http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: LE LAMIER BLEU
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LE LAMIER BLEU

 
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LAMY Jacques
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Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Mer 22 Juil 2009 - 19:29    Sujet du message: LE LAMIER BLEU Répondre en citant

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LE LAMIER BLEU...
"


Le château-fort se dressait terne, à contre-jour, dans l'aube naissante d'or, de pourpre et de mauve. Cette place forte était en sentinelle au cœur de la province.
Le deux centième jour de siège commençait.
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La citadelle était défendue ardemment par des hommes de guerre et un grand combattant "tant fidèle à son prince".
Les tentes bigarrées essaimaient dans la plaine. L'oriflamme claquait, tel un coup d'arquebuse, sous le vent froid du nord qui annonçait l'hiver. Dans la clarté du jour les feux s'amenuisaient sous les bras tendus d'hommes d'arme transis.
Des chiens errants fouinaient dans les plats délaissés à terre dans le camp, sous les regards envieux des hommes aux créneaux, sentinelles hagardes.
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Mais la citadelle ne résisterait guère à cet encerclement de l'armée ennemie. Les cris de "SAINT-DENIS !" résonnaient bien moins fort que les fiers "SAINT-JACQUES !" des chevaliers "anglois".
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Les assiégés possédaient armes et vaillance, les secours, espérés pour le mois à venir, arriveraient trop tard : la famine gagnait. On avait rationné, puis ont avait ... tenu : on ne peut partager ce qui n'existe plus. Les assiégés avaient tenté quelques "sorties". L'anglais bien informé s'y opposait toujours, à croire qu'il avait des espions dans la place. Seule une poterne cachée dans les broussailles demeurait inconnue aux troupes assiégeantes qui ne pouvaient approcher des hautes murailles sans être lapidées, percées de mille flèches.
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Le Chevalier GUILBERT vivait en citadelle avec ses deux enfants, HUBERT et MARGUERITE (la fille était l'aînée), et sa femme ISABELLE. GUILBERT "le cuirassé", un colosse au yeux bleus dont le cœur était d'or et la poigne de fer, était prêt au trépas avec quelques fidèles. HUBERT avait huit ans, chétif et intrépide il s'échappait toujours recherché par sa mère. Sa sœur MARGUERITE, la blonde damoiselle, en guise de repas chantait jouant du luth...
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•••••••

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Dans sa tente de toile au fanion ducal, allongé sur des peaux en proie aux fièvres quartes, le jeune prince anglais se trouvait mal en point.

•••••••

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HUBERT profitant des préparatifs de guerre et de l'assoupissement de sa grande sœur sortit sans bruit de la pièce. La nuit tombait et HUBERT partit en quête de nourriture, se glissant dans le camp anglais par la poterne. Trop petit pour intéresser les sentinelles, il dirigeait ses pas vers la plus belle tente.
« "Ils" doivent certainement y faire ripaille » se dit le petit affamé en rampant sur les derniers deux cents pieds derrière la tente ; mais, de là, aucun bruit ne traversait l'étoffe presque aussi lourde qu'une armure de guerre. HUBERT se glissait sous la toile et inspectait les lieux.
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À l'intérieur, couverte de riches brocarts, une table portait un plantureux repas : des viandes rôties, des fruits et des galettes...
Les flammes vacillantes de lourds chandeliers éclairaient, étendu à terre, un grand jeune homme à demi sommeillant et qui geignait parfois.
« Mais comment rapporter tout ça à MARGUERITE » se dit HUBERT contemplant ce festin.
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« A boire... » réitéra la voix venant de terre. HUBERT avisa un gobelet et la cruche. Soulevant la tête du malheureux jeune homme, il tenta de le faire boire lentement, comme le faisait Dame ISABELLE, sa mère : « Là, doucement voyons ! » gronda le garçonnet.
À cette époque là, le français et l'anglais étaient des langues proches, depuis "le Conquérant".
Aux mots d'accent français le Prince ouvrit les yeux.
Des français sous ma tente, je suis bien perdu... songea-t-il, et je ne peux plus lever l'épée ! .
Alors il vit le garçonnet qui l'abreuvait ne ressemblant en rien à un spadassin.
Pourquoi es-tu sous ma tente ?, dit le Prince.
Pour trouver à manger par ce que j'ai très faim !
— Merci de me donner à boire. D'où viens-tu ?
— De là-bas !
HUBERT tendit le bras dans la tente.
Du château assiégé, comment est-ce possible ? Mais au fait mon garçon, sais-tu bien qui je suis ?
— Oui, un anglais malade et qui n'a pas envie de ces bonnes choses
, soupira fort HUBERT.
En dépit de son état, le Prince riait.
Allez, mange mon garçon si le cœur t'en dit.
— Merci, mais c'est bien dommage pour MARGUERITE !
— Mais qui est MARGUERITE ?
— C'est la Reine des Fleurs qui connaît tous les charmes que lui a enseigné ÉDITH, la bonne fée. C'est ma sœur qui me donne sa part quand j'ai trop faim, et elle oublie de manger en jouant du luth...

.
Le Prince était curieux des réponses du garçon :
.
Dis-moi, si je te disais que je suis le Chef des Anglais, me donnerais-tu encore à boire ?
— Oui, les anglais bien portants seuls sont dangereux.
— Alors, donne-moi à boire, petit raisonneur. La nuit je reste seul, mange et retourne t'en.
Le Prince appréciait l'étrangeté du moment. HUBERT appréciait le repas de l'anglais :.
— Avez vous un bon apothicaire au château ?
— Nous n'en avons pas besoin avec MARGUERITE,
répondit HUBERT mordant une galette.
Elle a donc toutes les qualités MARGUERITE... Tu me disais que ta sœur connaissait les charmes, est-ce vrai ? Et pourrait-elle enfin me guérir ?
— Oh, c'est facile, mais il faudrait qu'elle mange pour avoir la force de venir jusqu'ici en échappant à la surveillance des gardes,
insinua l'enfant en croquant une pomme.
Mais, tu l'as bien fait toi ?
— Oh, moi je suis un homme !
s'exclama fièrement HUBERT levant la tête.
Le Prince serra le garçonnet contre lui.
Les yeux dans le vague il murmurait pour lui seul : Ce qu'ils doivent avoir faim en ce maudit château ! Quand finira donc cet horrible cauchemar ?!
L'anglais haussa le ton :
Je suis le Prince ALBERT et voici mon idée.
Et le Prince expliquait à HUBERT qu'il devait prendre la besace frappée d'armes ducales (sauf-conduit pour le camp quel qu'en soit le porteur), la remplir de victuailles pour MARGUERITE et s'en retourner bien vite chez les "françois" :
Persuade MARGUERITE de revenir avec toi pour sauver le Prince anglais malade. ALBERT d'Angleterre sera reconnaissant. La nuit survient à peine et nous avons le temps.
•••••••

HUBERT trouva MARGUERITE qui le cherchait partout, inquiète de sa disparition. Il ne lui laissa pas le temps de le gronder en lui relatant l'essentiel de l'escapade. MARGUERITE affaiblie s'alimentait un peu, puis s'en alla réconforter Dame ISABELLE, en contant sans détour l'aventure d'HUBERT.
Devons-nous en parler au Chevalier GUILBERT ? lui demanda anxieusement MARGUERITE.
Un tel cas de conscience pour mon époux n'est pas souhaitable, répondit ISABELLE, car l'avenir ici vraiment le désespère, le préoccupe tant qu'il en oublie de vivre.
C'est à nous, faibles femmes, de l'en protéger. Si tu peux épargner les affres de la fièvre au jeune Prince anglais, va le soigner, ma fille, il ordonne encore mais ne commande plus.
.
MARGUERITE réfléchissait dans la bergère d'ISABELLE, sa mère, en se serrant contre elle.
J'irai trois nuits de suite et quand je reviendrai les deux premières nuits, ouvrez le "pont levois", mais la dernière fois ce sera la poterne : les hommes seront aux créneaux pour empêcher "l'anglois" de me poursuivre , susurra MARGUERITE avec un air énigmatique qui inquiétait ISABELLE...
•••••••

MARGUERITE suivait péniblement HUBERT qui portait la besace qu'elle avait remplie d'herbes.
La nuit était bien froide et le ciel étoilé.
•••••••

Au contact d'une main fraîche sur son front chaud, ALBERT d'Angleterre ouvrit les yeux, ébloui : un ange blond et pale se tenait devant lui.
« Serais-je déjà au Paradis ? », pensa-t-il, puis il aperçu HUBERT qui lui souriait.
MARGUERITE ?
— Pour vous guérir, bien sûr, Messire.
— Merci d'avoir suivi ce garçon. Quelle sera la compensation de vos soins ?
« Quelle jolie fille, mais si frêle, pauvre enfant », songea-il
En chrétienne, je soigne sans contrepartie. Mais si vous vous décidiez à lever le siège...
— Cela est impossible et laissez-moi mourir !
— Qui parle de mourir ici ? Vous guérirez ! Est-ce qu'un Prince anglais sait entendre raison ?

.
MARGUERITE, ses beaux yeux noisette amandins fixant le regard de porcelaine du Prince (« Quelle expression de douce fée ! », lui expliqua qu'elle le guérirait à l'aide d'une décoction d'ortie et lamier bleu qu'il devrait absorber durant trois nuits de suite :
Le lamier bleu est une ortie aux vertus rares, peu répandue mais que l'on trouve par chez nous. Pour soigner les gens du château, j'en fais cueillette.
La jeune fille précisa encore au malade qu'elle le veillerait chaque nuit jusqu'à l'aube, mais que son rôle ne devrait plus être un secret, au Prince de garantir sa sécurité.
Je partirai au petit jour sur mon balai et HUBERT me suivra, en croassant bien sûr !
Le Prince sursauta, visiblement inquiet. La jolie MARGUERITE effaça toute crainte d'un rire cristallin, cascadant et espiègle. L'anglais en rougiit, puis rit à son tour.
MARGUERITE posa une condition : elle devait pouvoir choisir chaque matin dans le camp un animal avec ou sans faix, et cela sans qu'il y ait d'opposition : son dû au titre de la "compensation".
Donnez votre parole, s'il vous plaît Messire...
Le Prince la toisa.
Ma parole ? A vous donzelle ?
Sous l'affront, MARGUERITE épandit quelques larmes :
Je suis la fille du preux Chevalier GUILBERT...
L'anglais, gêné, se confondit en excuse. Il se serait battu et paraissait sincère.
Le Chevalier connaissait-il votre démarche ?
MARGUERITE, vexée, répondit sèchement :
Que non, car si les hommes tuent sans y penser, les femmes, elles, ne font que penser à panser.
ALBERT abasourdi, lui donnait sa parole, en lui prenant la main. Marguerite souriait.
A moi de commander, restaurez vous d'abord, ordonna le Prince en montrant la table garnie où HUBERT, en silence, goûtait déjà à tous les plats.
•••••••

La décoction d'ortie et de lamier bleu soulagea le Prince dès qu'il l'eut absorbée.
Présentant MARGUERITE au Sénéchal du camp, en qualité d'apothicaire du château-fort, il évoqua la compensation des soins.
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La première nuit, MARGUERITE choisit un âne attelé chargé de poissons séchés et rentrait en triomphatrice au château fort. Le Chevalier GUILBERT, informé par sa femme, approuva le stratagème qui les sauvait momentanément ... et oublia l'escapade.
Au camp, le vieux Sénéchal haussa les épaules.
Bah ! Ils tiendront huit jours de plus, pensa ALBERT.
•••••••

La seconde nuit, Prince ALBERT commença à s'alimenter, rassurant son entourage. Mais la jeune fille porta son dévolu sur une charrette à cheval emplie de fruits et reçut bien bel accueil des assiégés.
Ils gagnent quelques jours encore, c'est fort peu, se disait ALBERT d'Angleterre, ragaillardi..
•••••••

À la dernière aube, le Prince se leva et raccompagna celle qui l'avait sauvé.
MARGUERITE avait choisi le plus beau bélier.
Bah ! Si peu de viande ne pourra rien changer, radotait pour lui-même le vieux Sénéchal.
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Chancelant mais guéri, ALBERT, devant la tente, fit ses adieux aux deux enfants "ennemis", assis à califourchon sur le gros bélier, MARGUERITE maintenant de son mieux HUBERT. Et ce faisant, MARGUERITE découvrit ses bien fines chevilles.
Je n'ai plus de balai, Messire, dit-elle espiègle. Adieu ... ALBERT, ajouta-elle tristement.
Le Prince, ému, de la main souffla un baiser, à l'ébahissement du Sénéchal ... "shocking !"
Comme à regret, la jeune fille fouailla sa monture qui partit au galop, bêlant. Le troupeau de moutons s'élança à la suite, à fond de train en direction du château !
Prince ALBERT d'Angleterre semblait pétrifié. Les grands archers anglais déjà tendaient leurs cordes quand le Sénéchal les arrêta net d'un geste...
Prince ALBERT d'Angleterre n'a qu'une parole !
La cavalcade s'engouffrait par la poterne...
Le Prince entrait lentement dans sa tente et, une fois seul, éclata d'un rire bruyant inextinguible.
Elle est aussi maligne qu'elle est douce et jolie, se surprit à dire le Prince à haute voix. Il s'allongea alors, triste et méditatif...
•••••••

MARGUERITE sauvait les siens de la famine, ôtant à l'ennemi sa propre nourriture.
Le château-fort fêta sa victoire soudaine. Le Chevalier GUILBERT rayonnait d'espérance, maintenant les secours arriveraient à temps. Mais HUBERT soutenait que c'était "son idée !" !
MARGUERITE ... pleurait dans les bras d'ISABELLE qui lui dit, en caressant ses cheveux blonds :
Tu as fait ce que tu devais faire, ma fille, tu as évité une effusion de sang et la perte des tiens, tu as sauvé un Prince. Crois moi, tout ce bien te sera un jour rendu...
•••••••

Un matin les trompes des tours retentirent : le camp anglais avait été levé dans la nuit.
.
•••••••

.
Le Temps s'écoulait lentement : la guerre était finie.
Fredonnant la chanson qu'elle venait de composer, MARGUERITE en douceur s'accompagnait d'un luth languissant :
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Tombe la doulce et fraîche pluie,
L'onde murmure sa chanson,
Le ciel se masque et je m'ennuie
Par la faute de l'échanson :
.
Perles célestes, diamant,
Bel orient en main divine.
Mon cœur déçu frémit, aimant :
Votre belle âme le devine ?
.
Mais j'aimais tant ce pur instant...
S'éveille l'oiseau gris de suie,
Moi, je rêve au ciel attristant :
Tombe la doulce et fraîche pluie...

.
Messager pour vous, Damoiselle MARGUERITE, annonça un garde
Qu'il entre, dit-elle, bien étonnée de recevoir une visite.
Un pèlerin encapuchonné, tout courbé, tenant ferme un coffret d'argent entre les main, salua, se jetant aux pieds de MARGUERITE, et, de façon à peine audible déclara :
Je souhaite être guéri par la Reine des Fleurs, en lui tendant le petit coffret ouvragé.
MARGUERITE l'ouvrit, révèlant un bijou : une feuille d'or fin incrustée de saphirs représentant un magnifique ... "lamier bleu".
ALBERT d'Angleterre ! s'écria MARGUERITE.
Le vieux pèlerin se redressa, rejeta la capuche, redevenant le Prince ALBERT :
Je voulais retrouver celle qui m'a guéri de mon mal éprouvant, mais aussi ... de la guerre.
— On boute les anglais, ils reviennent toujours, dis bien souvent mon Père, le Chevalier GUILBERT
, taquinait MARGUERITE.
Et vous le déplorez ?
— Oh, je l'espérais tant que je n'en doutais plus
, murmura au Prince la fille au lamier bleu, rapprochant son joli minois du bel anglais...
.
Ils se marièrent, furent heureux et eurent beaucoup d'enfants,… bien sûr…

.
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Jacques LAMY
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MessagePosté le: Mer 22 Juil 2009 - 19:29    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Ven 24 Juil 2009 - 17:10    Sujet du message: LE LAMIER BLEU Répondre en citant

Un très beau récit, à contre courant des récits guerriers.
La gente féminine  et "enfantine" détenant les rôles principaux au détriment (?) des preux chevaliers. L'action brusque, masculine et guerrière cédant à la douceur des scènes et des propos.

Le récit, épousant le décor initial, vire et bifurque vers un récit inattendu, captivant à tout point de vue.

Je le "prends" volontiers beaucoup plus  comme récit pour adulte qu'un conte pour enfant , le merveilleux étant rare dans le texte (la fée, le bâton et le corbeau).
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 18:33    Sujet du message: LE LAMIER BLEU

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