http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: Au-delà de nos désespoirs...
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Au-delà de nos désespoirs...

 
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LAMY Jacques
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Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Dim 10 Mai 2009 - 16:45    Sujet du message: Au-delà de nos désespoirs... Répondre en citant

"Au-delà de nos désespoirs..."


Un train fumant, crachant, cahotant, aborde chaque portion pentue à petite vitesse. Les crissements aigus et sons mats de métal dominent les pensées en un écho fractal, et les corps ballottés au passage d'éclisse s'agitent comme des pantins.

Le paysage balkhave se déroule : forêts, prairies pelées où paissent des moutons, masures de torchis.

Par la vitre sale de ce wagon de bois, un militaire en tenue fatiguée regarde au loin, sans voir. C'est un officier.
À son côté, se tient sommeillant un homme hâve, tête rasée, recouvert d'oripeaux.
Une chaîne d'acier relie leurs deux poignets. Ils sont seuls en ce compartiment.

Le militaire, pensif, se tourne lentement vers son voisin, prisonnier, qui dodeline de la tête au tam-tam forcené des boggies, pesant sur lui d'un regard plein de compassion. Par un rebond brutal, l'autre se réveille, redresse le buste, reprend ses esprits :

Je rêvais que je courais, libre, dans la neige, fait-il d'une voix grave.
— Il n'y a pas de neige et tu es prisonnier... Ils t'ont mis dans un drôle d'état les salauds !
— Il me fallait avouer ce que je ne savais. Alors, ils m'ont frappé ! J'ai parlé, mais ils ont compris que j'inventais : alors ils m'ont puni. Pendant ce temps tu te la coulais douce... au front. Et maintenant, c'est sûr, tu es un "homme libre" !
— Je me la coulais douce : une Bérézina ! Liberté ? D'obéir à des ordres iniques ?
— Curieuses vies, Piort, que les nôtres, si semblables... Nous étions ensemble au village et à l'école, à l'université. Mais la révolution nous a bien séparés : toi, du côté de "l'ordre" et moi chez les "rebelles". Nous n'avions pas choisi : il nous fallait survivre ! Et maintenant nous sommes ensemble en ce train... qui nous conduit au lieu de mon exécution.
Je vais enfin connaître ce qu'est la "Liberté" !


— Écoute-moi, Boris. Nous serons à Tryska, dans une heure environ, cette ville-frontière : le train se ravitaille et cela prend du temps. À l'abri des regards, je te détacherai.
Tu pourras fuir la Balkhavie à travers champs.
Avant de t'éclipser, tu devras m'assommer ; pour faire vrai, ne retiens pas tes coups, surtout ! Je serais plus crédible avec une fracture.
— Ils te fusilleront pour "haute trahison" !
— Non, ils me renverront au front, aux avant-postes, où la mort est certaine en des instants propices. Avec un peu de chance...


Dans un long crissement et de fortes secousses, le train s'arrêta soudain en rase campagne.

Abaissant la vitre, Piort inspecte les lieux : Le train est pris d'assaut ! s'écrie-t-il, en se retirant de la fenêtre.

Des coups de feu, des cris, quelques soldats ripostent, d'autres sont abattus ; beaucoup ne se relèvent pas.
Dans le couloir du wagon une cavalcade, des hurlements, la porte du compartiment s'ouvre brutalement : des civils en armes.
Ils mettent Piort en joue et vont l'exécuter quand Boris s'interpose :

C'est un "rallié" ne tirez pas : il est des nôtres ! C'est vrai : il voulait me libérer à Tryska.
— C'est bon. Toi tu es libre, mais lui : on voit son cas...


Quelques heures plus tard, la colonne en marche de soldats prisonniers, gardés par des rebelles, s'avance lentement vers la montagne au loin.
Une fumée épaisse et âcre s'échappe du convoi ferroviaire en flamme...

······


Un mois s'est écoulé. Un camion délabré, brinquebalant, ronflant, cahote lourdement sur un chemin pierreux. Il neige.
Sous la bâche, deux hommes se sont assoupis. mais, au passage d'une ornière, ils se réveillent.
Boris, enveloppé d'une pelisse propre, est armé d'un fusil.
Piort, l'uniforme déchiré, portant traces de coups, a les mains liées.

Ainsi, ils t'ont battu ! Mais pourquoi ? dit Boris.
— Ils voulaient des renseignements sur l'effectif au front... mais j'ai d'abord pensé à mes copains, là-bas. Je n'ai pas l'habitude de trahir ni mes amis d'enfance, ni mes frères d'armes. Je parlais ? J'étais libre ! Sinon ? Un ennemi ! Tel était leur marché... Depuis, ils veulent faire de moi : "un exemple" !
— Piort, je te libèrerai avant l'arrivée... Je n'ai pas pour concept de trahir l'amitié : tu vivras, toi aussi. Tu rejoindras les tiens.
— Ce ne sont pas les miens ! Pas plus que ces bandits soi-disant "révolutionnaires" sont les tiens ! C'est un monde de fous, nous n'en sortirons pas ! Pour seule liberté, nous avons le devoir de faire partie d'un clan et... de ne pas perdre. La "Liberté", n'a jamais existé sur Terre !


Brusquement le camion stoppe : le chauffeur saute à terre et s'enfuit en hurlant :
Sauvez-vous ! Les militaires attaquent !

Un obus de mortier explose au sol, le tuant.

Attends ! L'armée va te délivrer, dit Boris
— Je ne veux plus vivre en Balkhavie, comprends-tu ? Et toi, rejoins-tu tes partisans-terroristes ?
— Non, cette fois je les quitte pour "un ailleurs".
— Tu désertes ! Allons désertons ensemble, veux-tu ?


Boris, couteau en main, tranche les liens de Piort.
Ils partent en courant, bien maladroitement, zigzaguent vers les bois, suivis par les rafales d'une arme automatique et hurlements rageurs !

······


Piort étendu au sol, Boris lui tient la main :

Tiens bon ! je vais aller chercher du secours, Piort.
— Non, il est bien trop tard... Et tu le sais d'ailleurs. La dernière rafale m'a été fatale !
— Alors que nous redevenions des "Hommes Libres" !
— Libres de quoi, Boris ? De nous cacher "des autres" en attendant la Paix ?
De souffrir de la faim, du temps, des maladies ?
Libres de dire ce qu'on pense au fond de soi... quand personne n'écoute ?
Et libres de taire des propos interdits ?
— Et pourtant, comme moi, tu luttais pour cette "Liberté" !
— Crois-tu ? Je me battais pour une grande cage ! On s'adapte, parfois, aux volumes réduits. En cage, un canari rêve d'une volière, et là, il songe alors aux espaces ventés... où l'attend le faucon.
Et là, où je me rends, n'existe de faucon... du moins j'espère...

.
.
Jacques LAMY

Tiré du recueil : "Vous aurez de mes nouvelles !" de Jacques LAMY, ouvrage publié par les Éditions Les Nouveaux Auteurs 4, rue Daru, 75008 PARIS www.lesnouveauxauteurs.com
ISBN : 978-2-917144-04-6.
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MessagePosté le: Dim 10 Mai 2009 - 16:45    Sujet du message: Publicité

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Abdel
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Messages: 1 314

MessagePosté le: Mar 12 Mai 2009 - 01:48    Sujet du message: Au-delà de nos désespoirs... Répondre en citant

Les scènes décrites par un parfait connaisseur de la matière, sont presque réels.

Le changement de rôle, entre les deux principaux personnages,avec tous les descriptifs correspondants est adroitement mené, créant une situation inattendue.

Je crois, par ailleurs, que vous avez opéré des changements par rapport à la version que j'avais lue bien avant, sur ce site. C'était plus ramassé et plus inattendu comme effet.

Merci, Jacques, de nous offrir de si bon échantillons de vos nouvelles.

Elles sont un très bel exemple d'écrits littéraires pour les talents en devenir.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:40    Sujet du message: Au-delà de nos désespoirs...

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