http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: Les sillons du cœur...
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Les sillons du cœur...

 
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LAMY Jacques
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Messages: 402
Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Jeu 13 Aoû 2009 - 12:04    Sujet du message: Les sillons du cœur... Répondre en citant

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Les sillons du cœur...

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Henri Serrigny et un ami, confortablement installés à la terrasse d'un bar parisien, conversaient :
La lettre de ton père, Philippe Serrigny, me paraît t’avoir dangereusement troublé.
Il est au plus mal, répondit Henri, et souhaite me voir rapidement. Dès demain, je me rends au domaine...
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Puis il expliqua qu'en effet son père l’appelait à son chevet pour déterminer les bases de gestion patrimoniale.
Durant toute la dernière guerre, le capitaine Serrigny avait eu pour sous-officier de char, Anselme Ducrot, ami de toujours. La paix venue il se retira au domaine familial dont il était l'unique héritier. Il emmena Anselme, natif de la contrée, qui devint son fermier tout en demeurant son confident et son presque frère.
Mais maintenant Philippe Serrigny est septuagénaire et Anselme n’a que dix ans de moins que lui. L'un et l'autre sont veufs, le père d'Henri de plus longue date. Il vient d’avoir une soudaine attaque. L’organisation du domaine doit être revue sous l'autorité de son fils.
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Henri Serrigny, brillant avocat, s'est intégré dans une usine à plaider de réputation internationale. Il apprécie la trépidante vie parisienne, ainsi que le dynamisme de sa profession.
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······

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Valise en main, élégamment vêtu, Henri sortant de la gare se dirige vers Anselme qui patiente auprès d’une vieille Jeep. Le fermier, cheveux blancs, ne fait pas son .
······

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"À mon fil bien-aimé quand je ne serai plus."
Assis près de la cheminée, Henri lit et relit l’inscription sur l’enveloppe qu’il malmène sans se décider à l’ouvrir. Enfin, il prend connaissance de ce message.
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«
Mon cher Henri,

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Je te dois, mon enfant, l’entière vérité. Tu sais que je t’ai toujours aimé comme un fils, mais tu n’es pas le mien, tu es celui d’Anselme. En fait, tu es le nôtre : le sien par le sang et le mien par le nom.
Anselme et moi sommes pays et frères d’armes. Tradition de mon nom, noblesse de son cœur : quel héritage as-tu reçu, mon cher enfant !
À la fin de la guerre je quittai l’armée, dans le but avoué de fonder un foyer.
Je me mariai. J’étais heureux en ménage, bien que nous ne puissions avoir d’enfant. Mais tu connais bien sûr ces choses mieux que moi : tu sais qu’à l’époque c’était insurmontable. Clotilde et moi nous aimions sincèrement. Mon épouse décéda prématurément. Ce fut pour moi une cruelle et triste épreuve. Je décidai de ne jamais me remarier.
Anselme était resté célibataire. Plus jeune que moi, il courrait "le guilledou", puis se calmait, car "il fréquentait." La jeune fille était inconnue au pays. Cela durait depuis deux ans, quand un beau jour il me dit : "Mon Capitaine, je me marie, il faudra augmenter ma solde." Anselme avait gardé son parler militaire. Nous n’avions rien à nous refuser l’un à l’autre : son aimée attendait un enfant pour l’automne.
C'est à ce moment là que je perdis Clotilde. Moi, vieillissant, je restais un veuf sans enfant.
Alors, je soumettais mon idée à Anselme : je reconnaîtrais l'enfant; la mère étant supposée s’en être désintéressée. Anselme convolait et amenait l’épouse au domaine pour élever "le garçon sans mère." Seulement, cet enfant devrait porter mon nom : le fils d’Anselme serait un "Serrigny" dont il hériterait de toute la fortune.
Je m’engageai à te dire la vérité, mais Anselme, craignant de te faire du tort, s’y refusa. Maintenant, je puis passer outre... Henri Serrigny, fais ce que tu crois bon, raisonne par le cœur.
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À Dieu, mon Cher Fils,
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Philippe Serrigny »

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Le jeune homme, affalé sur son siège, la lettre à bout de bras, songe au lendemain, aux bouleversements apportés à sa vie, à l’immense peine que doit ressentir Anselme...
.
······

.
L’aube point.
Au ciel des écharpes sanglantes traînent, se nuent en voiles d’or orangé. L’air est chargé des fragrances des herbages, d’odeur de glèbe humide et de senteurs sauvages. La naissance du jour génère, violents, les piaillements de multiples oiseaux, escadrilles plongeant sur les champs moissonnés.
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Anselme erre en peine, au milieu des pâtures.
Il voit venir la silhouette claire d’un homme qui marche dans sa direction. Le sous-officier paysan, les épaules affaissées, se dirige vers "sa" maison fermière, la sienne encore pour quelques jours...
Il entend courir et lentement se retourne. Arrive droit sur lui, vêtu en "péquenot", un homme semblant être Henri Serrigny.
Anselme reste silencieux, ému de sa présence.
Le jeune homme couvert d’un vieux chandail s’arrête à deux pas du fermier en sanglotant debout.
Alors il clame au champ, au bois, au ru, à la terre ancestrale son cri d’enfant perdu :
Père, je reviens chez nous !


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Jacques LAMY


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MessagePosté le: Jeu 13 Aoû 2009 - 12:04    Sujet du message: Publicité

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amynochka


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Inscrit le: 22 Avr 2009
Messages: 373
Sagittaire (22nov-21déc)

MessagePosté le: Jeu 13 Aoû 2009 - 20:44    Sujet du message: Les sillons du cœur... Répondre en citant

Pour je ne sais quelle raison, les lettres ont toujours eu le pouvoir de me fasciner. Elles renferment en elles des secrets, et des étapes de vies, des aveux , beaucoup de sentiments et des états d'âme...une troublante lecture.
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Abdel
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Inscrit le: 08 Aoû 2008
Messages: 1 314

MessagePosté le: Jeu 13 Aoû 2009 - 21:41    Sujet du message: Les sillons du cœur... Répondre en citant

Les sillons me renvoient aussi aux sillons des labours et le coeur à l'affection de la terre que l'on a au coeur. C'est l'une des constantes de Lamy : le décor de la campagne, loin du tintamarre citadin, offre un cadre dégagé et reposant au récit.

J'aime beaucoup.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:55    Sujet du message: Les sillons du cœur...

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