_ Tu t’es épilée les sourcils ! s’exclama son amie en la détaillant du regard.
_ Et alors ? C’est moche ?
_ Ah non, c’est très bien ! répondit Btissame en riant. Mais ça fait bizarre. Ton visage est plus…dégagé ! »
            Lehla vira au rouge pivoine.
« Et tu t’es maquillée aussi non ?
_ Oui bon, c’est bon, on va pas en faire tout un plat, y a pas de quoi alerter la presse, rétorqua la jeune fille avec embarras.
_ Non mais c’est joli, la rassura son amie. Ca fait plus femme. Je dois vraiment avoir l’air d’une gamine à côté de toi ! pouffa-t-elle.
_ N’importe quoi !
_ Si j’en suis sûre !
_ Ba t’as qu’à faire la même chose que moi, personne t’en empêche !
_ Tu parles ! Mon père m’en empêche ! Si j’épilais mes sourcils il m’arracherait tout ce qu’il me reste de poils sur le corps, mes cheveux compris ! »
            Lehla sourit. Les inconvénients d’avoir un père en vie. Elle les oubliait parfois. Il était vrai que quand son père était encore des leurs, il lui interdisait énormément de choses plus insensées les unes que les autres. Elle se souvenait l’avoir entendu dire que les femmes qui s’épilaient les sourcils ressemblaient toutes à des sorcières, et que rien ne valait la beauté naturelle. Cela dit, elle vivait toujours avec son grand-père. Et si sa vue était assez basse pour qu’il ne s’aperçoive pas de cette toute nouvelle épilation, elle avait intérêt à être sur ses gardes quant à sa tenue vestimentaire. Elle était passée en revue chaque fois qu’elle sortait. Lehla avait la désagréable impression de se retrouver devant un radar qui hurlait s’il détectait des manches trop courtes ou un pantalon trop serré. Parfois elle avait du mal à comprendre le bien fondé de ces restrictions, mais elle préférait se taire, ne pas affronter l’autorité. Depuis la mort de son père, son grand-père les avait hébergés, sa mère, son frère et elle. Ils lui devaient tout. Sans lui, ils n’auraient certainement pas pu joindre les deux bouts.
La jeune fille jeta un œil à la fenêtre. Les rues défilaient devant elle. Les trottoirs, les palmiers aux troncs à moitié peints de blanc, les hommes et femmes qui rentraient du travail fatigués, les enfants qui couraient. Au feu rouge, un grand taxi s’arrêta juste en face d’elle. Elle jeta un œil à la vitre, un jeune homme était installé sur la banquette arrière avec trois autres de ses amis, semblait-il. Ils étaient serrés comme des sardines. Le premier lui fit un clin d’œil, elle détourna le regard gêné. Toutefois elle ne put s’empêcher de se tourner à nouveau dans sa direction. Il la regardait toujours, souriant, lui faisant des signes, les yeux pétillants d’effronterie. Elle rougit. Il envoya des baisers dans sa direction. Le taxi redémarra, disparaissant finalement loin devant.
« Beaucoup trop de voyous de nos jours ! » grommela le chauffeur.
            Lehla baissa la tête, gênée, tandis que Btissame approuvait.
« Je suis d’accord ! A croire qu’ils n’ont jamais vu de filles de leur vie ! » s’exclama-t-elle, outrée.
            Lehla ne dit pas un mot, plongée dans ses pensées. Elle riait en son fort intérieur. Elle avait attiré un garçon, elle, Lehla Saadi. Peu importe la manière dont il avait pu le montrer, cette façon agressive qu’il avait eu de manifester son attirance, parce qu’elle lui avait plu ! Il n’aurait pas fait le zouave de la sorte s’il ne l’avait pas trouvée jolie !
Lehla se mit à l’imaginer sortant de son taxi, se dirigeant vers elle, ouvrant sa portière et la tirant vers lui. Elle prit un curieux plaisir à se représenter contre lui, les bras autour de sa nuque, le regardant droit dans les yeux. Alors il se serait penché pour l’embrasser…
Le cœur de Lehla battait la chamade. Comment ce garçon qu’elle n’avait aperçu qu’une minute pouvait-il lui faire un tel effet ? Elle se mit à espérer le voir à la Medina. Oui, peut-être se croiseraient-ils. Peut-être viendrait-il lui parler.
La jeune fille jeta un œil à Btissame. Celle-ci était en pleine conversation avec le chauffeur. Leur discussion avait dérivé sur la religion. Elle se sentit soudainement gênée d’avoir eu de telles pensées. Ne voulant pas prendre part à la discussion, elle préféra contempler les rues qui défilaient.
Ils arrivaient déjà à Hamria, les trottoirs étaient assez vides. Il était encore tôt. Le taxi passa devant la grande cour d’appel de Meknès. Son père y travaillait, avant. Il avait été greffier. La voiture descendit la route, passant devant Macdonald et le Dawliz. Des centaines de voitures étaient garées devant. Puis elle prit la rue de Rouamzine, descendant enfin en direction de la Médina. Cette rue était bondée. Des garçons étaient adossés aux murs et regardaient les voitures passer en discutant. Des hommes étaient attablés à des cafés, fumant leurs cigarettes en buvant une limonade. Des coiffeurs attendaient debout devant leurs hanouts, bras croisés, à l’affût de nouveaux clients. La voiture tourna à l’intersection, descendant la rue.
Le taxi s’arrêta sur le côté, juste sur la grande place. Btissame tendit un billet au chauffeur, il lui rendit la monnaie. Les deux jeunes filles descendirent de la voiture tandis qu’une dizaine de personnes courait déjà dans sa direction dans l’espoir de monter.
La place était noire de monde, comme toujours. Plusieurs petits groupes s’étaient formés. Sur les côtés, des centaines de femmes étaient installées sur des marches avec leurs bambins, discutant des derniers potins ou échangeant des recettes de cuisine et surveillant les allées et venues. Plus loin, des cafés, et des hommes attablés qui parlaient de sujets plus sérieux devant un bon verre de Coca et parfois un casse-croûte au kofta avec de la mayonnaise et de la sauce piquante.
Sur la place même, on trouvait diverses attractions. Un vieillard qui jouait avec un singe sous l’œil amusé de la foule, un homme qui contait des histoires fabuleuses de Djinns et Satan. On y faisait aussi des jeux, dont celui de la canne à pêche, le but étant d’attraper une limonade posée par terre avec sa canne, après quoi on la gagnait. Non seulement pour cela il fallait payer deux dirhams, mais en plus, souvent, une fois gagnée, la limonade n’était plus fraîche.
On pouvait faire le tour de la grande place à dos de chameau pour vingt dirhams. Apparemment, cette attraction était un bon attrape-touristes.
Enfin on y trouvait déjà des stands vendant des objets d’artisanat marocain, des chaussures, mais aussi des chips et des maïs soufflés ainsi que de la limonade.
Lehla grimaça devant cette effervescence. Elle n’aimait pas aller à la Medina. Il y avait toujours trop de monde, on était souvent bousculés, et même l’achat de l’objet le plus insignifiant engageait négociations. En effet, pour se rendre seul à la Medina, encore fallait-il savoir marchander. Les commerçants n’hésitaient pas à monter énormément les prix. C’était la raison pour laquelle elle avait emmené Btissame avec elle. Une fois, grâce à son amie, elle avait pu s’offrir un tee-shirt pour soixante-dix dirhams seulement alors que le vendeur lui avait annoncé cent cinquante dirhams au départ !
La Medina était composée d’une partie extérieure, des rues, dans lesquelles plusieurs stands étaient posés. En général chaque rue était associée à une catégorie de produits. Ainsi, les bijoux fantaisie se trouvaient avec les sandales et les pyjamas. Une rue était entièrement dédiée aux tissus et aux tapis. Une autre aux épices. On y trouvait du cumin, de la cannelle, mais aussi du henné, de l’argile et de l’huile d’argan. Et dans celles qui restaient, on vendait toutes sortes d’aliments.
Mais la Medina était également composée de parties intérieures, appelées qessariates. Il s’agissait d’immenses bâtisses dédiées à une catégorie spécifique de produits. Ainsi il y avait la qessaria de l’or, celle des vêtements, ou encore celle des tissus.
« Bon, tu comptes aller où ? l’interrogea Btissame.
_ Je veux refaire ma garde robe. Tiens tu n’as qu’à tourner à droite. Ne restons pas à l’extérieur», rétorqua-t-elle en désignant la qessaria des vêtements d’un signe de tête.
            Les deux jeunes filles se dépêchèrent de gagner l’une des immenses portes d’entrée, manquant cent fois de marcher sur un étalage disposé par terre. Aspirées par le flot de personnes qui descendait plus bas, indifférent au reste du monde, Lehla et Btissame faillirent ne jamais atteindre le bâtiment. Ce fut à coups de pieds et de coudes qu’elles y parvinrent.   
A l’intérieur, il faisait frais. Comme partout ailleurs dans la Medina, les gens se bousculaient, se piétinaient même, et s’éloignaient l’air de rien, sans s’excuser, faisant mine de ne s’apercevoir de rien. Cela avait le don d’énerver Lehla. Toute l’allée sentait le tissu. Des mannequins aux formes mirobolantes étaient posés devant les entrées, avant-goût des trésors renfermés par la boutique, captivant les passants par leurs regards figés de poupées de plastiques. Des vendeurs braillaient des offres comme si elles étaient inouïes, sauf qu’on les retrouvait quasiment partout ailleurs. Il sortaient devant leurs hanouts, à la recherche de potentiels clients, invitant les passants à entrer, au lieu de les laisser faire de leur propre initiative. Il n’y avait rien de plus impressionnant que les boutiques qui vendaient des babouches. Il y en avait de toutes les couleurs, pour tous les goûts. Pour les hommes, pour les femmes, pour les enfants. Pour la vie quotidienne, pour les soirées, les mariages. Elles étaient toutes entassées les unes sur les autres, en fonction de leur genre, pointues ou arrondies, simples ou brodées de fils d’or et de perles. Parfois, Lehla se demandait comment le vendeur parvenait à s’y retrouver. Il semblait connaître chacune de ses pièces alors qu’il y en avait des centaines. Leur hanout était haut en couleur. Autres boutiques dominantes, celles des kechabas et des caftans, tenues traditionnelles raffinées pour les hommes et pour les femmes. Chacun de ces vêtements était une pièce unique, avec sa couleur, sa coupe, et la sfifa, passementerie utilisée en décoration pour le col, les manches et parfois la ceinture. Si autrefois, chaque vêtement était fait à la main, désormais, avec l’industrialisation, la plupart des vêtements vendus à la qessaria étaient confectionnés à la machine. Cela revenait moins cher. Les prix variaient en fonction du tissu et de la finition de la sfifa. Mais pour avoir un vêtement de belle qualité, il valait mieux se rendre directement chez un tailleur.
Enfin Lehla n’était pas là pour s’acheter une tenue traditionnelle. Ainsi, aussi fascinée fût-elle par la beauté des caftans, elle décida de se concentrer sur les boutiques qui vendaient des vêtements occidentaux.
Il lui fallut deux heures pour faire tous ses achats. Le marchandage fut long, elle laissa pour cela Btissame entrer en piste, celle-ci, comme d’habitude fit des merveilles. Lehla s’en tirait à bon compte.
Epuisées, les deux jeunes filles quittèrent prestement la Medina, oubliant même d’acheter le savon beldi. En y réfléchissant, même si elle s’en était souvenue, elle n’aurait jamais eu le courage de descendre le chercher au fin fond de la Medina. Ainsi ce fût sans regret qu’elle se dirigea vers les petits taxis. Le soleil commençait à descendre dans un ciel qui s’assombrissait déjà.
Le chemin du retour fut assez rapide. Lehla n’était pas mécontente de ses achats. Si son grand-père voyait ses nouveaux vêtements, il jaserait sûrement. Mais elle s’en moquait dorénavant. Elle trouverait bien un moyen de les porter sans qu’il s’en aperçoive, il ne pourrait pas la surveiller constamment. Après tout, de nos jours, toutes les jeunes filles portaient des vêtements qui les mettaient en valeur, cela n’avait rien de honteux. Et puis elle n’en était pas encore aux minijupes !
Le taxi se gara en face de sa rue. Elle paya et descendit.
« Bon c’était super, mais va falloir que je rentre ! lui dit Btissame avec regret. Mon père ne va pas tarder à rentrer, et j’aimerai qu’il croie que je ne suis pas sortie. »
             Elle grimaça, apparemment honteuse d’avoir à duper son père de la sorte, ou alors de devoir autant mentir pour si peu. Lehla acquiesça en souriant.
«  On se voit bientôt. Passes chez moi, répondit-elle.
_ Oui, je passerai. Allez bonne soirée ! »
            Lehla rentra chez elle d’un pas rapide. Il lui tardait d’essayer toutes ces choses qu’elle avait achetées. A peine arrivée sur le seuil de la porte, elle entendit son grand père grogner, près de la cuisine. Elle préféra ne pas entrer tout de suite. Dans un soupir, elle jeta un œil à la rue et aux passants. Ils devaient se demander ce qu’elle faisait à patienter devant la porte. D’abord gênée, elle détourna la tête. Puis elle la releva doucement en direction des passants. Après tout, les gens pouvaient bien penser ce qu’ils voulaient. Cela ne changerait pas le monde pour autant. Elle continuerait à se réveiller tous les matins, à aider sa mère à faire le ménage, et à se sentir oppressée par les plaintes incessantes de son cher grand-père. C’était à elle de changer sa vie. Elle devait prendre les choses en mains.
Un jeune homme passa à cet instant. Il était grand, brun. Ses yeux d’un vert limpide croisèrent ceux de Lehla. Il sourit. Et continua sa route, les mains dans les poches. Pendant une minute entière, Lehla n’entendit plus les grognements de son grand-père tant son cœur s’était emballé.
           
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Abdel
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MessagePosté le: Lun 1 Juin 2009 - 21:08    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

L'industrialisation a certes fait son entrée en matière d'habillement traditionnel, mais ce sont les habits faits main qui sont le plus prisés. Le prix , ce qui est normal, est quatre fois supérieur. Ainsi un caftan "mécanisé" ne coûtera que 500 Dh (50 euros) tout au plus, mais pour un caftan fait main, il faut débuter avec 2000 Dh (200 euros) pour atteindre des sommets selon l'art du couturier.

On peut trouver plus impressionnant que la boutique du vendeur de babouches : La poterie en céramique, les ustensiles en cuivre forgé, la maroquinnerie, la tapisserie, l'ébenisterie, les marchands d'épices au mille senteurs... D'ailleurs  chaque métier a sa rue dans la quissaria. Celle-ci demeure en gros le lieux privilégié pour acheter les coupons de tissu pour se  faire tailler des caftans ou djellabas et autres célèbres "dfina-tahtia"...

Lehla s'était fait épiler les sourcils et craint que son grand-père ne s'en aperçoive. On conclut qu'il ya complicité avec sa mère qui , au passage, n'a rien remarqué ou a fait semblant...

A part ces indications d'ordre plus ornemental qu'autre chose, pour le texte, il ne reste qu' à vous presser d'aller de l'avant pour bien avancer dans l' élaboration d'un beau roman en perspective, forme et fond confondus dans la même hauteur et perfection.
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MessagePosté le: Mar 30 Juin 2009 - 14:58    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

Et alors, toujours pas de suite à nous faire lire ? 


Je suis en train d'imprimer des textes de ce forum que je n'avais pas eu le temps de lire au moment où ils avaient été postés. je me confectionne ainsi un petit recueil de textes variés que je compte lire pendant mes vacances dans le Périgord.


Il serait bien dommage que ce recueil ne comporte aucun écrit de la talentueuse Yasmina !


NB: Bel effort d'avoir réécrit en partie ce chapitre 5, mais dommage pour le premier paragraphe qui reste faible. A retravailler quand le roman sera terminé, peut-être ?
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LAMY Jacques
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MessagePosté le: Mer 1 Juil 2009 - 12:37    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

LES TRUFFES DU PÉRIGORD SONT LES MEILLEURES DU MONDE ET LES TRUFFES DE SORGES SONT LES MEILLEURES DU PÉRIGORD
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MessagePosté le: Mer 1 Juil 2009 - 20:54    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

j'ajoute que les truffes de sorges sont les meilleures du monde hahahahah
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amynochka


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MessagePosté le: Jeu 2 Juil 2009 - 22:12    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4) Répondre en citant

Depuis un bon bout de temps, que je me suis mise à lire zak et lehla, je ne cesse de me dire que votre plume est non seulement talentueuse, mais vos écrits regorgent de vie. Le plus passionnant c'est l'échange de répliques qui déferle telle une cascade. Personnellement , j'ai beaucoup apprécié.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:38    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 4)

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