http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: La rime... avant Tout !
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La rime... avant Tout !

 
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LAMY Jacques
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Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Sam 9 Mai 2009 - 16:11    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

.
.
La rime avant Tout…



La doctrine étincelle au fronton des bastilles :
La poitrine d'airain de notre Mariane
Est lettrine dorée au parchemin fané…

La liber du "faire" est l'espoir de tout "dire".
L'Éterni grignote un peu de temps … au Temps.
Perenni ? Le maître-mot de nos déclins…

Les cahots sur les chemins perdus de la Vie.
Le chaos bien avant et … après le Bing-Bang !
Le K.O. d'esprit fou rêvant de Liberté…

Le devoir tant sacré du moraliste élu.
L'au-revoir éperdu qui signifie : "Adieu !"
Le savoir inconnu restant à découvrir…


JACQUES LAMY
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MessagePosté le: Sam 9 Mai 2009 - 16:11    Sujet du message: Publicité

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Abdel
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MessagePosté le: Dim 10 Mai 2009 - 14:44    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

Je serais tenté de dire que "la rime avant tout" tue tout.

Sans qu'elle soit mise en gras, la rime  identique s'entend, pour chaque strophe au début des vers. Elle sonne en coups de gang qui empêchent de penser et donc de comprendre.
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Humphrey
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MessagePosté le: Dim 10 Mai 2009 - 14:52    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

Voilà une remarque bien étrange, mon cher Abdel. 
Ne peut-on pas dire la même chose de la rime en fin de ligne ?
Avant ou après, je trouve que la rime ne tue rien, sauf bien sûr si le contenu est pauvre au départ.
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Abdel
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MessagePosté le: Dim 10 Mai 2009 - 15:26    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

C'est que je n'ai pas trop saisi le sens. Je livre l'instantanné de ce que je ressens. Lamy sait fort bien que l'instantanné de lecture compte beaucoup.

Il a parlé d'innovation prosodique.

Peut-être qu'il s'agit d'un essai de forme, alors que le fond est plein de termes symboliques très forts et difficiles sans recourir au dico. (C'est l'une des forces de Lamy).

J'avoue au final, que mon bagage ne peut appréhender tout, surtout d'un niveau très soutenu.

J'avoue que parfois je me sens dépassé par le texte. J'ai des limites, il faudra bien l'avouer.

Boof !  l'esssentiel est d'être sincère sans être trop simpliste  !
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Humphrey
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Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Dim 10 Mai 2009 - 18:59    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

Il est vrai que ce poème est un tantinet abscond - je ne suis pas sûr de tout comprendre non plus, si cela peut te rassurer - mais ce que je voulais dire, c'est que je ne pense pas que la place de la rime en soit la cause.

Dernière édition par Humphrey le Dim 10 Mai 2009 - 20:42; édité 1 fois
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Abdel
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MessagePosté le: Dim 10 Mai 2009 - 20:10    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

Poème profond et obscur en effet.

Il y a dedans  un "savoir inconnu restant à découvrir", comme le dit son dernier vers.

Et comme je reviens toujours à la charge quand le texte me met K.O, je crois comprendre que le poème prône au contraire de ma première interprétation, que trop de liberté tue la liberté.

 Quand je navigue à vue , j'ai le droit de faire un virage à 180° !  

Donc : rime avant tout ! Ici, on parle de liberté au sens de poésie libre.

Et la doctrine est sans doute la doctrine en poésie .

Cette docrine brille au fronton des bastilles, sur la façade des tours hérmétiques de ceux qui défendent la doctrine "poétique".

La doctrine est inscrite en lettrine sur le symbole de la nation, sur un parchemin vieilli par le temps. Le temps n'a pas eu raison de la doctrine, malgré les cahots et autres désordres du temps.

Il ya comme une reflexion sur ce qui est durable malgré les soubressauts de l'histoire (littéraire?) . Des mots de durée comme éternité, perrenité, le temps.

Et des actions qui s'inscrivent dans la durée  : liberté, espoir, devoir, savoir.

Des mots de désordre et de rupture : cahots, chaos, K.O, bing-bong, déclins.

Bref, dans tout ce désordre, il y a un ordre. La liberté d'écrire (du "faire" et "du tout dire") ne peut se faire que dans l'harmonie, inscrite en lettres d'or sur le parchemin des acquis pérennes.

D'où , l'harmonie, la rime avant tout...

Il se peut que je ne fais que tourner en rond autour du sujet.

J'espère le faire au moins en harmonie avec lui, pour ne pas  rompre son charme rimé.
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amynochka


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MessagePosté le: Lun 11 Mai 2009 - 11:01    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

Ecrire avec ou sans rimes, ce qui compte c'est vers quelle rive rament les âmes ?.En fin de compte , personne ne peut comprendre le poète que lui même.Bien que je n'ai rien compris au sens du poème, je le trouve beau.VOILA!
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MessagePosté le: Lun 11 Mai 2009 - 15:05    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

" Bien que je n'ai rien compris au sens du poème, je le trouve beau.VOILA!"

Moi aussi, j'ai trouvé vos poèmes beaux, mais je suis allé au-delà de cette constatation.

"VOILA !"sonne pour moi comme une invitation à ne pas commenter les poèmes, le poète étant insondable et le poème étant beau ou laid même incompréhensible. Or le poète ne joue pas suelement avec les mots et les images pour notre bonheur des sens, mais aussi avec les sens des mots. Donc ne pas comprendre un poème, c'est que le poème n'est pas tout à fait beau.

Je vous renvoie en bas à l'analyse d'un poème énigmatique de Rimbaud, comme quoi, il n'est pas interdit de commenter un beau poème auquel on ne comprend rien.



Avez-vous remarqué comment trois commentateurs (Humphrey, Lamy et moi-même) se sont penchés sur votre poème "enigme" ?

Si on s'était contenté de dire que c'est beau ou c'est mauvais, on arguant du fait que seul le poète se comprend tout seul, vous n'auriez pas eu ce coup salutaire d'encouragement.

La qualité des messages ne dépend pas seulement du texte posté mais surtout du regard détaillé des autres.

Sans quoi on aurait une succession de commentaires avec les seuls mots "j'aime bien", je n'ai pas trop aimé", "c'est banal comme texte"...

Pour ma part quand le poème ne me plaît pas, j'essaie de montrer où se trouve la faille. Surtout quand il est trop cérébral comme ce poème là ! Et quand il me plaît , j'essaie de rechercher la moindre faille à signaler, sinon j'avance quelques indices qui démontrent cette beauté. L'auteur comprendra qu'il faut toujours les utiliser pour avoir les mêmes effets.

Tout cela nonobstant le fait que Jacques Lamy est pour moi, l'un des poètes les plus profonds que j'aie eu à lire tout au long de ma vie, sans oublier qu'il use et jongle avec toutes les règles de prosodie et de versification et tous les genres poétiques avec une facilité déconcertante.

C'est vous dire que lui prodiguer conseil en la matière n'est pas aussi aisé. Et pourtant, j'essaie toujours de signaler le moindre indice qui me gêne dans ma lecture.

Il pourra en rire sous cape, ou en tenir compte, cela ne change en rien le fait qu'il soit en ce moment mon poète de référence  dont les poèmes font vibrer mon âme à l'instar de l'inoubliable Victoe Hugo.

Je reproduis ici, mon point de vue sur les commentaires en poésie, publié dans la rubrique "autour du commentaire" :

"
Mon approche générale consiste à privilégier la description de l'impact du texte sur ma sensibilité littéraire ( qu'il soit de la prose ou de la poésie). J'essaie de me comporter en miroir neutre mais objectif qui renvoie à l'auteur le résultat positif ou négatif de son texte sur mes sens d'abord, sur mon intelligence et ma conscience ensuite.

Il est vrai qu'il s'avérera parfois délicat de commenter des poèmes. Surtout que la forme et le choix des mots et oppositions sont du ressort du poète: il sait ce qu'il vise par l'agencement des mots et quel effet il veut produire. On ne peut trop s'y pencher en les triturant sans risquer de dénaturer la beauté recherchée ou l'effet voulu par un tel agencement. La poésie , enfin de compte, c'est parfois l'envers ou le côté caché des sens réels des mots. Jouer avec ceux-ci et les rendre jolis aux sens est un jeu délicat dont l'auteur seul détient le sens profond. Mais pas toujours, surtout si ce jeu avec les mots paraît maladroit à vue d'œil.Il est alors préférable de s'en tenir aux règles de versifications (quand elles sont utilisées) et aux multiples moyens usités par le poète pour exprimer les émotions, images, allégories, métaphores, etc. Les sites cités en liens dans cette rubrique indiquent en détail comment commenter de la poésie. "


*********************************

 
http://www.etudes-litteraires.com/rimbaud-illuminations.php
 
 
Arthur Rimbaud (1854-1891), Illuminations (comp. 1874 / public. 1886)« Barbare », un poème énigmatique
Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays,
Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas.)
Remis des vieilles fanfares d'héroïsme - qui nous attaquent encore le cœur et la tête - loin des anciens assassins -
Oh ! Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas.)
Douceurs !
Les brasiers, pleuvant aux rafales de givre, - Douceurs ! - les feux à la pluie du vent de diamants jetée par le cœur terrestre éternellement carbonisé pour nous.
- O monde ! -
(Loin des vieilles retraites et des vieilles flammes, qu'on entend, qu'on sent,)
Les brasiers et les écumes. La musique, virement des gouffres et choc des glaçons aux astres.
O Douceurs, ô monde, ô musique ! Et là, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. Et les larmes blanches, bouillantes, - ô douceurs ! - et la voix féminine arrivée au fond des volcans et des grottes arctiques.
Le pavillon...

Ce commentaire a été rédigé par Jean-Luc.
 Lire ses autres contributions

e poème de Rimbaud est déroutant. Son abord est difficile parce qu’il est ardu de trouver une structure logique à laquelle accrocher son analyse. Ce texte se révèle au final comme une énigme dont les clés sont disséminées par l’auteur dans le texte. Il faut en effet plusieurs lectures attentives pour découvrir que Rimbaud a créé une sorte de défi intellectuel qui unifie ses jeux esthétiques et qui leur donne tout leur sens. Faute d’avoir déchiffré cette énigme, le lecteur ne peut aller au bout des intentions très construites de Rimbaud. Il est condamné à rester à la surface de ce poème qui, de prime abord, apparaît touffu, jaillissant et disjoint. Ce texte est finalement paradoxal : ces propos bouillonnants et décousus sont peut-être un réquisitoire virulent contre le nationalisme belliqueux en même temps que le rêve fou d’un monde nouveau.
Posons donc d’abord les termes de l’énigme.
Le titre d’abord : barbare. Il s’agit sans doute du sens traditionnel de cruel, de sauvage, d’opposé aux vertus de la civilisation.
Ensuite nous pouvons remarquer deux autres indices : la répétition par trois fois du mot pavillon, ce qui nous indique son importance, l’évocation métaphorique de trois domaines colorés : le rouge, le blanc et le bleu. La rencontre de ces deux indices nous guide vers le drapeau tricolore, emblème de la France.
Enfin la date de publication du recueil se situe après l’épisode traumatisant de la défaite de 1870 qui a inspiré d’autres poèmes à Rimbaud comme « Le Dormeur du Val », « Le mal ».

Thème du texte
Rimbaud donne libre cours à son imagination et à sa sensibilité au spectacle du drapeau français. Le pavillon national est associé à l'idée de barbarie et de cruauté. Il convient également de rapprocher du titre du recueil, Illuminations, le foisonnement, la disjonction et l’indice des couleurs : pour Rimbaud, l'illumination est ce court-circuit intérieur qui met en branle sa sensibilité et son imagination, c'est aussi une réalité proche selon Verlaine — qui l’écrit à Charles de Sivry — d’un mot anglais qui désigne des « gravures coloriées ».
Le type du texte est expressif, sa tonalité est lyrique, ce poème ressemble à un exercice de délire quasi extatique.
Son intérêt réside dans l’originalité de l'expression, une rédaction chaotique dans laquelle la grammaire est désarticulée, où l’on relève beaucoup d'exclamations et de cris. Ce poème donne une impression d’inachèvement par ses points de suspension finals comme si l'auteur invitait son lecteur à continuer tout seul.
Le genre nous renvoie à la poésie moderne par son absence de rimes et de vers réguliers.
Quant aux résonances pour le lecteur, elles consistent en des émotions brutales et des interrogations tant qu'il n'a pas obtenu la clé pour accéder au sens du poème.
Dans ce foisonnement chaotique, on perçoit néanmoins deux axes organisateurs :

§ des couleurs qui ordonnent le jaillissement des images,
§ celui d’une opposition entre la barbarie et son contraire.

Ces préalables étant posés, nous pouvons essayer de réagir face à ce texte obscur en notant ce qu'il évoque pour nous en entrant dans le dédale des associations d'idées, dans l'esprit enfiévré de Rimbaud.
Tout d'abord, il faut nous mettre dans le mode de fonctionnement de Rimbaud : ce dernier, comme Baudelaire qu'il admirait, cherche à échapper à la logique de la raison. Rimbaud comme Baudelaire souhaitait arriver à la poésie par l'évasion hors de notre perception habituelle et rationnelle. (« Le poète se fait voyant par un long, immense et déraisonné dérèglement de tous les sens. » dans Correspondance, à Paul Demeny, 15 mai 1871). Ce "dérèglement des sens" est au besoin provoqué par l'utilisation de produits psychotropes (alcool, tabac, drogue) ou tout simplement de déclencheurs comme les parfums ou les couleurs. Ici, les couleurs semblent jouer un rôle hypnotique comme dans Voyelles.
Les transes de Rimbaud s'appuient donc sur les couleurs. Le rouge "pavillon en viande saignante", peut être une allusion à la boucherie de 1870 (date probable de la composition des Illuminations)... Le bleu, "soie des mers", rêve d'ailleurs... Le blanc, "fleurs arctiques", le froid opposé au feu rougeoyant du brasier, la dureté du diamant (souvent symbole de la poésie qui confère dureté et éclat à la parole)...
Nous pourrions envisager deux parcours de lecture :

A. Un poème "moderne" déroutant
Un poème ésotérique et symbolique
· Un poème à clef : la clef est donnée dès le début, c'est le "pavillon", encore faut-il y être attentif.
· Une organisation à partir des trois couleurs : un "délire" construit à partir des associations et des oppositions.

Un poème incantatoire
· Nombreuses exclamations ;
· Nombreuses interjections ;
· Absence de phrases construites.

Un poème "moderne" déroutant
· Un poème en prose

o        à la syntaxe primaire (notons l’usage de la parataxe, de l’ellipse, de l'anacoluthe : par exemple le début « Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays, / Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas.) ». Nous pouvons nous rendre compte que la syntaxe telle qu'elle nous a été enseignée n'est pas appliquée. D’abord on peut relever l'absence de verbe principal. Ensuite à quoi renvoie le pronom "elles" ? Normalement en bonne syntaxe, le pronom renvoie au sujet de la phrase précédente, or ici, par le sens comme par le genre et le nombre, c'est plutôt à "fleurs"...
o        dont le "sens" est à construire par le lecteur à condition qu'il accepte d'entrer dans le jeu.
o        Des commentaires en incise : ce qui est inscrit entre parenthèses ou entre tirets.
o        Un poème en boucle : la fin nous renvoie au début.

Ce premier parcours présente l’inconvénient d’être purement formel et de reculer devant la difficulté à se mettre à la place de Rimbaud.

 
B. Un poème démiurgique : un chaos barbare refondateur ?
Un délire visuelDésillusion ou espoir fou du poète ? la barbarie opposée aux vertus civilisatricesUne forme moderne peut-être en partie parce que ce poème est resté une esquisse comme plusieurs pièces d’Illuminations.
Ce second parcours est plus risqué puisqu’il nous conduit à interpréter la prose incandescente, glaciale et brutale de Rimbaud. Cet exercice est sans doute étrange pour l’académisme des études littéraires car il est éminemment subjectif. Il permet cependant de concrétiser des positions modernes selon lesquelles le lecteur contribue activement à la création poétique par sa sensibilité et sa culture en donnant un sens personnel et un réseau de significations au texte ébauché, polymorphe, ouvrant sur plusieurs possibles.
Nous pouvons essayer malgré les difficultés de l’entreprise :

· Le rouge : cette couleur évoque le carnage, la guerre, l'endoctrinement. À ce sujet, nous pouvons noter le terme d'assassins qui mérite une explication. Les assassins peuvent être ceux qui ont poussé les soldats à la boucherie évoquée par la "viande saignante", mais ce sont aussi les envoyés du Vieux de la montagne qui, au XIIe et XIIIe siècle, ont terrorisé les croisés par leurs attentats. Ils étaient les Haschischins, les "mangeurs de haschisch", abrutis pour aller au sacrifice. Ici ils pourraient être aussi les soldats saoulés de patriotisme.
Le rouge évoque aussi le brasier, le volcan, le feu terrestre qui produit le "diamant" (blanc) dans son "cœur éternellement carbonisé", les vieilles flammes (peut-être une allusion à Vulcain, le dieu forgeron ? ce dieu entre autres producteur d’armes), …
· Le bleu est associé à la soie des mers (avec le blanc de l'écume), sans doute au ciel, à la musique, à la voix de femme (par la "douceur" déjà évoquée avec la soie ?), à la nostalgie d’un ailleurs.
· Le blanc est lié aux fleurs arctiques qui "n'existent pas". La blancheur est associée à la pureté des fleurs, de la femme, à la glace, c'est la couleur de l'absence, du vide (beaucoup de civilisations en ont fait la couleur du deuil). C'est aussi, l'écume, le givre, le diamant, les "vieilles retraites" (celle de Russie ? au temps de Napoléon ?).
Finalement, ces trois couleurs sont présentées séparées, unies, contrastées au travers de toute une série de valeurs symboliques suggérées qui se répondent. Il y a une grande cohérence dans le choix des images sous leur apparente hétérogénéité.

Rimbaud suggère aussi des réseaux sémantiques labyrinthiques, invitant le lecteur à construire le "sens", à entrer dans son jeu de déstructuration et de reconstruction (dans la poésie "classique" l'écrivain associe des champs sémantiques bien identifiés par les comparaisons ou métaphores, le lecteur n'y est pas dérouté). Ici le comparé est quasi absent, on note trois seules mentions du "pavillon".
Ce « pavillon » est, dans cette entreprise, exemplaire : c'est le drapeau sur un navire qui appelle peut-être "soie des mers", c'est aussi une tente militaire (des combats sont évoqués), l'extrémité évasée d'un instrument à vent qui appelle peut-être "fanfares héroïques". Ce peut être aussi une évocation d’un pavillon Baltard, aux Halles de Paris, qui abritait entre autres au sens propre la boucherie, « la viande saignante ». Mais c’est aussi peut-être une allusion intertextuelle à la « boucherie héroïque » du chapitre 3 de Candide si l’on rapproche la boucherie des « viandes saignantes » des « fanfares héroïques ». Rimbaud écrit au moyen de raccourcis abrupts où les mots se télescopent.
De même pour le mot « chevelures », dans « choc des glaçons aux astres. / O Douceurs, ô monde, ô musique ! Et là, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. Et les larmes blanches, bouillantes,… ». Nous avons sans doute l’évocation d’une comète par la glace, les astres, l’espace et le mot « flottant » ou « larmes blanches » en même temps que de son contraire, le monde tiède (voire torride) de l’intimité féminine dont on sait qu’elle a hanté le poète adolescent.
 Quelle signification d’ensemble donner à ce poème mystique (et même du genre apocalyptique) ?
Ce peut être d’abord une violente critique du gâchis de la guerre de 1870 et de ses conséquences dont la Commune de Paris, noyée dans le sang.
Ensuite, Rimbaud, qui exprime sa colère révolutionnaire, y perçoit éventuellement une chance de voir surgir un monde nouveau dans une nouvelle Genèse : Après un grand soir, il y aurait un nouveau matin, ce qui expliquerait la première phrase… Rimbaud appellerait l’avènement d’un monde poétique contradictoire aux « douceurs » brûlantes, un monde originel, protéiforme, en mouvement perpétuel dans sa débauche de formes détruites aussitôt que créées, un monde de potentialités insaisissable…
Nous serions alors très proches de la « ténébreuse et profonde unité » baudelairienne1, mais aussi de son impuissance créatrice à nommer l’indicible, d’où les points de suspension finals qui seraient à interpréter de plus comme un premier abandon avant l’Adieu d’Une saison en enfer.


 
1 Correspondances dans Les Fleurs du Mal.
N’oublions pas qu’une des sources des poèmes en prose d’Illuminations est justement la lecture de Baudelaire, l’autre étant la vogue de cette forme littéraire dans les cercles poétiques que Rimbaud a pu rencontrer lors de son arrivée à Paris.

Cette page a été rédigée par Jean-Luc. Elle est mise à disposition selon le Contrat Paternité-NonCommercial-NoDerivs 2.0 France disponible en ligne http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/ ou par courrier postal à Creative Commons, 559 Nathan Abbott Way, Stanford, California 94305, USA.


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MessagePosté le: Lun 11 Mai 2009 - 20:44    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

Je savais que ce VOILA allait déclencher un courroux quelque part. Chercher la moindre faille, ou trouver des indices pour rehausser encore plus la beauté du poème cité n'a pas eu lieu d'être, car tout simplement j'ai beaucoup aimé et il faut dire aussi qu'il n'est pas aisé de les trouver dans une oeuvre de cette envergure.
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Abdel
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MessagePosté le: Lun 11 Mai 2009 - 20:59    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

Parfait.

Alors je ne commenterai plus les oeuvres de cette envergure.
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LAMY Jacques
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MessagePosté le: Lun 11 Mai 2009 - 21:08    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

Et moi, j'éviterai à l'avenir d'envergurer de telles zoeuvres !
.
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MessagePosté le: Lun 11 Mai 2009 - 22:22    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

Toi, Jacques, laisse Lamy envergurer tranquille.

Escalader de hauts textes est un joli exercice qui donne  de l'air frais et maintient les méninges en bonne santé.


On peut se casser la figure, mais cela fait bonne figure quand même ( ) .
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amynochka


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MessagePosté le: Mar 12 Mai 2009 - 09:05    Sujet du message: La rime... avant Tout ! Répondre en citant

OUPS! j'ai comme le pressentiment que je suis de trop
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:19    Sujet du message: La rime... avant Tout !

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