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L'Izli

 
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master
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Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Jeu 20 Aoû 2009 - 16:09    Sujet du message: L'Izli Répondre en citant

ll y a quelques mois qu’il m’avait interpellé d’une voix très douce pour me dire : Hé master retourne toi, prends moi entre tes mains et laisse ton âme voyager dans un monde où l’amour était un tabou mais clamé par la finesse de la langue et la magie des verbes et des mots.
Je me retourne, je l’aperçois, j’incline légèrement la tête, je le contemple, je commence à aimer ces traits, je le prends délicatement entre mes mains et je commence à le scruter soigneusement pour déceler par quels chemins va-t-il m’y conduire vers ce monde merveilleux et magique dont il en a parlé….

Hé Master, Allez, assez divagué, réveille toi de tes délires et repose pieds sur terre. 

Ok ! Ok ! Ok ! Je laisse tomber et je commence sur le champ, pour vous livrer, ce soir mes amis, ma découverte faites ces jours-ci, il s’agit d’un livre, dont je n’ai jamais pris connaissance avant, je l’ai retrouvé par hasard dans une librairie, à vrai dire, c’était un autre que je voulais acheter, mais finalement le destin en a décidé autrement, c’est lui que j’ai préféré, j’ai accepté sa demande, j’ai répondu par un oui inconditionné et je l’ai pris comme compagnon de mes nuits, ces derniers temps. 

Ce livre nous révèle, d’une manière sublime, la place que tenait l’amour dans la société kabyle avec une retouche artistique, de l’image tronquée que l’on faisait de la poésie kabyle traditionnelle.
Le livre s’intitule : l'Izli ou l'amour chanté en kabyle, de Tassadit yacine, ce livre m’a séduit, et je n’ai pu m’en empêcher de vous faire part de mes quelques humbles notes de lecture et de les insérer dans la même visée de l’auteur pour ressusciter et sauver le patrimoine culturel des berbères de l’oubli éternel : « Un peuple qui ne connaît pas son histoire et sa culture, est en quelque sorte un peuple handicapé et qui vit dans une amnésie totale ». 

"Eros nu, ou passion sublimée, les izlan (pluriel de Izli)« chantent » sur tous les tons, ils disent tout le non-dit et les ienterdits que le discours légitime élude, que le nif, au titre du code souvent rigoureux de l’honneur (la kabylité), l’ignore ou bien souvent le réprime dans la tragédie." 

L’izli est un style de poésie, spécifiquement de courte dimension, à sujet exclusivement sentimental ou érotique qui le maintient, d’ailleurs, dans une certaine discrétion et marginalité. C’est sans doute, la raison pour laquelle, les poèmes issus de ce genre poétique restent anonymes, et pourtant, l’universalité des sentiments qu’il évoque fait que tout un chacun de nous peut s’y reconnaitre et s’y intéresser aussi.

Dans ces poèmes, on décèle la ruse des auteurs qui ont manié les verbes et les mots d’une manière habile et magique, pour décrire et transmettre leurs messages d’amour, de désir et de la souffrance, où comme dirait Baudelaire ils ont usés de la sorcellerie évocatoire pour suggérer l’impatiente vielle du désir à celui ou celle, que le poème est destiné.

Il arrive que l’izli épouse la forme de joutes oratoires qui opposent généralement une femme à un berger. Ce dernier est réputé pour être un connaisseur des secrets féminins. Les joutes ont lieu généralement à la fontaine (puiser l’eau) ou la rivière (laver le linge). 

Les poèmes sont représentés sous les deux langues en amazigh et en langue de Voltaire, et je trouve la traduction si simple mais très ingénieuse malgré que dans certains cas, on ressent la difficulté pour transmettre au lecteur l’harmonie et la mélodie des sonorités des verbes et des mots. Par cette traduction Tassadit Yacine, nous invite à dépasser la lecture intentionnelle des métaphores, pour s’accrocher aux seules beautés marquées du signe visible et transmis du sentiment universel qu’est l’amour. 

Et pour finir  je vous poste avec ces notes de lecture un des Izlan que j'ai pris le soin de vous choisir de ce livre , il s'agit du Poète Si Mohand Ou Mhend, surnommé l’insoumis, un poète qui avait une frénésie pour les femmes et les a vantées dans ces poèmes et asefru pour l’éternité.

Les poèmes de Si Mohand Ou Mhend ont été frappés d’anathème, car, comme tout véritable artiste, il assume sa création dans une liberté totale, loin de tout conformisme, bannissant interdits et tabous et dans notre société traditionnelle, oser parler des femmes, d’amour , de désir constitue une transgression grave au code du groupe sociétal.

Le poème choisit s'intitule : Les puiseuses d’eau

Le poète Si Mohand, se rendant un jour en pèlerinage au mausolée de Sidi Mansour, passe près d’une fontaine, où puisent des jeunes femmes. Comme il a grand soif, il demande à boire :
Si Mohand : 
  Bonjour, filles
  Aux seins parfumés de girofle
  Et de parfums des Indes

  L’eau que vous êtes venues chercher s’est évanouie
  Bue par les poissons 
  Qui traversent la mer en force


  Je fais serment ferme 
  Que vous ne puiserez l’eau
  Que quand vous m’aurez dit : Viens !


L’une des jeunes femmes s’adresse à sa campagne et lui dit : 
  Donne au benêt
  A boire dans un méchant pot


A quoi le poète répond : 
  Benêt je ne suis
  Ni ne boirai dans un méchant pot
  Je suis un serpent fureteur
  Qui va dessous terre
  Chercher l’eau
  Que boira le perdreau et la perdrix aussi


L’une des jeunes filles répond : 
  Je me ferai arbre
  A quiconque inaccessible


Si Mohand : 
  Je me ferai faucon
  Et nicherai sur ton sein


La jeune fille : 
  Je me ferai frêne
  Aux vingt branches


Si Mohand : 
  Je me ferai hachette
  Comme nul forgeron n’en a jamais fait
  Puis un jour je te débiterai
  Pour que chacun ait de ton bois à satiété


La jeune fille : 
  Je me ferai forêt
  Que nulle charrue n’a jamais remuée


Si Mohand :
  Je me ferai rivière
  Qui te rongerait de partout


La jeune fille :
  Je me ferai désert
  Dont nul œil n’atteint les bornes


Si Mohand :
  Je me ferai vent 
  Et mon souffle te bouleverserait


La jeune fille :
  Je me ferai jument
  A l’herbage parmi les près


Si Mohand :
  Je me ferai cavalier 
  Et grimperai sur ta coupe


La jeune fille :
  Je me ferai perdrix 
  Qui va picorant sur le talus


Si Mohand : 
  Je me ferai chasseur
  Je te couperai les ailes
  Je t’égorgerai avec un couteau
  Et te donnerai à manger aux miens


Puisque la mort s’interposa ente eux la jeune fille dit :
  Mes yeux sont lampes
  Mes seins pommes
  Ma poitrine dalle de pierre grise
  Mes cuisses battants de porte
  Et mon ventre serrure


Si Mohand :
  je me ferai vent
  Pour éteindre ta lampe
  Je suis malade
  Comme remède je veux tes pommes
  Je me ferai marteau
  Pour briser ta dalle
  Bélier
  Pour de mes cornes faire voler tes battants de porte
  Et j’ai une clef
  Pour ouvrir ta serrure


Puis le poète dit : Comment s’appelle cette fontaine ?
La jeune fille :Tamazirt
Si Mohand : et toi ?
La jeune fille :Aldjia

Si Mohand :
  De tamazirt célèbre est le nom
  Et terribles les beautés
  Frère mieux vaut pour toi fuir

  J’y suis passé au dhor
  Pour conclure l’affaire
  Et en ai ramené mon cœur tout frissonnant

  De grâce Sidi Mansour
  C’est Aldjia que je vais visiter cette fois
  Quant à toi advienne que pourra.





Source :
  - L'izli ou l'amour chanté en kabyle de Tassadit Yacine
  - Éditions Alpha
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MessagePosté le: Jeu 20 Aoû 2009 - 16:09    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Ven 21 Aoû 2009 - 15:48    Sujet du message: L'Izli Répondre en citant

L'izli n'est pas du tout uniquement à caractère érotique et sentimental. Au contraire , c'est une poésie chantée exprimant tous les sujets de la vie quotidienne  du groupe.

Au Maroc, le pays majoritaire en terme de population bérbère ( plus ou moins 50  % de la population totale) , les danses Ahidous et Ahouach sont accompagnées d'izlans à thème les plus divers. La tendance qui l'emporte est la satire.

Réduire l'izli à de simples évocations érotiques c'est porter préjudice au caractère noble de cette poésie séculaire et riche du patrimoine oral amazigh, qui reste encore à découvrir et à sauvegarder.
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MessagePosté le: Ven 21 Aoû 2009 - 18:45    Sujet du message: L'Izli Répondre en citant

Vous avez peut être raison mon cher abdel, mais durant ma lecture, j’ai effectué des petites recherches en parallèle pour essayer de déceler la vraie origine de cette poésie, mais j’avoue qu’il m’était impossible de trancher entre les différentes définitions énoncées par d’imminents chercheurs que je n’oserai contredire pour en choisir celle-ci ou l’autre, mais néanmoins je les considère complémentaire plutôt que contradictoire et je leur fais confiance qu’ils y arriveront à mettre en lumière cette poésie immémorial.
 Et pour que je reste fidèle à ma lecture et à l’idée transmise par l’écrivaine, j’ai préféré alors vous faire reporter la définition exacte que cette dernière a inscrite dans son livre.
Voici le texte intégral, reprenant la définition de l’Izli tel qu’inscrit à la page 17 du livre en question : 

« Contrairement à l’asefru, qui peut désigner les genres les plus divers à la fois dans l’inspiration et dans la forme, l’izli est spécifiquement un poème de courte dimension, à sujet exclusivement sentimental ou érotique. Il n’a pas tout à fait l’exigüité du pantoum ou du hai-ku, ou plus particulièrement de l’izli du Moyen atlas, mais c’est à ces genres ou bien au zadjal andalou, qu’il semble s’apparenter le plus, à la fois par les thèmes et la forme ramassée ».

En complément je vous donne aussi deux défintions du genre de la poésie kabyle :

Tiqsidin : qui est une poésie d’auteur, des poètes connus qui jouissent d’une grande notoriété mais aussi d’un grand prestige en évoquant un discours noble et légitime de la société : Dieu et ses prophètes, religion et héros, destin, les grands sentiments, les luttes de la cité, …etc.

Asefru : poème d’une manière générale, composition poétique de la littérature berbère de Kabylie, une mesure relativement nouvelle, née probablement autour du dix huitième siècles, et le poète dont le nom est indissociable de ce type de poésie est Si Mohand ou-Mhand (1848-1905).

De cela j’en déduis, et ce n’est que mon humble avis, que l’izli évoqué dans le livre de Tassadit Yacine est un genre de poésie populaire spécifique à la kabylie des monts du Djurdjura.

Merci pour votre lecture mon cher ami abdel.
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MessagePosté le: Ven 21 Aoû 2009 - 20:35    Sujet du message: L'Izli Répondre en citant

Je ne suis pas bérbère et ce n'est pas avec vous que je ne suis pas d'accord, mais avec l'auteur lui-même qui donne une fausse définition de l'izli.

La sphère culturelle berbère est indivisible: on ne peut donner une définition aussi absurde de l'izli sans mettre en colère le reste des amazighs des autres pays d'afrique du nord.

Quelques poèmes érotiques osées par quelques auteurs, ne font pas tout l'izli. Mais le ternissent tout simplement.

Pour vous convaincre  de l'approche un peu freudienne de votre auteure citée voici un texte à méditer sur sa façon de concevoir le sujet : On n'est plus dans la littérature orale bérbère mais dans l'anthropologie pure ! :


**
Tassadit Yacine-Titouh, Si tu m’aimes, guéris-moi !
Natacha Giafferi-Dombre
p. 232-233
Référence(s) :
Tassadit Yacine-Titouh, Si tu m’aimes, guéris-moi ! Études d’ethnologie des affects en Kabylie, Préface de Françoise Héritier, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l’homme, 2006, 175 p., bibl., index, fig.
Texte | Citation | Auteur
Texte intégral
Signaler ce documenthttp://lhomme.revues.org/index21294.htmlhttp://lhomme.revues.org/index21294.htmlhttp://lhomme.revues.org/index21294.htmlhttp://lhomme.revues.org/index21294.html
1Tassadit Yacine est l’auteure de très nombreuses études, dont plusieurs livres, sur le monde kabyle et plus généralement berbère. Elle est aussi la cofondatrice, avec Mouloud Mammeri, de la revue berbériste Awal, dont elle est l’actuelle directrice. Le présent ouvrage s’inscrit, ainsi que l’annonce Françoise Héritier dans sa préface, dans une « anthropologie de la domination » chère à l’auteure. Ici, une fois encore, « c’est le jeu privé, intime, qui est la pierre de touche du statut social et du jeu public » (p. xiii), et cette perspective ne laisse pas d’être passionnante. L’hypothèse fondamentale du livre est en effet que « le rapport au politique », dans lequel s’inscrirait le « particularisme » des Kabyles (p. 1), « n’est […] pas sans lien avec la gestion des affaires de la cité, des relations entre les sexes et des sentiments qui en découlent » (id.). Croisant adroitement anthropologie culturelle et psychologie – pour Sheryll Ortner, en postface, l’auteure montre bien comment « les processus culturels engendrent […] des configurations particulières de la subjectivité » (p. 166) –, Tassadit Yacine prend ainsi appui sur la théorie freudienne pour aborder des sujets tels que la représentation de l’impuissance masculine ou la bigamie. Elle fait aussi le choix d’un ouvrage en trois temps : d’abord, une introduction à une production littéraire traditionnelle, vivace mais peu valorisée – « dominée », pour reprendre un concept-clé du livre – de l’izli (pl. : izlan), « poème court à dominante sentimentale ou érotique » (p. 21) ; puis, une réflexion sur la crispation de l’imaginaire et des rapports amoureux à partir de la rupture constituée par la colonisation française ; enfin, une étude plus littéraire du rapport personnel, politique, à la langue clôture le livre autant qu’elle l’ouvre en direction des colonial et gender studies.
2Le chapitre I, qui se confond avec la première partie de l’ouvrage (« De l’amour et de l’enchantement »), est donc consacré au contexte et aux modes d’expression du sentiment amoureux dans la Kabylie traditionnelle, antérieure à la colonisation. Il introduit aux codes de l’éthique (nif) comme à sa contestation. La règle du nif, élaborée et subtile (« casuistique », p. 11), apparaîtrait comme une « [compensation] de la non-pertinence des biens concrets par une sorte d’exubérance en partie irrationnelle des valeurs de convention » (id.). Parmi celles-ci, une « surestimation des valeurs viriles » (id.) et la polarisation sexuelle supposée des affects amèneraient à concevoir une carte du « tendre » toute particulière, que Tassadit Yacine explore ici dans sa double dimension psychologique et culturelle. En voyant dans l’amour une passion « cause potentielle de désordre » (p. 18), on ne nie pas son existence, ni sa force. C’est alors à la lisière de l’habitat humain qu’est repoussée son expression : la composition comme le contenu des izlan sont liés à cet environnement agreste, de même qu’un âge (la jeunesse) et une saison (l’automne des récoltes) lui sont idéalement impartis. Le « cri de révolte », libérateur en même temps que très codifié, que constitue la pratique poétique des izlan et, d’une manière générale, la rébellion féminine sont ici adroitement mis en contraste avec la contestation plus ambiguë – et toute masculine – du « bandit d’honneur » (imenfi) (p. 56). À la fois singulier dans sa création (« poésie de l’individu », voire « de la solitude », pp. 35 et 45) et collectif à certains moments de son énonciation (au cours des fêtes féminines de l’urar, les hommes l’entendent à travers une couverture), l’izli apparaît à la jonction des impératifs de la société et de la nécessité des plaisirs, souvent rendus par les images du fruit, de la feuille, de l’eau ou de l’oiseau. « Forme de déviance socialement admise [et] très précisément cantonné[e] » (p. 63), « la poésie féminine joue donc [un] double rôle, celui de conforter l’ordre dominant […] et celui de dénoncer son dysfonctionnement » (p. 128). « Catharsis nécessaire » (p. 129), cette production reproduit aussi malgré elle les causes de sa domination, nous dit Tassadit Yacine.
3La deuxième partie (« De l’amour et de l’ambiguïté »), composée de deux chapitres, rend compte des changements profonds intervenus en Algérie dans le rapport entre les sexes. Là où « les structures d’autrefois laissaient place au jeu, à l’ambiguïté » (p. 5), c’est désormais venant d’« une partie de la société […] une guerre ouverte contre les femmes » (p. 70). « Frustration affective » et « vide culturel » (id.) ont placé dans un face-à-face mortifère, que l’auteure décrit habilement, « peurs féminines » et « peurs masculines ». Face à une femme phallique et qui se dérobe, capable de contrarier la puissance de son compagnon (p. 92), la virilité singulière se doit de faire écho à une « virilité collective » (p. 101) d’autant plus fortement fantasmée qu’elle se trouve ébranlée par le changement social. Le second chapitre approfondit cette perspective en offrant un aperçu de la bigamie conçue sous la forme de la gémellité.
4La troisième et dernière partie (« Féminité et représentation du monde ») traite, à partir de textes littéraires tout comme d’une longue pratique de terrain, des « règles socialement et historiquement constituées » (p. 138) qui ordonnent l’expression des uns et des autres. L’usage alterné de l’arabe, du tamazight, du français ou même de l’espagnol, parfois utilisé par l’auteure dans ses entretiens afin de lever certaines pesanteurs, révèle bien des visions concurrentes, souvent en guerre, plus rarement complices, du sexe des langues et du sexe des choses. Kateb Yacine, Jean ou Taos Amrouche, Assia Djebar – tous, écrivains d’expression française, fait remarquer Françoise Héritier – y sont tour à tour convoqués pour témoigner de la situation particulière de l’Algérie en matière d’expression linguistique et littéraire. Si « la langue est un masque, un voile » (p. 162), elle rend aussi compte de trajectoires intimes au sein du grand corps social. Trajectoires ô combien différentes elles aussi, selon qu’elles proviennent de paroles masculine ou féminine : si la première « va droit au cœur », la seconde (p. 132) « se dirige derrière l’oreille, derrière le dos »…

Pour citer cet articleRéférence électronique
Natacha Giafferi-Dombre, « Tassadit Yacine-Titouh, Si tu m’aimes, guéris-moi ! », L’Homme, 190 | 2009, [En ligne], mis en ligne le 25 mai 2009. URL : http://lhomme.revues.org/index21294.html. Consulté le 21 août 2009.

AuteurNatacha Giafferi-Dombre
Paris.
natachgiafferi@hotmail.com

Du même auteur
Paris, L’Harmattan, 2003, 405 p.
Paru dans L’Homme, 185-186 | janvier-juin 2008

Droits d'auteur
© École des hautes études en sciences sociales

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MessagePosté le: Ven 21 Aoû 2009 - 22:59    Sujet du message: L'Izli Répondre en citant

Mon ami Abdel,  un grand bravo et merci pour votre lecture et la recherche que vous avez fait pour ce sujet, vous me poussez toujours à chercher et essayer de faire une bonne analyse de ce que je lis, une lecture plus objectif que subjectif. Je reconnais que je suis toujours emportée dans un monde parallèle par la magie des mots, la passion et la beauté  de la poésie.

Merci d'avoir posté le texte de Natacha Giafferi-Dombre, qui reprend, un autre livre de Tassadit yacine, dans une vision purement anthropologique que littéraire, comme vous l'avez ci bien cité. J'essaierai de me le procurer pour le lire et d'en faire une comparaison avec ce livre que j'ai entre les mains pour en tirer des notes les plus proches possibles des idées évoquées.
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MessagePosté le: Ven 21 Aoû 2009 - 23:18    Sujet du message: L'Izli Répondre en citant

A l'inverse du texte précédent, voici un texte d'approche culturelle celui-là et qui va sûrement vous plaire. Il décrit l'importance de l'izli ,dans la danse de l'ahidous, et sa dimension sociale, culturelle et surtout humaine.
Il serait mieux de voir une vidéo pour voir et écouter, j'essaierais d'en trouver une si nécessaire.

****

http://www.casafree.com/modules/newbb/viewtopic.php?topic_id=5822&start=80


Re: La Culture Amazigh au Maroc
Posté par Athena le : 18/04/2009 19:14
(Exposé présenté dans le cadre d'un cours de psycho-sociologie des Arts)

Ahidous


Ahidous est l'une des danses les plus importantes qui a un caractère collectif connu dans la société Amazigh au Maroc. Art qui associe le chant à la poésie et à la danse, et s'inscrit dans le cycle agricole et l'existence même des Berbères : l'enchaînement saisonnier des travaux des champs, les différentes phases de la cérémonie du mariage, les gestes du quotidien, sont accompagnés et en quelque sorte ritualisés par la musique. C'est donc un moyen qui permet au groupe d'exprimer l'émotion partagée par les individus. L'art d'Ahidous ne se limite pas à la simple distraction, mais il permet aussi et surtout de mettre en valeur l'histoire d'une région et reflète sa culture et la beauté de sa nature. C'est un moyen de communication entre les individus du groupe et une expression de l'esprit collectif et de solidarité entre les tribus Amazighs.




I - Qu’est ce que Ahidous ?
1- Aperçu historique et répartition géographique

Ahidous est une danse très réputée et très respectée dans les milieux Amazighs. Cette pratique est aussi ancienne que l’histoire Amazigh elle-même. C’est un fait, chez les Amazigh du Moyen et du Haut Atlas : pas de vraies fêtes sans Ahidous ; cela rejoint la parole de Balzac : « Pour la plupart des Hommes, la danse est une manière d’être ».

Depuis toujours, l’Homme Amazigh est profondément attaché à la nature qui représente pour lui non seulement une source de subsistance, mais aussi une source d’inspiration. Ainsi, à l’image des épis bercés par le vent de l’été, peu avant la moisson, qu’Ahidous a du voir le jour comme moyen d’expression de joie à l’annonce d’une bonne récolte.

En tant que patrimoine immatériel de l’humanité, Ahidous permet de mettre en valeur l’histoire d’une région, et reflète sa culture et la beauté de sa nature. Cette danse est pratiquée surtout par les tribus du Moyen Atlas, notamment : Ait Youssi, Ait Sghrouchen, Ait Sadden, Ait Ayach ,Ait WArayen, Mermoucha, Beni Mtère, Guerouane, Beni Mguiled, Zayane, Zemmour et jusqu’à l’Est du Haut Atlas chez les tribus des Ait Hdiddou, Ait Merghad, Ait Atta… etc.

Ahidous présente plusieurs variantes, il n’est pas le même selon qu’on se trouve à Goulmima par exemple ou à Imilchile ou à Ait Youssi ; le fond reste le même en général, mais la forme peut changer d’une tribu à une autre.

2- Description
• Costumes et accessoires :

En générale, les costumes, aussi bien chez les hommes que chez les femmes doivent être uniformes.
Les hommes sont généralement vêtus d’une Djellaba blanche «ثقبوث », d’un turban blanc « ثارزضيث », d’un Tchamir blanc « إيشبر », d’un pantalon Kendrissa blanc et enfin de babouches blanches « إيبوركسن ». Et comme signe de distinction pour le Rais, il porte en général un burnous noir « أزنار أبرشان».

Un seul accessoire accompagne les danseurs d’Ahidous, et c’est le tambourin « ألون », et il est confectionné avec un morceau de bois flexible de forme circulaire «إغس » qui veut dire « Os », celui-ci est enveloppé à l’aide de la peau fraiche de chèvres à poils rasés et fixée contre «إغس » par un fil placé dans les trous préparés à son contour. Le long du diamètre d’Alloun, on place deux crins « ثيزوين », déracinés de la queue du cheval ou de la jument, qui vibrent sur la peau et résonnent. On perfore le bord de l’os pour y introduire le pouce en frappant Alloune.

Pour pratiquer Ahidous en bonne et due forme, les femmes portent généralement un costume purement traditionnel Amazigh appelé « Timelssa », elles mettent sur la tête un foulard « Tassebnit », et c’est plus pour se faire belles que pour cacher les cheveux. Ce foulard est fixé sur la tête à l’aide d’un fil orné de paillettes « Mouzoun ». Au niveau de la taille, elles mettent une ceinture « ثيسويث », cette ceinture est reliée aux épaules par des cordons également ornés de Mouzoun, et ça s’appelle « إمحرفن ». Pour ce qui est des bijoux, en général elles se contentent de mettre un collier autour du cou appelé « تسديث».

• Danseurs, chorégraphie, rythme, thèmes et chant

Les danseurs se mettent en cercle, en demi-cercle ou sur deux rangs se faisant face, hommes seuls, femmes seules ou hommes et femmes alternés, étroitement serrés, épaule contre épaule, ils forment bloc. La danse est rythmée au tambourin et par des battements des mains. Les mouvements sont collectifs, un piétinement, un tremblement qui se propage, entrecoupé d’ondulations larges.
Par leur aisance et leur ensemble, ils témoignent d’un sens du rythme remarquable. Toutefois, tous faisant presque toujours le même geste en même temps, c’est surtout un ensemble de juxtapositions que l’Ahidous présente.
Dans l’Ahidous, le chant s’appelle « Izli ». C’est un poème d’une extrême concision, en général, deux versets qui se répondent. Il est lancé par le meneur de la danse sur un air qui varie selon les tribus, puis repris par les danseurs qui longuement le psalmodient. L’Izli est souvent improvisé et l’Ahidous peut être l’occasion de joutes poétiques.


 Structure de la troupe d’Imsnayenv

Le nombre d’Imsnayen varie d’une cérémonie à une autre selon les régions et les conditions de la fête. En général, ils sont au nombre de vingt et leur âge peut varier entre vingt et cinquante ans, et l’on peut mesurer le degré du sérieux d’un Ahidous à la présence ou non de gens suffisamment âgées.
La mission d’un « Amesnay » nécessite un peu d’effort physique vu les nuits blanches qui l’attendent et la marche à pieds imposée quelques fois par un long trajet et un domicile difficilement accessible.

II – Fonctions d’Ahidous
1- Dimension sociale

Ahidous ne se limite pas à la simple distraction mais aussi c’est une occasion pour les différentes composantes d’une même tribu ou des tribus avoisinantes de se retrouver ensemble et de renouer les relations entre elles, et parfois c’est une occasion de rencontres qui favorisent des contacts pour de futurs mariages. Car en général, les habitants des tribus Amazighs vivent dans les campagnes et souvent éloignés les uns des autres, assister à une fête d’Ahidous est une occasion qui leur permet de se rencontrer pour échanger des informations et parfois même c’est une occasion pour régler certains litiges individuels ou collectifs.


2- Dimension artistique

La dance dans l’Ahidous, est une expression corporelle pour traduire la joie, des fois même la force physique, et le tout constitue un tableau artistique qui montre la solidarité, l’homogénéité, l’ordre et l’élégance.
Le rythme quant à lui, il se manifeste par les mouvements du corps équilibrés en harmonie avec les vibrations du tambourin. Si l’Ahouach se base sur des instruments variés à savoir le tambour, le tam-tam et « naqous », Ahidous lui, au contraire, se base uniquement sur Alloun qui semble différent de celui de l’Ahouach. Le rôle d'Alloun ne consiste pas seulement à créer le son musical, mais aussi, il intervient dans la composition du rythme ainsi que dans le changement d'un rythme à un autre. Il sert aussi à orienter le genre de l'action à introduire dans la danse.
La danse d'Ahidous est une unité susceptible d'être décortiquée en des séquences de mouvements dont chacune est composée d'une série de gestes conçus dans la redondance gestuelle réalisée par les danseurs de manière cohérente et gouvernée sous l'égide du lyrisme «izli». Au niveau sémantique, il s'avère difficile de préciser le sens d'izli, puisque il multiplie et varie ses formes, en plus il a connu un progrès. C'est pour cela, que le terme izli prend des définitions variées, on cite quelques unes: Selon les uns, «izli» «est composé de deux vers et un refrain, c'est le genre où les poètes s'émulent et essaient leurs chances dans la spontanéité et la riposte».
Pour d'autres : «la poésie des dialogues et des critiques est en amazigh: Izlan, son singulier est izli, les poètes y traitent l'éloge, la satire et d'autres thèmes».
Si on regroupe les définitions, on va dire que izli est un genre poétique sous forme de distiques ayant un sens, il peut être accompagné d'un refrain, sa langue est soutenue, plein d'images poétiques et d'une finesse dans le sens; relatif à l'état d'âme du poète, et à son entourage naturel et social.


3- Dimension spirituelle

Ahidous procure beaucoup de plaisir mais aussi une certaine tranquillité d’esprit et un repos de l’âme, et il a un effet relaxant tant au niveau du corps qu’au niveau de l’âme. Cette danse collective est un moment de communication, une expression de joie et d’accomplissement, la réalisation corporelle du rythme, le plaisir de retrouver les siens mais aussi un espace où se résolvent les conflits et les malentendus.


Athena./.
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MessagePosté le: Mer 26 Aoû 2009 - 04:14    Sujet du message: L'Izli Répondre en citant

Très beau sujet de discussion. Je vais me documenter également.
Bravo master
Bravo abdel 
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:56    Sujet du message: L'Izli

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