http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: Tchoucou-tchoucou-tchoucou-tchouc !
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Tchoucou-tchoucou-tchoucou-tchouc !

 
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LAMY Jacques
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Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Ven 22 Mai 2009 - 12:05    Sujet du message: Tchoucou-tchoucou-tchoucou-tchouc ! Répondre en citant

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Tchoucou-tchoucou-tchoucou-tchouc...


Sur la piste, machette en main et le fusil à l'épaule, des enfants-soldats progressent lentement en silence, trébuchant, titubant, se frayant un chemin sous le couvert, coupant les lianes retorses. En progressant vers le village de huttes et baraques de torchis, les jeunes guerriers voient fuir de petits carnassiers et des serpents, froufroutant dans les hautes herbes.

Alduka a neuf ans, après un temps de formation à manipuler péniblement machette et fusil, il effectue ses premières sorties de combattant. Il a tout juste la force d'épauler son arme ou de lever l'outil tranchant. Il est le plus jeune de la bande. Il semble intelligent et très observateur. Il est physiquement frêle, car pendant trop longtemps mal nourri. Il a peur, mais s'efforce de le cacher aux autres plus âgés que lui, bien qu'il pleure et crie la nuit, en proie aux cauchemars !

Il obéit à un chef de seize ans qui prend des airs supérieurs quand il commande : car il a déjà tué, lui, plusieurs ennemis : à la machette et au fusil... Enfin, c'est ce qu'il dit... Alduka se demande si ces histoires sont vraies ; en effet, il a surpris un vieux guerrier balafré (qui a servi autrefois dans l'armée coloniale), plein de cicatrices profondes, surnommé "Le Lion farouche", en train de rire sous cape aux récits foudroyants du jeune chef.

Alduka s'est déjà servi de son arme, sans succès, lors de l'attaque d'un train de marchandise vétuste à la locomotive poussive qui transportait des réserves de manioc. Cela s'est vu, et maintenant il faudra qu'il tue un ennemi pour être bien considéré par les siens et ne plus se faire appeler "Bambino"... Mais il en a d'ailleurs la ferme intention, maintenant qu'il n'a plus de famille après le massacre de son village...

Il a vu le visage de sa mère portant les marques de la douleur et de la terreur, les blessures mortelles de ses frères et sœurs les rendant méconnaissables, des scènes affreuses, alors que son père, un vieux mousqueton au bras lui disait de s'enfuir et protégeait sa retraite de son mieux.
Alduka ne sait plus sourire et son regard étrange voit au-delà de sa vision.
Il vengera les siens c'est sûr quant il sera plus grand. Il y a un an, la bande de guérilleros qui l'a enrôlé est devenue son seul refuge : il faudra bien qu'on le reconnaisse comme un des leurs : un grand tueur, c'est sûr ! Et puis avec eux il mange à peu près à sa faim.

La troupe au complet se sait poursuivie par l'armée régulière. Elle détruira le bourg et massacrera les habitants avant de fuir pour éviter d'être attaquée à son tour !
Les enfants-soldats cernent le village et s'apprêtent à donner l'assaut.
Les habitants, voyant la taille de leurs ennemis, se rassureront et tenteront vivement de les repousser. C'est alors que les combattants adultes, plus aguerris, attaqueront à leur tour. Tel est le plan conçu par les Grands Chefs.
Un chien aboie au loin, puis le silence se fait.
Un ordre hurlé et les enfants soldats courent vers le village en tirant des coups de feu. Alduka ne parvient pas à armer son fusil...
Le lieu a été déserté par ses habitants.

Les combattants adultes les rejoignent alors sans empressements ni précautions particulières sur la petite place, afin de se concerter. Tant pis, ils pilleront seulement, puis mettront le feu aux habitations.
Soudain, un cri rauque jaillit de la lisière et une salve d'armes modernes automatiques fait des ravages dans la troupe des guérilleros imprudemment concentrés. Ceux-ci sont cernés par les sections de l'armée régulière qui a tendu ce guet-apens.
Des hommes tombent en pantins désarticulés. Le jeune chef gît au sol et n'a plus de visage. Les vétérans se sont jetés à terre dès les premiers coups de feu et tentent de riposter ; mais beaucoup succombent, étant à découvert, sous le feu nourri des soldats gouvernementaux. "Le Lion farouche" qui a déserté l'armée autrefois, comprenant qu'il est perdu s'il est pris, se dresse face aux armes adverses et s'affale sans un cri.

Alduka est désemparé. Il n'est pas atteint par le tir ennemi... Il sanglote debout et laisse choir les armes trop lourdes pour lui. Il revit la tuerie de son village et le massacre de ses parents, images horribles et cauchemardesques la nuit qui le poursuivent à longueur de temps .

Les tirs ont cessé et les soldats sortant de l'orée investissent la place. Certains achèvent les mourants. L'un d'eux, un colosse, remarque Alduka en larmes : "Voyez, les gars, ils envoient des "bambinos" au casse-pipe !"
Les hélicoptères arrivent et prennent en charge quelques militaires et des guérilleros blessés, ces derniers pouvant donner des informations intéressantes quant à la rébellion ; les soldats réguliers seront acheminés par camions dans la soirée.

Le colosse hisse Alduka sans brutalité dans un des "hélicos" et le confie au co-pilote Lopez, un jeune sous-officier occidental :
"Ta femme voulait réadapter à la vie les enfants-soldats ? En voilà un ! Et il a la baraka en plus !"

······


Depuis un an, Alduka vit chez les Lopez.
Ce n'est pas sa famille, bien évidemment : il le comprend, car il a mûri trop tôt dans les circonstances atroces de sa vie. La jeune et douce Maman Lopez essaie de le traiter comme son propre enfant, José, âgé de six ans.
Le sergent Lopez vient d'arriver. Il embrasse sa femme : "les enfants vont bien ?" Elle lui fait signe d'aller voir. Il entrouvre la porte et voit les deux gamins en train de jouer au chemin de fer qui fait un bruit tonitruant par la bouche d'Alduka : "Tchoucou-tchoucou-tchoucou-tchouc !"
Entendant la porte s'ouvrir, Alduka se retourne et sourit à son père adoptif...

Lopez dit alors à son épouse :
"Alduka vient de faire le premier pas vers son humanité."


Jacques LAMY
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MessagePosté le: Ven 22 Mai 2009 - 12:05    Sujet du message: Publicité

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Abdel
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MessagePosté le: Ven 22 Mai 2009 - 21:34    Sujet du message: Tchoucou-tchoucou-tchoucou-tchouc ! Répondre en citant

La chute peut prêter à ... interprétation multiple, d'où son caractère moins fort par rapport  à la force du récit.

La colonisation étant à la base des guerres tribales, difficile de ne pas prendre position en abordant ce thème. Difficile de ne pas admettre que l'enfant a été d'abord déshumanisé malgré lui et que peut-être son sort actuel d'humanisation dépend de ceux justement qui furent la cause de sa déshumanisation...

Le texte offre cette image symbolique : de l'attaque du train au jeu du train (d'où le titre). Il sous-entend également une autre image-son, très forte :

Le tchoucou- Tchouc sans le "boum- boum" (qui "va avec " dans la chanson). Autrement dit, jouer sans faire boum-boum, sans faire la guerre.

Une troisième image en filigrane peut être interprétée : le départ du train du développement, d'humanisation..., prendre ce train là , même en retard...


Dernière édition par Abdel le Sam 23 Mai 2009 - 16:35; édité 1 fois
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LAMY Jacques
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Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Sam 23 Mai 2009 - 09:21    Sujet du message: Tchoucou-tchoucou-tchoucou-tchouc ! Répondre en citant

CIT.
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La colonisation étant à la base des guerres tribales, difficile de ne pas prendre position en abordant ce thème. Difficile de ne pas admettre que l'enfant a été d'abord déshumanisé malgré lui et que peut-être son sort actuel d'humanisation dépend de ceux justement qui furent la cause de sa déshumanisation...
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Entièrement d'accord avec Vous, Abdel... avec deux, ou plus, générations d'écart.
Doit-on aussi couper la tête du petit-fils d'un meurtrier ? That's the question, you say...
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Abdel
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MessagePosté le: Sam 23 Mai 2009 - 16:46    Sujet du message: Tchoucou-tchoucou-tchoucou-tchouc ! Répondre en citant

Yes, you are right.

Il faut toujours lire avec un certain recul historique.
Ou ,plus exactement, prendre le recul historique nécessaire.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 04:22    Sujet du message: Tchoucou-tchoucou-tchoucou-tchouc !

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