http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: Brisures adolescentes
  Créations littéraires
 
Index
 
 S’enregistrerS’enregistrer 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 


 Bienvenue  
Brisures adolescentes

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Créations littéraires Index du Forum -> Espace Nouvelles, Autobiographies, Textes et Récits courts -> Récits autobiographiques, souvenirs... -> Brisures adolescentes
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Admin
Administrateur
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 08 Juin 2008
Messages: 160
Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Sam 28 Juin 2008 - 00:39    Sujet du message: Brisures adolescentes Répondre en citant

Chapitre I

VACANCES A LA CAMPAGNE




Une pluie diluvienne ne cessait de déferler , ce jeudi après midi de décembre 1970, depuis que nous nous acheminions, Allal et moi, sur les flancs de la colline. Nous étions à la campagne, au milieu de champs submergés d'interminables sillons. C'était l'époque des labours. Allal marchait péniblement derrière moi, le visage offert aux rafales de pluie , malgré la protection d'une Djellaba de laine blanche. Je ne progressais pas davantage; mes souliers trempés s'enlisaient profondément dans le sol devenu gluant. Pas un abri; les collines dénudées et austères, recroquevillées sous la colère des cieux ne semblaient point disposées à offrir le moindre recoin de repli.

A mesure que nous progressions, la pluie redoublait d’intensité et la maison que nous cherchions à atteindre paraissait s'éloigner .Allal m’avait invité ,étant son meilleur ami et camarade de lycée, à passer les vacances de Noël chez ses parents, en pleine campagne. C’était un beau garçon, haut et maigre, au nez court et droit, à la chevelure courte, à la voie suave et au sourire large et prompt à se déclencher au moindre mot prononcé . Ses parents habitaient pas très loin de mon village d’origine , quelque part sur les premières collines annonçant la chaîne du Rif , au pied de la vaste plaine du Gharb. Pour me divertir, alors que rien ne prévoyait au départ que le ciel allait s’assombrir aussi brusquement , il avait programmé la visite d’une demeure coloniale abandonnée , au sommet d’une colline , et qui tranchait avec le décor alentour par sa masse imposante et son décor singulier. Elle faisait l’effet d’une touche moderniste dans le tableau rural ambiant. Mais c’est au beau milieu du parcours que l’ambiance radieuse fut escamotée par un rideau de nuages menaçants. La pluie s’abattit, alors, avec force sur nos frêles corps d’adolescents .Je n’en revenais pas ! Moi qui étais habitué à la pluie en ville, je regardais , ressentais, écoutais avec ébahissement et crainte, le déchaînement des éléments dans leur expression la plus naturelle et la plus sauvage.

Dans ma fuite en avant et aveuglé par les rafales de vent, et d’eau, je ne cessais de jeter des regards furtifs derrière moi , pour m’assurer que je n’étais pas seul. Allal suivait derrière, plus haletant, dos courbé, s’égouttant de temps à autre le visage d’un revers de coude. Nous marchions ainsi, ahanant, sans rien se dire , jusqu’à ce que Allal articula d’une voix grelottante . « Tayeb ! Tayeb !,Viens j’ai trouvé un refuge ! » Je m’arrêtais , avec un grain d ‘espoir de se soustraire à la furie des cieux.. Allal se tenait immobile devant l’entrée d’un cylindre de canalisation qui faisait office de pont pour un sentier étroit.

J’avais le souffle coupé et n’en pouvais plus. Mais j’étais grisé par l’effort et le contact de l’eau qui ruisselait entre mes vêtements. Je pris la décision d’ignorer ma fatigue et la trouvaille de mon ami. Par un élan de bravoure juvénile inexplicable, je me mis à gravir le flanc de la colline en courant comme je pus. Arrivé au seuil de la demeure, je m’affalais sur le dos, sous le perron, suffocant jusqu’à l’étranglement.

J’avais mal aux poumons et une seule pensée circulait en résonnant dans ma tête sous forme d’une question en boucle infinie : « pourquoi j’ai fait ça ? Pourquoi j’ai fait ça ? ». Le résonnement de mon unique pensée se fit de plus en plus inaudible puis s’évanouît et m’entraîna avec lui dans un sommeil paisible .

Une douce chaleur effleura, mon visage humide. Je perçus le souffle et la voix de mon ami. " Ça va Tayeb ? Ça va ? "

Allal avait allumé un feu juste à l’entrée de la demeure pour nous réchauffer, aidé par le gardien de la demeure, qui habitait à proximité dans une basse bâtisse au toit de zinc qui renvoyait, en une harmonieuse cacophonie, le son des gouttes. Il se frottait les mains en tressaillant un peu. La pluie cessa de tomber et le zinc devint subitement silencieux, alors qu’un calme serein couvrit les contrées alentours Des vaches abritées à l’intérieur nous regardaient vaguement en ruminant interminablement.

Assis autour du feu, nous dégagions de partout de grandes bouffées de vapeurs blanches qui allaient nonchalamment se fondre dans la fumée foncée des fagots embrasés. Seul le crépitement continu du feu mêlé au meuglement intermittent des vaches rompait le silence béat des lieux. Nos deux ombres dansaient sur les murs au gré de la lueur du feu.

J’eus envie de fumer et me rappelais avoir dans mes poches deux cigarettes de fortune que le laboureur de la famille d’Allal, un gaillard haut et robuste, m’avait façonné de sa tabatière, surpris qu’il était mais résolument neutre de me voir piqué au vice aussi jeune. Elles étaient trompées mais qu’importe ! Je les déposais à sécher puis en alluma une. Allal me dévisageait, l’air mi-content mi -mécontent Il devait penser qu’il n’aurait pas dû me faire subir cette douche forcée en m’amenant si loin de nos bases.
Quelques instants plus tard, bien remis de nos émotions, nous effectuâmes une brève visite de la demeure puis entamâmes le chemin du retour sous un ciel dégagé.

La journée tirait à sa fin alors que nous dévalions les collines une à une avec une aisance bienheureuse, sautillant par-ci par-là entre les petits ruisseaux qui ronronnaient sous nos pieds.
L’air sentait le sable frais et renvoyait de loin en loin le brouhaha confus des sons d’animaux et d’oiseaux. Au beuglement des vaches répondait le bêlement des brebis ; des oiseaux, effarés par le coucher du soleil, criaient à tue tête en tournoyant à toute vitesse de manière désordonnée.
De temps à autre fusait de loin la voix d’un homme, bizarrement basse, mais répercutée partout, comme s’il était tout proche. C’est ainsi à la campagne dit mon ami et il m’en fit la démonstration en hélant un lointain paysan à califourchon sur son âne qui trottinait, l’air écrasé par la masse de son maître. Ils s’échangeaient des civilités à voix normale comme s’ils partageaient la même table de café.

En face de nous se dessinait la maison familiale en une série de bâtisses juxtaposées, au toit de zinc, entourée d’une haie de figues de barbaries. Hommes et animaux cohabitent, dans ce genre de demeure de façon presque conviviale et se partagent les agréments et les vicissitudes de la vie en campagne ; les uns comptant sur les autres pour se nourrir, travailler, se déplacer.

Nous entrâmes dans la chambre privée de mon ami et changeâmes de vêtements. La mère de Siassa, une femme avenante, toisant la quarantaine, vint nous apporter un bon récipient de thé et un plat de baghrirs, minces rondelettes de pâte à la semoule, cuites à la sautée, à la surface remplie d’innombrables trous, aspergés de miel et de beurre fondu. Je me suis mis à manger effrontément avec avidité, sans se soucier de mon ami qui encourageait ma gourmandise par de brefs et joyaux éclats de rire.

Sa mère m’apporta un antalgique car j’eus de violents maux de tête. Mon âge ne me permettait pas de prêter attention aux signaux négatifs de mon corps et dieu sait combien je souffrais mais ne me rendait compte de rien. Je fus bientôt amené à abréger mon séjour à la campagne, sentant confusément que quelque chose n’allait pas dans mon corps. Quelque chose qui couvait à mon insu, et se manifesta suite au dépassement de mes capacités physiques ou alors suite à l’effet du grand air qui, avant de vous vivifier, s’enquiert d’abord de ce que vous avez comme résistance à bord.

Le lendemain matin, j’étais prêt au retour. Le laboureur de la famille d’Allal nous prépara un robuste mulet. Je mis ma valise dans la paire de nasses faisant office de scelle et qui sert à transporter un peu de tout et monta à califourchon derrière Allal. Sa mère me bombardait de reproches.
- Mais qu’as-tu mon fils ?
- Reste encore un peu avec nous !
Un coup de pied au flanc de la docile bête et celle-ci se mit en route descendant et montant les flancs des collines en un balancement long et endormant.
Il y avait neuf kilomètres à parcourir avant d’arriver à la première route goudronnée. J’avais mal à la tête mais j’avalais des yeux le paysage pittoresque qui défilait lentement au grès du rythme du pas de la bête.




Chapitre II


LA MAISON FAMILIALE



Encore trois jours de vacances à passer, cloîtré chez mes parents, avant de retourner au lycée.

La maison familiale était une propriété coloniale de presque un hectare, à l’orée de la ville.
Les propriétaires précédents, un français puis un suisse, avaient aménagé l’ensemble à l’européenne : un puits au milieu, un garage pour la voiture sur un angle de la propriété et la maison au toit de tuile sur l’angle opposé, le reste un jardin fleuri que mes parents transformèrent en un riche potager.

Mon père, un réformé de l’armée, infirme de sa main droite, parvenait je ne sais comment à maintenir en vie ce verdoyant potager tout au long de l’année. Il avait fait construire un bassin près du puits et se faisait un plaisir manifeste à le remplir chaque matin en puisant de l’eau avec sa main valide, l’autre servant d’appoint, par un système de poulie emplissant un sceau après l’autre. Il fallait quatre vingt dix neuf sceaux exactement pour remplir le bassin. Chaque matin j’entendais mon père compter à haute voix les sceaux qu’il tirait du puits : quiiiiiinnnze ! seiiiiiiizzzze ! entonnait-il d’une voix déterminée. Parfois il me grondait entre deux chiffres, avec colère et essoufflement :

- espèce de petit garnement ! quarrraannte ! Ta mère t’appelle, tu es sourd ? huuuummm ! quarante et uuuuuun ! …
Je trouvais également grand plaisir à remplir moi aussi le bassin, mais il m’a fallu, malgré ma jeunesse et la vigueur de mes deux bras, tenter l’expérience plusieurs fois avant d’accomplir ce que lui pouvait fournir comme effort, avec un seul bras et à l’âge de soixante dix ans !

J'accomplissais joyeusement toutes les tâches de jardinage sans qu’il me le demande. Je fus amené à creuser le sol, à arroser les champs rectilignes de menthe avec deux arrosoirs en même temps, les pieds nus, un pantalon déchiré jusqu’aux genoux. Ah ! la belle fraîcheur qui se dégageait des arrosoirs sous le soleil de plomb !
J’arrosais également les cinq figuiers plantés par mon père et les quatre grenadiers plantés par les anciens locataires des lieux. Ma peine n’était jamais veine car personne, ne m’empêchait de cueillir les fruits à ma guise. Je passais ainsi des heures, perché sur les figuiers et savourant les fruits avec les pies noires qui picotaient à portée de main, craintives puis confiantes, les figues ouvertes à force d’être mûres.

********

Des rayons tièdes s’infiltraient par la fenêtre entrouverte de ma chambre et venaient danser sur mon corps livré à un sommeil profond. Des voix me parvenaient, lointaines puis plus proches et me réveillaient lentement. « Ma sœur gronde ses fils comme d’habitude » pensais-je confusément. Mais non, c'était plus que cela . Des voix en chœur, assez rythmés qui devenaient de plus en plus nettes . Je me réveillais à non pas finir, la tête lourde et les membres endoloris. J’avais chaud, je transpirais. « J’ai de la fièvre » constatais-je avec un certain étonnement et content d'être vivant ,car ce que j'entendais en fait était une procession d'enterrement.

Ah! Cette sacrée route qui passe devant la maison !

La maison d'enfance se trouve en effet au bord d'une route d'environ deux kilomètres de long et quarante mètres de large reliant à gauche un bidonville à la ville. Avec au bout , à droite, 300 mètres plus loin, un passage à niveau. La ligne de chemin de fer coupe en deux une forêt dont une moitié est en face de notre demeure, en traversant cette route funèbre. L'autre moitié se situe après la voie ferrée et s'arrêtant aux abords du village.
Je me suis toujours demandé pourquoi la société des chemins de fer avait accaparé tout ce terrain avec ces deux forêts , presque le tiers de la superficie du village, avec en son milieu la voie ferrée et la petite gare de mon enfance.
En tout cas, c'est dans ces lieux délimités en propriété de l'Oncf, un rectangle de 2 kilomètres de long et 400 mètres de large que se déroula la majeure partie de mon enfance et adolescence. Soit une vraie réserve sauvage où le môme fauve que j'étais vécut une vraie vie de tarzan.
La ville pour moi était une zone bizarre et mystérieuse et mes incursions craintives et hardies finirent par l'apprivoiser, par m'apprivoiser moi-même par elle.

La route qui longe la forêt d'en face est pour moi la route de la mort. Les piétons y étaient rares. Il n’y avait souvent que des charrettes à quatre roues tirées par des chevaux maigres qui l'animaient. Elles transportaient des "passagers" et leurs "achats" en tout genre, allant de la ville vers le bidonville. Le charretier était perché sur une sorte de siège en bois et les passagers étaient assis derrière sur le plateau, les pieds ballants, avec leurs achats derrière le dos. Parfois les charrettes ne transportaient que des objets lourds avec leur propriétaire assis fièrement à côté du charretier.

Le transport de luxe était ces calèches couvertes avec des places assises, décorées de mille artifices, avec des chevaux peinards et gras. De véritables diligences qui ont fait le charme de cette triste route. Une route cahoteuse où les chevaux ferrés caracolaient en dandinant de la croupe, la queue en l'air, lâchant de temps à autre des jets de crottes qui emplissaient l'air d'une odeur animale.

Ce fut presque tous les jours de ma jeune vie que je voyais , avec une certaine crainte doublée d'un je-ne-sais-quoi de mystérieusement religieux, une longue procession funéraire derrière une charrette transportant un mort vers le cimetière situé près du passage à niveau. J'avais finis par considérer ce bidonville comme maudit tant y aller et circuler relevait de la bravoure.
Il était le repère de tous les commerces illicites, y compris celui de la chair, un centre centrifuge de la débauche et des bagarres à couteaux tirés et où les gros bras et autres souteneurs faisaient régner la terreur.
Pas étonnant donc tous ces morts qui défilaient sur la route à longueur d'année , et ces maladies transmissibles encore inconnues et qui faisaient des ravages .

Ce matin là , un énième cortège pédestre composés d'hommes et rythmé d'une psalmodie à pleins poumons : "Il n'y a de Dieu que Dieu, Mahomet est son prophète ! " répétée à l'infini jusqu'à la tombe, déjà creusée, qui attend son locataire.

Ma frêle petite âme s'était déjà , assez tôt, accommodée de son futur sort à force de voir défiler les partants vers une destination que je m'employais souvent à imaginer en me basant sur la bonne foi de mes instituteurs, imbus de foi jusqu'à effaroucher nos jeunes âmes sensibles. Un sillon taciturne de fatalisme, de relativisme, de foi insidieuse et prégnante, se creusait de lui-même dans ma personnalité en friche.

Lorsque c'était l'heure de la prière, on ne manquait pas de faire une halte à la mosquée se trouvant près du cimetière, pour y célébrer la prière spéciale du mort. Ce dernier était placé dans un catafalque derrière l'imam, celui qui dirige le culte, bien en vue pour que les prieurs sachent qu'on va l'honorer à la fin de la prière du moment.

L'imam annonçait l'objet de la prière spéciale en indiquant le sexe du mort : "funérailles d'un homme" ou "funérailles d'une femme", c'est tout. Pas de nom ni titre car il n'emportera rien avec lui , comme dirait mon instituteur, sauf ses actions bonnes ou mauvaises.

Le lendemain c'était au tour des femmes endeuillées, car interdites de participer à la première procession et d'assister en direct à la mise en terre, de faire à pied la procession, sur la même route et vers le cimetière, avec des cris de douleur déchirants, qu'on entendait à un kilomètre à la ronde, les chevelures au vent, tiraillées à l'envie, les visages griffés, les pieds parfois nus, des évanouissements en cours de route, et de l'eau offerte par les voisins de la route maudite .

Je me rappelle un cocher de calèche unique en son genre : Il était à la fois cocher, chevalier émérite de la fantasia et unique pompier de la ville ! Il habitait au bidonville. Il était tellement adulé par tous et toutes que le jour de sa mort, sa procession funéraire, sur la route qu'il avait arpentée en tant que cocher toute sa vie, fut la plus longue, la plus criarde en psalmodies et la plus déchirante en pleurs de la gent féminine. Il était aussi un véritable Casanova, c'était donc conséquent.

La route de la mort était aussi la route des litiges et des chamailleries incessantes, car le commissariat de police se trouvait juste à côté de notre demeure. Des groupes accroupis en plein palabre de réconciliation, des rixes à répétition pour un mot mal placé, des pleurs de personnes se jugeant innocentes, des injures et des cris de revanche animaient constamment le devant du commissariat. Tout ce brouhaha en mal de justice emplissait les lieux d'une complainte sinistre dont l'amplitude chutait brusquement lorsqu'une charrette passait devant le commissariat suivie d'une procession psalmodiante. L'évocation soudaine de la mort qui passe avec son cortège adoucissait les mœurs des protagonistes l'espace d'un bref instant.

Elle était aussi la route de l'espoir et de l'invocation divine, car à chaque fois qu'il ne pleuvait pas assez, on organisait un cortège pour invoquer la puissance divine pour arroser l'homme, la bête et la terre. Le choix tombait toujours sur notre satanée route pour un tel cérémonial. Alors, il était moins pénible cette fois d'entendre la procession répéter à tue-tête : "Votre grâce, votre grâce ô Dieu !" "De l'averse, de l'averse, ô Dieu !"

Cette route a failli aussi emporter un de mes meilleurs amis qui y fut fauché par une jeep roulant à vive allure, alors qu'il la traversait à bicyclette avec le fils de sa sœur. Le choc l'avait propulsé en vol plané vers l'autre bord, et le garçon avait atterri sur lui. Il s'en était sorti grâce à du sérum de cheval .


Dans l'ambiance morbide de cette procession matinale je me suis mis à préparer ma valise en perspective de reprendre mes études au lycée situé à 60 kilomètres de chez moi et où j’étais interne. Ma mère allait et venait devant la maison tout à son habitude lors de chacun de mes départs Elle me couvait trop ma mère et était prompte à verser un flot de larmes à la moindre occasion émotionnelle.

Après de brefs embrassements, pour échapper à cette tristesse ambiante, je prenais la direction de l'unique car, un vieux tacot, dont j'entendais déjà les ronronnements, en traversant la forêt.


Ajout du Mardi 12 Janvier 2010 :

Mais c'était échapper à une tristesse pour tomber dans une autre. A chaque fois que j'empreinte ce chemin, des souvenirs d'enfance surgissent. Souvenirs qui deviendront plus lancinants au fur et à mesure que ma santé déclinera.

Un détour par ces souvenirs vous fera certainement mesurer l'ampleur du sombrage de mon âme face à la maladie et ma désorientation  psychologique totale  après un bon départ, un bon élan de vitalité de jeunesse qui me vouait à des lendemains sportifs enchanteurs .
Je vous prends la main pour une brève visite guidée,  un peu en désordre par manque de clarté des souvenirs, dans mon petit royaume forestier, afin de vous permettre de mieux évaluer ma souffrance morale future. Si cela vient à vous ennuyer, il vous aura quand même donné l'occasion de vous pencher indirectement sur votre propre enfance. L'homme a toujours un enfant qui dort en lui.
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Publicité






MessagePosté le: Sam 28 Juin 2008 - 00:39    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
yasmina
Administrateur
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 06 Juil 2008
Messages: 126
Balance (23sep-22oct)

MessagePosté le: Dim 6 Juil 2008 - 20:07    Sujet du message: Brisures adolescentes Répondre en citant

Bonjour,

Je ne dirais pas que vous avez complètement le même style, mais disons que votre style fait penser à celui de Yasmina Khadra.
J'aime beaucoup. Il me faudra surement patienter un certain nombre d'années avant de parvenir à m'en rapprocher. Wink
Revenir en haut
Admin
Administrateur
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 08 Juin 2008
Messages: 160
Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Mar 15 Juil 2008 - 00:41    Sujet du message: suite I et II Répondre en citant

Pas du tout Yasmina.

Le génie n'attend pas le nombre des années.

Tu as déjà un très bon style, les ingrédients nécessaires pour un roman, et, surtout, l'envie d'écrire.

Il faut toujours et toujours écrire. Non pas revoir cent fois son récit, mais revoir une fois cent récits !

Merci de me comparer à un auteur magrébin déjà publié.

Moi, je suis en éclosion, comme toi. j'ai la même force de vouloir écrire aussi.

Ecris ton roman jusqu'au bout, sans "rechigner" sur le style. On verra par la suite.

Bon courage !
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
amynochka


Hors ligne

Inscrit le: 22 Avr 2009
Messages: 373
Sagittaire (22nov-21déc)

MessagePosté le: Jeu 24 Sep 2009 - 21:06    Sujet du message: Brisures adolescentes Répondre en citant

J'ai beaucoup apprécié la première partie où vous décrivez formidablement bien le paysage: la pluie diluvienne, allal, la mort et la vie qui s'emboitent le pas ...et puis , j'ai senti comme une cassure dans le récit dans la deuxième partie où vous parliez de foot-ball. Le charme a soudain disparu!!! ( c'est peut-être du au fait que je ne porte pas trop ce sport dans le coeur)...mais j'avoue que vous avez non seulement du souffle, mais du talent à revendre aussi.
Revenir en haut
Abdel
Support Team
Support Team

Hors ligne

Inscrit le: 08 Aoû 2008
Messages: 1 314

MessagePosté le: Jeu 24 Sep 2009 - 23:49    Sujet du message: Brisures adolescentes Répondre en citant

Merci Amynochka,

Ce récit sera mon exercice d'écriture et je compte bien sur les avis des amis, pour m'attaquer aux nouvelles ensuite, avec les armes que j'aurais acquises grâce à vos avis.
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
LAMY Jacques
Réputation
Réputation

Hors ligne

Inscrit le: 20 Avr 2009
Messages: 402
Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Jeu 1 Oct 2009 - 18:08    Sujet du message: Brisures adolescentes Répondre en citant

.
.
Je trouve votre récit intéressant, surtout pour moi qui suis d'une autre culture, bien entendu. Le chapitre que je préfère est "LA MAISON FAMILIALE"...
.
Je suis comme Yasmina, j'apprécie beaucoup moins le récit du match de foot, qui rompt par son apparente auto satisfaction avec le charme intimiste des chapitres précédents.
.
Sur le style je ne saurais trop porter de jugement. Chacun a le sien, et il est difficile de le modifier. Je le trouve un peu trop "pompeux", avec de nombreux clichés (que je n'énumérerai pas et que vous trouverez bien tout seul, tel "colère des cieux", notamment, etc.), expressions qui sont , a contrario, plutôt l'apanage du langage populaire.
.
Ce que je n'ai pas aimé c'est que "les collines ne semblaient point disposées..." : les collines feraient-elles des actes de volition maintenant ? Je suis excessivement cartésien, je le sais.
.
Enfin, "recoin de repli" est ambigu, car l'un des sens de "repli" est similaire à recoin. Je n'aime pas non plus "l'harmonieuse cacophonie". Oui, je sais, Corneille à bien écrit : "cette obscure clarté qui tombe des étoiles" que répétait amoureusement mon prof de français, à qui je faisais remarquer que... "ce n'était pas très logique" et qui m'a répondu, un tantinet méprisant (bien que je sois son meilleur élève) :
"Lamy, je vous zen prie, vous zêtes zun matheux et ne serez jamais zun poète !".
.
Ce texte est, à mon avis, à retravailler avec un style plus simple et moins de clichés... Ce n'est que mon avis, évidemment.
.
Quoi qu'il en soit, l'histoire est passionnante et doit être poursuivie (en apurant le style, si possible.) J'aimerai aussi que soit donné le point de vue de Humphrey, lecteur excessivement pointilleux mais dont les remarques sont rarement inutiles.
.
.
Revenir en haut
Abdel
Support Team
Support Team

Hors ligne

Inscrit le: 08 Aoû 2008
Messages: 1 314

MessagePosté le: Jeu 1 Oct 2009 - 19:43    Sujet du message: Brisures adolescentes Répondre en citant

Je vous suis très reconnaissant Jacques. Je ne pensais pas que cette histoire pouvait retenir l'attention.

C'est une histoire déjà écrite et complète mais que je reécris. C'est son niveau de style et sa rapidité dans le récit qui ne me plaisent pas. Je l'avais écrite alors que je n'avais que 19 ans et pas encore bachelier . Il n'y a ni football, ni maison familiale dedans. C'est vous dire que je recommence tout ! Voilà pourquoi je traîne ! Et il y a tant de choses à raconter. J'ai peur aussi de faire étalage de tout. Il ya des expériences dont il ne faudrait peut-être en parler qu'à demi-mot. Trop intimes...et l'autobiographie s'apparente parfois à du streap-teese.

Oui, je sais , mon style est trop pompeux. Souvent, en relisant mes  propres commentaires , je me dis : "mais pour qui je  me prends bon sang !" souvent aussi, je me mets en colère contre ce maudit style trop pompeux à en vomir. Bien des personnes de mon entourage me traitent de perfectionniste et ils ont bien raison !

Oui, difficile de changer de style, surtout à mon âge où les jeux sont déjà faits. Heureusement qu'il y a toujours cette envie d'améliorer cette carcasse de l'esprit accumulée sur tant d'années.

Quant aux clichés, je suis sûr que je fais appel inconsciemment à l'imagerie de la langue arabe classique que je maîtrise bien et dont j'aime la profondeur. Ce sera peut-être des apports s'ils ne gênent pas trop. C'est à voir dans la suite car il y'en a beaucoup.

Je ferais en sorte de revenir à ce charme intime des pages précédentes et je vous promets un certain dépaysement.
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Humphrey
Modérateur global
Modérateur global

Hors ligne

Inscrit le: 24 Mar 2009
Messages: 703
Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Jeu 1 Oct 2009 - 19:59    Sujet du message: Brisures adolescentes Répondre en citant

Je compte bien lire et commenter ces textes prochainement...
Revenir en haut
Humphrey
Modérateur global
Modérateur global

Hors ligne

Inscrit le: 24 Mar 2009
Messages: 703
Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Dim 4 Oct 2009 - 19:19    Sujet du message: Brisures adolescentes Répondre en citant

Chose promise, chose faite !

Par ce beau dimanche après-midi - beau dans ma tête uniquement car il a fait plutôt grisâtre ici en Belgique - j'ai lu vos textes, cher Abdel, et d'abord laissez-moi vous dire que je suis vraiment admiratif devant votre maîtrise du français, sachant qu'il ne s'agit pas de votre langue maternelle. 

Au niveau du fond, j'ai trouvé vos récits relativement intéressants mais, contrairement à Jacques, je n'irai pas jusqu'à les qualifier de passionnants. Jusqu'à présent, cela reste fort descriptif, il ne se passe pas grand-chose et je ne vois pas (encore) de fil conducteur. S'il ne s'agit que d'un exercice d'écriture, il est assez réussi, mais si ce texte doit devenir un roman et que vous envisagez de le publier, je pense que vous auriez intérêt à glisser dès les premières scènes des éléments qui donnent au lecteur envie de poursuivre la lecture - ce que fait remarquablement bien Yasmina dans son roman "Zak et Leihla" par exemple.

De ce point de vue, le seul élément un peu "intriguant" est sans doute l'évocation furtive de cette maladie qui a privé le narrateur d'une carrière de gardien de but. C'est aussi dans ce chapitre consacré au rugby qu'il se passe le plus de choses, c'est pourquoi je ne le trouve pas moins intéressant que les autres, que du contraire. Mais ceci tient bien évidemment à mes goûts personnels, non pas que je sois amateur de rugby, mais j'ai toujours préféré les romans où il se passe quelque chose à chaque page ou presque.

L'auto-satisfaction est manifeste dans ce chapitre mais elle n'est gênante que si on lit ce texte comme une auto-biographie pure et dure, parce que cela pourrait vous faire passer pour un vantard. Si par contre il ne s'agit que de la vantardise d'un je-narrateur, alors je n'ai aucune objection.

Au niveau des clichés, je serai (pour une fois?) plus tolérant que Jacques car, bien que présents, ils ne m'ont curieusement pas trop dérangé (serais-je dans un bon jour?).

Au niveau du style, je partage globalement l'avis de Jacques : un peu pompeux par moments (mais pas tout le temps, rassurez-vous!) et parfois un peu chargé également. C'est une question de goût, mais je préfère la simplicité, les styles apurés. Je supprimerais allégrement de nombreux adjectifs et morceaux de phrases qui n'apportent pas vraiment un plus au récit.

Bien que l'ensemble soit linguistiquement très correct et généralement bien orthographié (merci pour cela, ça devient si rare!), j'ai quand même noté un petit souci avec le passé simple. Un exemple:
J’eus envie de fumer et me rappelais avoir dans mes poches deux cigarettes de fortune que le laboureur de la famille d’Allal, un gaillard haut et robuste, m’avait façonné de sa tabatière, surpris qu’il était mais résolument neutre de me voir piqué au vice aussi jeune. Elles étaient trompées mais qu’importe ! Je les déposais à sécher puis en alluma une. (…).
Correction : je les déposai à sécher puis en allumai une.


Il y en a quelques autres comme ça, que corrigerez aisément vous-même vu votre maîtrise de la langue.
Et bien sûr je suppose que vous avez voulu écrire "trempées" et non "trompées" …

Petit stress également avec quelques pronoms réfléchis ("se" au lieu de "me" ou "nous") mais rien de dramatique.

En tout cas je vous encourage vivement à continuer.


Dernière édition par Humphrey le Lun 5 Oct 2009 - 09:54; édité 1 fois
Revenir en haut
Abdel
Support Team
Support Team

Hors ligne

Inscrit le: 08 Aoû 2008
Messages: 1 314

MessagePosté le: Lun 5 Oct 2009 - 02:14    Sujet du message: Brisures adolescentes Répondre en citant

Je rentre d'un court voyage et qu'est-ce que je trouve ? ce très beau cadeau qui m'attend !

Je suis très sincérement très touché par ce commentaire bien détaillé et rassasiant (je tiens à cette répétition). Je dis en toute honnêteté que je n'en espérais pas tant.

Pour répondre au fond, je dois dire que ce ne sera pas un roman mais une autobiographie. Il y aura bien quelques morceaux ressemblant à des petites nouvelles (comme "le chef de table" qui fait en réalité partie de ce récit).

C'est effectivement un exercice d'écriture dans lequel je compte suivre vos avis et déjà j'y pense fortement ! Par exemple faire varier les styles et abandonner celui pompeux en particulier. De même éviter les clichés et alléger les phrases.

Je compte surtout peindre des personnages divers pour m'exercer à cela et lancer quelques trames courtes pour faire des essais à l'intérieur.

Je voudrais aussi que l'ensemble soit cohérent pour donner envie de continuer à lire. Donc l'évolution psychologique du malade (en yoyo) y aura un rôle.

Bref je ne me sens pas encore en mesure d'écrire un roman,  mais il se peut que cela puisse finalement y évoluer , si les personnages me prennent de force vers d'autres issues. Un magma alléchant tournoie déjà dans ma tête, mais il est encore trop tôt d'en tirer l'essentiel ou les meilleurs bouts. Question de temps. Et d'exercice avant.

Pour les fautes, ça c'est de ma faute ! Je néglige le plus facile, alors que je m'attaque au plus difficile et je n'y gagne pas souvent. C'est que le français est redoutable .

Merci infiniment Humphrey! Je lirai et relirai sans me lasser, ce commentaire !
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:55    Sujet du message: Brisures adolescentes

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Créations littéraires Index du Forum -> Espace Nouvelles, Autobiographies, Textes et Récits courts -> Récits autobiographiques, souvenirs... -> Brisures adolescentes Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  
Referencement
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group -- Template created by dav.bo=> GreenStylus --

Portail | Index | forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation