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LAMY Jacques
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Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Mer 8 Juil 2009 - 16:02    Sujet du message: Vibrato... Répondre en citant

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Vibrato...



L'horloge de la Gare de l'Est indiquait 18 h15, il allait monter dans le train Orient Express Venise lorsqu'il vit accourir une jeune femme qui, tout essoufflée, le dépassant, escalada les trois marches du wagon de 1ère classe, comportant encore quelques places libres.
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Il était arrivé en avance sur la formation en gare de ce convoi. Les locomotives à vapeur expulsaient bruyamment leurs souffles métalliques, humides et chauds. Les coups de sifflets stridents se superposaient au galimatias des haut-parleurs.
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Nous étions en 1957.
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······

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Il monta dans le wagon à son tour et, prenant la place qu'il avait préalablement réservée, observait discrètement la voyageuse assise à mon côté : cheveux auburn, profil fin. Son visage était très pâle. Sur ses genoux se trouvait l'étui à violon. Il reconnut immédiatement : Annissina VANDASKAYA, la virtuose violoniste roumaine ! Elle venait de donner un concert, la veille au soir Salle Pleyel et... il y était !
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Il jeta un coup d'œil alentour tentant de découvrir les surveillants de la jeune femme dans leur presque "uniforme" traditionnel : imperméable couleur mastic et feutre noir. Il faut dire que les polices des pays de l'Est, en cette période de "Guerre Froide", accompagnant leurs nationaux lors de déplacements à l'étranger, ne cherchaient pas (à l'opposé de ce qui se pratiquait dans les polices occidentales) à passer inaperçues, bien au contraire. Leur tactique consistait justement à manifester leur présence, afin de dissuader leurs compatriotes de tenter le contact extérieur ou de prétendre à l'asile politique.
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······

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Emmanuel était libraire de mon état et mélomane par plaisir. Pour tenir son commerce il avait formé à la vente des livres un jeune couple qu'il considérait comme ses successeurs. Cette organisation lui permettait de fréquentes absences de ce commerce. Il "montait" souvent sur Paris et voyageait fréquemment à l'étranger, sous de multiples prétextes culturels.
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······

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Annissina VANDASKAYA lui paraissait ne pas avoir de garde rapprochée : la police d'état roumaine.
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Il se décida à l'interpeller :
Mademoiselle VANDASKAYA, j'ai assisté à votre concert hier soir...
Il n'avait pas terminé sa phrase, qu'elle le fixait de ses grands yeux verts, véritablement très effrayée.
Êtes-vous de la police ? Elle maîtrisait parfaitement le français.
Mais non ! Absolument pas : pourquoi ?
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Brusquement, elle éclata en sanglots. Il lui chuchota à l'oreille : Que vous arrive-t-il ?
Perdue pour perdue, elle joua la carte de la confiance, et elle lui conta son aventure à voix basse. Profitant de la notoriété de cette virtuose les services secrets de son pays, voulant l'utiliser à des fins de renseignements auprès de hautes personnalités françaises... "mélomanes", lui mirent le marché en main : elle acceptait ces missions ou bien... D'autres musiciennes de l'orchestre roumain s'y étaient déjà résignées. La "pleureuse" avait alors décidé de partir dès qu'une opportunité se présenterait. Elle profita de la surveillance un instant relâchée de ses "gardiens" pour s'enfuit vers la Gare de l'Est.
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Ne sachant où se rendre, elle monta dans le premier train en partance sans tenter de prendre un billet au guichet, car elle craignait d'être vite reconnue.
Je me rends à Genève : je vous emmène ! Nous régulariserons votre situation auprès du contrôleur.
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Comme le convoi démarrait, le quai fuyant en sens inverse, Emmanuel vit, accourant sur le quai, deux hommes... en imperméable et chapeau noir. Ils stoppèrent devant un contrôleur qu'ils interrogèrent ; celui-ci leur répondit faisant des gestes d'impuissance.
Puis, le train prit de la vitesse.
La jeune femme, dodelinant de la tête, finit par s'endormir appuyée sur l'épaule salvatrice.
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À Genève, Emmanuel lui suggéra de lui prendre le bras :
Nous devons nous comporter tel un couple pendant quelques temps, lui dit-il, jusqu'à ce que je vous mette en lieu sûr.
VANDASKAYA le regarda d'un air effaré :
Vous rendez-vous bien compte de ce que vous projetez ? En parlant, elle roulait un peu plus les "r" sous le coup de l'émotion. Qui êtes-vous ? Je ne connais même pas votre prénom !
Je m'en rends parfaitement compte, nous ferons seulement illusion vis à vis de l'extérieur. Ce sera comme si vous étiez seule, je veillerai à votre tranquillité. Pour répondre à vos questions : je suis libraire et je me prénomme Emmanuel.
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Les formalités administratives genevoises se déroulèrent sans difficulté. Parvenus dans un hôtel d'aspect modeste, Emmanuel laissa sa "compagne" se reposer et se rendit rapidement à l'Ambassade de France, afin d'y effectuer les démarches indispensables à l'exfiltration de sa protégée.
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À son retour, ils s'installèrent pour la nuit : lui, dans un fauteuil inconfortable, près de l'entrée, et elle dans la grande chambre. Le lendemain matin, lors du petit déjeuner, la jeune femme semblait rassérénée et fit quelques confidences.
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Les deux autres jours, Emmanuel quitta l'hôtel pour compléter les démarches. Il rentra, épuisé mais heureux : il avait pu tout organiser pour que Annissina soit dirigée vers les États-Unis, via l'Angleterre. Il le lui annonça.
Au milieu de la nuit suivante, sa protégée vint tendrement le chercher dans son effroyable fauteuil pour le mener dans la chambre à coucher.
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Une semaine de plus s'était écoulée, lorsque Emmanuel la conduisit à l'aéroport international de Genève pour un envol vers Londres. Elle semblait ne plus vouloir partir :
Je peux trouver une place de violoniste dans un orchestre suisse, tu sais Emmanuel,
Ou :
Toi, tu peux créer une autre librairie ici en m'apprenant le métier, etc., etc.
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Après de tendres adieux, il rentrait, un peu triste, sur Paris.
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······

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Le "pacha" du service déclara :
Bon travail, Emmanuel ! Nous avons tout vérifié : les révélations sont avérées...
— Oui, Monsieur, son rôle forcé était de recueillir des confidences sur l'oreiller de certains hommes politique. Sa beauté devait être le gage de son efficacité.
— Dès lors, vous êtes complètement grillé pour nos missions, mais "la" VANDASKAYA deviendra une femme américaine libre...
— Bah ! Je cède ma librairie à mes associés, et je vais me détendre en voyageant. Étant toujours espionné, je pourrais, le cas échéant, servir de leurre !

Le pacha s'esclaffa : génial ! lui dit-il.
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······

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Il reçut, ce jour, vendredi 08 février 1958, dans un paquet en provenance de Boston, un disque microsillon gravée d'une des splendides symphonies de Gustav MAHLER, interprétée par l'orchestre de cette ville du Massachusetts. Un court billet écrit en bon français s'y trouvait joint :
J'ai trouvé un poste anonyme de violoniste parmi les cordes du Boston Opera. Je t'attends Emmanuel : viens ! Annissina
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Il retourna et relut cent fois cette missive :
Oui, Annissina, nous avons deux vies à construire : j'arrive !
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Jacques LAMY


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MessagePosté le: Mer 8 Juil 2009 - 16:02    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Jeu 9 Juil 2009 - 00:30    Sujet du message: Vibrato... Répondre en citant

Tout s'explique ? pas tout à fait après cette relecture.

Jacques, il y a bien quelque chose qui empêche de faire accepter ce traquenard comme vraissemblable, surtout que le début est tellement réaliste et "normal" que rien ne permet de le saissir comme "préfabriqué" exprès pour tendre un piège.

Ce n'est qu'un humble  avis de lecture.
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LAMY Jacques
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Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Jeu 9 Juil 2009 - 09:51    Sujet du message: Vibrato... Répondre en citant

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L'horloge de la Gare de l'Est indiquait 18 h15.
Il venait de recevoir un appel radio sibyllin de son "oncle" : "La toile est en place : la mouche arrive !"
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Alors qu'il allaitlait monter dans le train Orient Express Venise, il vit accourir une jeune femme qui, tout essoufflée, le dépassant, escalada les trois marches du wagon de 1ère classe, comportant encore quelques places libres.
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Il était arrivé en avance sur la formation en gare de ce convoi suivant les instructions de son parent...
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Les locomotives à vapeur expulsaient bruyamment leurs souffles métalliques, humides et chauds. Les coups de sifflets stridents se superposaient au galimatias des haut-parleurs.
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Nous étions en 1957.
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ET TOC !
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:37    Sujet du message: Vibrato...

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