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Coeur de lume...

 
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LAMY Jacques
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Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Sam 9 Mai 2009 - 14:39    Sujet du message: Coeur de lume... Répondre en citant

Cœurs de lume...



C’est une place triste aux maisons fatiguées qu’on franchit en deux pas comme on traverse un gué. Par ses pavés disjoints elle fait mine grise. Et les feuilles tournoient lorsque souffle la brise, se plaquent sur les murs et passent sous les portes : c’est le temps de l’hiver, amours et feuilles mortes...

Les jeunes fréquentaient cette place jadis : sur l’herbe on se roulait et l’on dansait, pardi !
On dama les pavés sur les pelouses vertes, la gaieté en mourut, l’âme devint déserte...
Les toits fléchis et les murs ventrus, les bâtisses, refermant leurs paupières-volets, se blottissent les unes contre les autres, frileusement. La pie avale un mot perdu et le busard plonge chiper une promesse abandonnée.

Mathilde vivait seule avec ses deux enfants dans la maison des rêves et des neiges d’antan. Au partage d’amour, elle s’était oubliée, mais ses enfants pour elle avaient des regards d’ange.

C’est une étrange place où personne ne cause à son voisin, aux chiens, aux chats, ni même au roses: d’ailleurs, il n’y a pas de fleurs, ça tombe bien ! Ils ne sont pas muets mais ne se disent rien. La solidarité a quitté leur village, les sourires d’amis s’effacent des visages.
Bref, ils sont seuls, tous, ensemble, et inexistants dans les brouillards chagrins qui se font insistants.
Alors, chacun à double-tour ferme sa porte, met en coffre son cœur pour qu’il ne se déporte.
Un mitron place un cœur dans un pain "parisien", le curé le sien glisse en une étole usée. Un paysan madré prend la mine rusée pour le cacher avec quelques fruits rabougris. Un ivrogne le perd, meurt complètement gris.

En un bahut normand, un meuble centenaire, dans un tiroir ouvré plein de choses futiles, Mathilde, avec l’amour des siens, cèle son cœur.
Chacun dans sa bulle se croit bien, seul au monde : tous étaient seulement librement malheureux... Et puis un jour (oui, c’était en plein jour !) : la nuit, la peur et l’ennui envahissaient la place !.
L’obscurité œuvrait dans l’espace et le temps, en suant l’égoïsme, un mal progressant lent. Soudain, ce fut un choc : plus aucune lumière ! Et l’électricité, cette valeur première, cessa d’être distribuée en un seul coup. La crainte resserra un peu plus le licou...

Lors, chacun se terra au fond de sa demeure. Que la nuit achève sa tâche ... afin qu’il meure.

Mathilde et ses enfants ne voulaient renoncer.
Elle fouilla partout, trouva des allumettes et sortit du bahut son cœur fou de comète, en fit fondre la cire qui s’enflamma soudain éclairant son logis, ses enfants, son destin.
Les voisins regardaient de leur fenêtre obscure une lueur d’espoir inconnu des augures, mais n’osaient pas sortir dans les vents de la nuit. Au noir mystérieux le courage s’enfuit.
Le curé comprit vite et courut aux ténèbres, cœur en main, repoussant les morsures funèbres. À cette flamme offerte il alluma son cœur, repartit à la nef pour éclairer le chœur.
Et le gendarme aussi tenta cette démarche, sabre au clair et botté, le cœur sous le képi. Il se brûla les doigts en rendant les honneurs, repartir vivement pour ranimer sa troupe.
Mathilde effectua le tour de cette place pour transmettre le feu qui éclairait sa trace, chuta, se releva sur le pavé glissant, reprit l'intense course, en trébuchant souvent. Plus d’une fois son cœur lui échappa des mains, mais le feu la guidait pour trouver le recoin...
Et les voisins émus profitaient de l’aubaine, mais ils ne faisaient rien pour soulager sa peine en prenant son relais pour porter la lumière au frère d’à-côté en sa sombre chaumière. Ils furent tous pourvus de leurs cœurs-candélabres et d’espoir renaissant, que le destin délabre, en chaque maisonnée au milieu de la nuit : ils regardaient le feu distillant leur ennui.
Le cœur bien qu’embrasé ne se consumait pas, palpitant, générant le charme de la vie.
Mais tous restaient enclos malgré la clarté vive, d’élans humanistes la nuit glauque les prive. La solitude dure en rengaine qui lasse, les gens quant ils sont seuls parlent devant la glace.
Et la nuit demeurait accrochée alentours, du temps des fenaisons à celui des amours.

Le sort se retournait devant les cœurs en feu : Fée Électricité se montrait magnanime et redonnait couleurs aux objets qu’elle anime. Chaque être retrouvait son allant de reclus, par la fenêtre alors constatait les ténèbres. La nuit tentaculaire imprégnait les pavés : les lanternons ballant au vent restaient éteints.
Telles vives chandelles, les cœurs furent "mouchés"... Les gens s’habituaient à la nuit éternelle : on les entraînait fort depuis la maternelle ; Mathilde et ses enfants ne s’y résignaient pas.

Mathilde, larme au coin de ses beaux yeux bluets, s’apprêtait à ranger son cœur avec regret : le tiroir du bahut ouvert, elle hésita... Aux cris de « Non, Maman !!! » du garçon, de la fille, elle cueillit son cœur, l’astiqua pour qu’il brille, et puis le raviva par une fumerolle. La Mère, cœur au poing, s’élança sur la place. Ses enfants la suivaient portant un tabouret. Sur sa stèle debout, symbolisant la Femme, elle brandit au ciel noir d’encre son cœur en flamme. Ses enfants la tenaient, l’agrippant aux genoux.

À plein poumon, elle entonna "l’Hymne à la Joie" : résonnaient en écho les chagrins que l’on broie.
Mais sa voix se brisait. Elle allait renoncer, quand surgit le vieux prêtre et son cœur flamboyant, le gendarme accouru sur son grand cheval blanc, les enfants de la place aux cris de "Liberté"!’’, les adultes suivant plein de témérité... Et tous avaient en main la flamme cordiale.
Le "Choral" à nouveau s’éleva vers le ciel, tous les cœurs réunis formèrent un brasier qui faisait sautiller les ombres sur la place.
Auprès du jeune homme qui demeurait en face, la fille de Mathilde espérait le bonheur. Des gens se souriaient, d’autres faisaient des phrases. On se passait des cœurs perdus de main en main... On parlait sans arrêt et de plus en plus fort. Mathilde, cœur éteint rangé sous son corsage, de son pavois précaire ne pouvait plus descendre.

Et soudain les ténèbres apeurés s’enfuirent, ... pas bien loin de la place et prêts à ressurgir.

Comme c’était le jour, chacun rentra chez soi.

•••••••


Dès le crépuscule, un attroupement de jeunes, se maintient en place. On bat le froid pavé, échange la nouvelle (et même quelques cœurs.) Des adultes viennent pour parler de la guerre, de vendange tardive et un peu de finance. Des vieillards sur un banc, listent leurs maladies.
Et cela continua et durera encore.
Et, depuis, le Soleil revient chaque matin...

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Jacques LAMY
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MessagePosté le: Sam 9 Mai 2009 - 14:39    Sujet du message: Publicité

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Abdel
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MessagePosté le: Mar 12 Mai 2009 - 01:34    Sujet du message: Coeur de lume... Répondre en citant

Chacun devrait avoir le monopole du coeur, pour combattre l'égoisme.

Un bien joli conte rythmé à souhait, ce qui l'enveloppe dans une narration plaisante.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:35    Sujet du message: Coeur de lume...

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