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LAMY Jacques
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Inscrit le: 20 Avr 2009
Messages: 402
Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Dim 5 Juil 2009 - 11:59    Sujet du message: Vibrato... Répondre en citant

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Vibrato...



L'horloge de la Gare de l'Est indiquait 18 h15, j'allais monter dans le train Orient Express Venise lorsque je vis accourir une jeune femme qui, tout essoufflée, me dépassant, escaladait les trois marches du wagon de 1ère classe, comportant encore quelques places libres.
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J'étais arrivé en avance sur la formation en gare de ce convoi. Les locomotives à vapeur expulsaient bruyamment leurs souffles métalliques, humides et chauds. Les coups de sifflets stridents se superposaient au galimatias des haut-parleurs.
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Nous étions en 1957.
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······

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Je montai dans le wagon à mon tour et, prenant la place que j'avais préalablement réservée, j'observai discrètement la voyageuse assise à mon côté : cheveux auburn, profil fin. Son visage était très pâle. Sur ses genoux se trouvait l'étui à violon.
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Je reconnus immédiatement : Annissina VANDASKAYA, la virtuose violoniste roumaine ! Elle venait de donner un concert, la veille au soir Salle Pleyel et... j'y étais !
Je jetai un coup d'œil alentour tentant de découvrir les surveillants de la jeune femme dans leur presque "uniforme" traditionnel : imperméable couleur mastic et feutre noir. Il faut dire que les polices des pays de l'Est, en cette période de "Guerre Froide", accompagnant leurs nationaux lors de déplacements à l'étranger, ne cherchaient pas (à l'opposé de ce qui se pratiquait dans les polices occidentales) à passer inaperçues, bien au contraire. Leur tactique consistait justement à manifester leur présence, afin de dissuader leurs compatriotes de tenter le contact extérieur ou de prétendre à l'asile politique.
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······

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J'étais libraire de mon état et mélomane par plaisir. Pour tenir mon commerce j'avais formé à la vente des livres un jeune couple que je considérais comme mes successeurs. Cette organisation me permettait de fréquentes absences de ce commerce. Je "montais" souvent sur Paris et voyageais fréquemment à l'étranger, sous de multiples prétextes culturels.
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······

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Annissina VANDASKAYA ne paraissait pas avoir de garde rapprochée : la police d'état roumaine.
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Je me décidai à l'interpeller :
Mademoiselle VANDASKAYA, j'ai assisté à votre concert hier soir...
Je n'avais pas terminé ma phrase, qu'elle me fixait de ses grands yeux verts, véritablement très effrayée.
Êtes-vous de la police ? Elle maîtrisait parfaitement notre langue.
Mais non ! Absolument pas : pourquoi ?
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Brusquement, elle éclata en sanglots. Je lui chuchotai à l'oreille : Que vous arrive-t-il ? Perdue pour perdue, elle joua la carte de la confiance, et elle me conta son aventure à voix basse.
Profitant de la notoriété de cette virtuose les services secrets de son pays, voulant l'utiliser à des fins de renseignements auprès de hautes personnalités... "mélomanes", lui mirent le marché en main : elle acceptait ces missions ou bien... D'autres musiciennes de l'orchestre roumain s'y étaient déjà résignées. Ma "pleureuse" avait alors décidé de partir dès qu'une opportunité se présenterait. Elle profita de la surveillance un instant relâchée de ses "gardiens" pour s'enfuit vers la Gare de l'Est.
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Ne sachant où se rendre, elle monta dans le premier train en partance sans tenter de prendre un billet au guichet, car elle craignait d'être vite reconnue.
Je me rends à Genève : je vous emmène ! Nous régulariserons votre situation auprès du contrôleur.
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Comme le convoi démarrait, le quai fuyant en sens inverse, je vis, accourant sur le quai, deux hommes... en imperméable et chapeau noir. Ils stoppèrent devant un contrôleur qu'ils interrogèrent ; celui-ci leur répondit faisant des gestes d'impuissance.
Puis, le train prit de la vitesse.
La jeune femme, dodelinant de la tête, finit par s'endormir appuyée sur mon épaule salvatrice.
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À Genève, je lui suggérai de me prendre le bras :
Nous devons nous comporter tel un couple pendant quelques temps, lui dis-je, jusqu'à ce que je vous mette en lieu sûr.
VANDASKAYA le regarda d'un air effaré :
Vous rendez-vous bien compte de ce que vous projetez ? En parlant, elle roulait un peu plus les "r" sous le coup de l'émotion. Qui êtes-vous ? Je ne connais même pas votre prénom !
Je m'en rends parfaitement compte, nous ferons seulement illusion vis à vis de l'extérieur. Ce sera comme si vous étiez seule, je veillerai à votre tranquillité. Pour répondre à vos questions : je suis libraire et je me prénomme Emmanuel.
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Les formalités administratives genevoises se déroulèrent sans difficulté. Parvenus dans un hôtel d'aspect modeste, je laissai ma "compagne" se reposer et me rendis rapidement à notre ambassade, afin d'y effectuer les démarches indispensables à l'exfiltration de ma protégée.
À mon retour, nous nous installâmes pour la nuit : moi, dans un fauteuil inconfortable, près de l'entrée, et elle dans la grande chambre.
Le lendemain matin, lors du petit déjeuner, la jeune femme semblait rassérénée et me fis quelques confidences.
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Les deux autres jours, je quittai l'hôtel pour compléter les démarches. Je rentrai, épuisé mais heureux : j'avais pu tout organiser pour que Annissina soit dirigée vers les États-Unis, via l'Angleterre. Je le lui annonçai.
Au milieu de la nuit suivante, ma protégée vint tendrement me chercher dans cet effroyable fauteuil pour me mener dans la chambre à coucher.
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Une semaine de plus s'était écoulée, lorsque je la conduisais à l'aéroport international de Genève pour un envol vers Londres. Elle semblait ne plus vouloir partir :
Je peux trouver une place de violoniste dans un orchestre suisse, tu sais Emmanuel,
Ou :
Toi, tu peux créer une autre librairie ici en m'apprenant le métier, etc., etc.
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Après de tendres adieux, je rentrais, un peu triste sur Paris.
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······

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Le "pacha" du service déclara :
Bon travail, Emmanuel ! Nous avons tout vérifié : les révélations sont avérées...
— Oui, Monsieur, son rôle forcé était de recueillir des confidences sur l'oreiller de certains hommes politique. Sa beauté devait être le gage de son efficacité.
— Dès lors, vous êtes complètement grillé pour nos missions, mais "la" VANDASKAYA deviendra une femme américaine libre...
— Bah ! Je cède ma librairie à mes associés, et je vais me détendre en voyageant. Étant toujours espionné, je pourrais, le cas échéant, servir de leurre !

Le pacha s'esclaffa : génial ! me dit-il.
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······

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J'ai reçu, ce jour, vendredi 08 février 1958, dans un paquet en provenance de Boston, un disque microsillon gravée d'une des splendides symphonies de Gustav MAHLER, interprétée par l'orchestre de cette ville du Massachusetts.
Un court billet écrit en bon français s'y trouvait joint :
<< J'ai trouvé un poste anonyme de violoniste parmi les cordes du Boston Opera. Je t'attends Emmanuel : viens ! ...... Annissina >>
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J'ai retourné et relu cent fois cette missive :
Oui, Annissina, nous avons deux vies à construire : j'arrive !
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Jacques LAMY

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MessagePosté le: Dim 5 Juil 2009 - 11:59    Sujet du message: Publicité

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amynochka


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MessagePosté le: Lun 6 Juil 2009 - 08:25    Sujet du message: Vibrato... Répondre en citant

J'adore votre façon de faire vibrer le passé. En vous lisant, je me sens véritablement projetée dans cette époque , là, sur ce quai à regarder les passants élégamment vêtus ( chose peu commune pour moi qui n'ai jamais quitté mon pays de vivre intensemment le périple d'Emmanuel et de sa protégée ).Je ne peux commenter votre style , car vous levez la barre très haut. Aussi , je me contente de vous communiquer ce que je ressens en vous lisant.
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Abdel
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MessagePosté le: Lun 6 Juil 2009 - 23:32    Sujet du message: Vibrato... Répondre en citant

Vibrato au coeur, ou trémolo, le coup de foudre dans l'exercice de ses fonctions.

Je pense que l'homme en avance sur le quai ne pouvait pas savoir par avance que cette femme allait embarquer , ou même venir à cet endroit. Il ne pouvait donc pas être en état de "pistage", même s'il est précisé qu'il est en avance sur le départ du train.

Un concours de circonstance fortuite (d'ailleurs présenté avec force en tant que tel, sans un signe évoquant le doute) ne peut, à mon avis, être exploité comme étant "arrangé" à l'avance pour accomplir une mission  d'extrafiltrage minutée elle même à l'avance. Un élément quelconque ( absent sans doute) ne fait pas "vrai" dans l'intrigue. Par conséquent , la chute perd de sa vraisemblance .

A moins que cette femme n'ait échappé à la surveillance non pas de ses deux cerbères habituels , mais à deux "doublures" locales qui avaient doublé (semé) les premiers !

Pour cette phrase :

"VANDASKAYA le regarda d'un air effaré "

" me regarda" est plus logique, puisque le narrateur est l'homme lui même.
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LAMY Jacques
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Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Mer 8 Juil 2009 - 15:14    Sujet du message: Vibrato... Répondre en citant

En fait, Abdel, vous n'avez raison QUE parce que j'ai fait une GROSSE BÊTISE !

Avant de placer ce texte (écrit, il y a plusieurs années), ici, j'ai transformé un mode impersonnel ("il") en mode personnel ("je") où le narrateur et le héros ne font qu'un, car je ne me souvenais plus pourquoi j'avais adopter ce mode impersonnel que vient corrobore mon oubli ("VANDASKAYA le regarda d'un air effaré".) Je souhaitais, à tort, une histoire plus "intime"

Vos pertinentes remarques démontrent qu'il faut bien réfléchir avant de modifier un texte...

En effet, si le narrateur n'est pas partie prenante au récit, il ne voit le déroulement des évènements que de l'extérieur, se laissant prendre à la naïveté apparente d'un serviteur de l'état (contre-espionnage.) qui ne dévoile le processus de son action (supposée, et supposée seulement, isolée) que de façon fragmentaire, en s'arrangeant pour se trouver irrémédiablement "libéré" de sa charge (en oeuvrant un peu trop ostensiblement), sans pour autant faillir à sa mission.

Et vous avez parfaitement raison, Abdel, le mode impersonnel change effectivement l'optique du lecteur, toute la différence se trouve entre "la chose non perçue", par celui-ci, et "la chose celée" par le héros narrateur...

Je vous placerai le texte original qui rend possible (à la lecture de l'entrevue finale avec le "pacha") une action concertée non-dite dans le cadre d'une activité de contre espionnage ("Coïncidences" : assistance au concert de VANDASKAYA, les "retrouvailles" sur le quai de la gare, la "place libre" à côté de celle aléatoire réquisitionnée à l'avance par l'agent secret... Les réalités font que les groupes artistiques venus de l'Est étant particulièrement surveillés, les filatures mise sur pied permettaient le recueil de "réfugiés politiques" (avec toutes les possibilité d'intox à analyser), les communications radios suffisant à précéder la manifestation du, ou de la, "filé"(e.) par exemple chaque gare proche du "point de fuite" (Gare de l'Est, Garde du Nord) étaient surveillées par des voitures radio du Service communiquant avec les agents postés...

Mais pour que la fugue dAnnissina soit possible, il fallait qu'Emmanuel, agent-mélomane (la musique, chez moi, toujours la musique), gagnât sa confiance, jusqu'à ce qu'il se laissât amoureusement piéger à son tour ; en effet rien ne l'obligeait à se montrer au côté de la violoniste (attirant inévitablement l'attention des espions étrangers) une fois les démarches administratives effectuées (une semaine de liberté amoureuse superfétatoire dans les rues de Genève, par exemple.)
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Abdel
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Messages: 1 314

MessagePosté le: Mer 8 Juil 2009 - 23:25    Sujet du message: Vibrato... Répondre en citant

J'avais noté :

" Un élément quelconque ( absent sans doute) ne fait pas "vrai" dans l'intrigue. "

J'ai manqué de perspicacité pour comprendre le changement de narration. Je me disais bien que Lamy avait posté à la hâte un texte non revu.

Tout s'explique.

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