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Les housses

 
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LAMY Jacques
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Messages: 402
Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Jeu 17 Sep 2009 - 10:39    Sujet du message: Les housses Répondre en citant

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Les housses

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PAULO CRESTI avait repris l'activité d'ébéniste d'art depuis deux ans environ. Il aimait ce métier, à caresser le bois, car il y excellait lorsqu'il était plus jeune.
Il avait dû reprendre après quinze ans d'absence.
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Il s'était marié tôt : une fille était née.
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PAULO pendant quatre ans rechercha de l'argent. Sa présence au foyer devenait symbolique. Il avait le défaut du "joueur impénitent", laissant à sa famille à peine de quoi vivre. Son salaire, pour lui, devint insuffisant ; alors il trafiqua avec quelques malfrats, puis servit de chauffeur pour des "casses faciles", étant gangster "par intérim", en quelque sorte.
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.Mais la chance tourna. Arrêté par les STUPS, il couvrit ses "patrons" qui menaçaient les siens. Les "balances" ont la vie courte évidemment.
La justice sévit : il "en prit" pour quinze ans ! Il fit "son temps", ayant la chance de pratiquer un métier proche du sien.
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Sa femme demanda et obtint le divorce. BETTY, c'était son nom, retrouva un emploi, élevant dignement CLAIRE, âgée de trois ans. Elle épousa plus tard un travailleur honnête qui lui fit oublier ses misères passées, l'aima, chérissant CLAIRE comme sa propre fille.
Lorsque celle-ci fut en âge de comprendre, BETTY lui raconta l'histoire de son père, qui les avait aimées "le temps d'un feu de paille"...
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"CLAIRE devrait avoir, disons, au moins vingt ans..." songeait PAULO, se voyant écouler une vie solitaire.
"À qui ressemble-t-elle ? À sa mère ? À son père ? " Il éprouvait un fort désir de la revoir. "Ah ! l'apercevoir ne serait-ce qu'un instant !". S'en étant éloigné, il l'aimait davantage. Il aurait voulu rompre avec tout son passé de minable gangster et de joueur perverti : il avait soif d'amour...
Il aurait bien donné des années d'existence pour se retrouver jeune auprès des êtres chers qu'il avait délaissés pour sa vile passion.
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Il enquêtait quant à l'adresse de BETTY. Il rôdait à longueur de temps dans le quartier, les samedis, dimanches et jours de congés, épiant la grand entrée de l'immeuble. Une fois, deux femmes et un homme en sortirent ; il reconnut son ex-épouse à son allure légère : elle vieillissait peu, ses traits plein de douceur. La fille à son côté, une brune aux yeux bleus, allait telle une sylve aérienne et gracieuse. Et l'homme d'âge mûr, "un grand calme" à coup sûr, les couvait du regard en souriant, radieux..

PAULO était ému, ébloui et très fier : "Elle a les traits de la famille : les CRESTI ! Le sang corse bouillonne en son doux cœur de fille."
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De ce jour il rêva qu'il avait un foyer, que sa fille chérie vivait auprès de lui tout en lui pardonnant d'avoir abandonné les siens, de les avoir laissés dans un grand dénuement.
C'est vrai qu'il n'était plus le même individu, qu'il était devenu l'artiste d'autrefois, qu'il regagnait a vie en travailleur honnête : tout cela était vrai, mais venait bien trop tard !
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CLAIRE, un autre jour, rentrait au bras d'un jeune homme, apparemment sérieux, au physique moyen, qui lui contait sans doute une histoire amusante. CLAIRE fit quelque pas, s'appuyant au portail partit d'un rire cascadant, poussant des petits cris auxquels répondit celui plus en crécelle de ce jeune homme, joyeux d'avoir eu son effet.
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Devant cette soudaine gaîté aussi contagieuse, PAULO se dérida. Le compagnon de CLAIRE lui parut sympathique : "il la rendrait heureuse !" PAULO "voulait bien de lui, l'aimerait comme un fils, l'aiderait au début quel que fut son métier, etc."
PAULO décidait seul, rêvait tout éveillé...
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PAULO ne se faisait plus la moindre illusion : il ne pourrait jamais reconquérir BETTY, car la honte de son comportement passé était devenue un obstacle infranchissable.
Et le seul moyen de raccrocher son ex-femme serait de l'éloigner de son nouveau conjoint, afin que l'aide alors apportée par PAULO devienne indispensable à BETTY et à CLAIRE.
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Sa fille auprès de lui ? Son unique souhait !
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Mais il ne fallait pas se tromper de tactique, et cela impliquait quelques informations sur l'ambiance au foyer, les traits de caractère des uns et des autres, notamment du mari.
Il diligenta son enquête sur deux fronts : dans l'environnement proche de la maison, dans l'entourage professionnel de l'époux.
Il y consacra ses congés hebdomadaires durant plusieurs semaines : le kiosque à journaux, les commerçants habituels. Il apprit le métier du mari de BETTY : contre-maître d'un atelier de mécanique.
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Oh ! Ce sont des gens "très comme il faut", vous savez. — La mère est une femme qui eut bien des malheurs, le temps n'a pas de prise apparemment sur elle : on lui donnerait quinze ans de moins, c'est évident ! — La fille est "une perle", une beauté sérieuse. Elle fréquente un étudiant en médecine, un garçon particulièrement brillant : "une tête" ce jeune homme et qui ira loin... — Le mari est un homme charmant, toujours calme. "Ses deux femmes", comme il dit, sont toute sa vie...
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PAULO, cherchant la faille, entreprit son enquête sur le mari dans les cafés des alentours où se rendaient les ouvriers de l'atelier.
Non, FRANCK, le contre-maître, ne vient jamais ici, ni ailleurs : il rentre directement chez lui. — Il n'est pas facile, mais il défend "ses gars" ! — Il est emmerdant, mais reste "droit dans ses bottes". — Au fond, c'est un bon mec : s'ils étaient tous comme lui ! — Vous cherchez pour "votre boite" un contre-maître ? C'est "HENRI" qu'il faut voir : il en a chié avec lui, mais maintenant ça va. Il mange et loge au "CAFÉ DE LA GARE", pas loin.
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PAULO CRESTI prit accord avec son patron pour partir plus tôt le soir, temps récupérable au matin, évidemment. Il logea et dîna au "CAFÉ DE LA GARE" pendant une semaine où se trouvait "HENRI". Ils firent connaissance et parlèrent métier : d'ébénisterie d'art, de mécanique "fine"...
Ah, bon ! vous avez entendu parler d'FRANCK ? Au début j'étais jeune, un tantinet "anar" : j'travaillais beaucoup trop pour c'que j'étais payé, enfin tout quoi... J'tirais mêm' du temps sur la pose à dix heures. Il était sur mon dos, il fallait que j'bosse ! J'râlais mais j'le f'sais.
Et pis je m'suis mis en couple, puis on a eu un môme. J'ai voulu faire des heures sup' et j'lui ai d'mandé. Y m'a répondu : "Oui, si c'est pas pour rattraper c'que tu glandes aux heures normales". Je m'suis mis à bosser : dame ! j'avais un môme ! Un jour y m'dit : "veux-tu faire un stage de soudure ?" J'ai dit "oui". Quand j'ai eu ma "qualif", il a d'mandé pour moi une vraie augmentation : "pisque t'as un môme", qu'il a dit. Un jour où j'étais pas content d'mon boulot, j'suis rev'nu l'sam'di, pour tout r'commencer ; mais j'avais pas pointé la pendule pour rester réglo. Il m'a fait payer quand même en m'disant : "les erreurs involontaires, ça fait partie du temps d' travail, et puis... t'as un gosse !"
Jamais j'aurais cru pouvoir dir' ça d'lui, un jour : mais c'est vraiment un chic typ', souvent chiant, c'est vrai, mais un chic typ' tout d'même !

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PAULO prit bien conscience à ces révélations qu'il ne trouverait aucune faiblesse chez FRANCK, une faiblesse exploitable, bien entendu.
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Écarter FRANCK de son foyer familial sans l'éliminer physiquement semblait mission impossible. Tout d'abord, il repoussa l'idée avec horreur !
Il subit des nuits blanches.
Il rêvait parfois de sa fille et de BETTY heureuses, tendres, lui souriant avec reconnaissance. Il essaya aussi d'avoir de la haine pour FRANCK ; mais même en se forçant, il n'y parvenait pas : ce type était semblable au PAULO d'aujourd'hui, vivant dans le respect de ses concitoyens.
Insidieusement, l'idée de meurtre germait... Et puis "éliminer" ne signifiait pas, de son point de vue, "tuer de ses mains", mais, plutôt "écarter de son chemin", consécutivement à un accident brutal... préparé minutieusement.
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FRANCK se déplaçait dans un break automobile qu'il garait dans sa rue, mais CLAIRE utilisait les transports en commun, d'après ce que PAULO avait pu constater lors des congés "en planque".
Un jour, il prit sa décision : il saboterait le véhicule du mari de son ex-femme. Il lui fallait agir vite pour... ne pas renoncer ! Il fit l'acquisition, d'une revue technique en laquelle les circuits de freinage de la voiture-cible figuraient. Il acheta aussi quelques outils utiles dans un bazar de banlieue, "on ne sait jamais..."
La nuit suivante de ses emplettes, il reconnut le break à ses housses bleues. Il se glissa dessous, repéra les deux tubes hydrauliques de commande des freins, et entreprit seulement d'en diminuer l'épaisseur, comptant sur les vibrations provoquées par le sol et les actions de freinage pour achever le sectionnement au bout de quelques temps...
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Le lendemain matin, un samedi, PAULO s'installait à la terrasse d'un café d'où il avait une vue imparfaite sur le break saboté. Soudain, il vit CLAIRE sortir de l'immeuble et marcher d'un pas vif : "elle se rend au métro", se dit-il. Mais, à sa grande terreur, CLAIRE s'arrêta dans la file, entra dans un véhicule et démarra, après un créneau impeccable, sur les chapeaux de roues.
PAULO se redressant renversa son café, paya et, sans attendre sa monnaie, se précipita à l'emplacement du stationnement : le break ne s'y trouvait plus.
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Rentré chez lui, PAULO se jeta sur le lit et sanglota longtemps : ça faisait plus de trente ans qu'il n'avait plus pleuré. Puis, il se ressaisit. Car après tout le sectionnement du circuit de freinage ne se réaliserait pas avant que soient parcourus bien des kilomètres.
Il se mit à prier en larmes, lui, le mécréant : "Si CLAIRE me revient saine et sauve, je m'engage à ne plus rien tenter contre cette famille, et à quitter définitivement la région."
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Il se précipita pour "planquer" devant l'immeuble. PAULO, le Corse, tremblait de peur et de chagrin.
Il vit, au loin, un break manœuvrer en parcage. CLAIRE apparut soudain , marchant d'un pas léger. PAULO soupira, ne regrettant pas sa prière : il s'adossa au mur et dut fermer les yeux, ébloui de bonheur.
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Maintenant, il devait réparer son ignominie. Il allait de suite relever le numéro minéralogique du véhicule et, dans la nuit, il téléphonerait aux policiers d'astreinte en indiquant qu'il venait de voir un individu se glisser de dessous un break et s'enfuir à toutes jambes. Il donnerait le maximum d'indications quant aux caractéristiques et sur l'emplacement du break. Les policiers lui demanderaient, certes, de s'identifier, mais il refuserait et les mettrait devant leurs responsabilités.
Des autos du même modèle stationnaient là. Voulant respecter ce programme il s'approcha du break visé et eut un choc : les housses qui protégeaient les sièges n'étaient pas de couleur bleue mais... gris perle : PAULO s'était trompé et avait saboté un autre véhicule que celui de FRANCK !
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Il ne pouvait plus rien, les dés étaient jetés : un inconnu périrait peut-être par sa faute !
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Dès le lundi matin, il préviendrait le maître-artisan, son employeur, de son désir de quitter la région...
Claire était sauve et c'était l'essentiel pour lui...
Il ne chercherait plus à la revoir, il la saurait heureuse avec son médecin de mari...
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······
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Alors, dit FRANCK, le break a bien roulé ?
Allons, allons, comme tu l'entretiens, pour quelle raison ne roulerait-il pas bien, hein ! ?
A propos, je l'ai fait nettoyer par la station, mais j'ai dû remplacer TES housses bleues, minables, par de belles "gris perle", beaucoup mieux en harmonie avec la carrosserie.

FRANCK leva les bras au ciel et déclama d'une voix dramatique :
Beaucoup mieux en accord avec la carrosserie : ai-je si mauvais goût ?
CLAIRE pouffa, puis d'un ton enjôleur dit :
Peux-tu me le prêter, demain dimanche ? Je sors avec ROGER...
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Jacques LAMY

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Extrait du recueil : "Vous aurez de mes nouvelles !" de J. LAMY édité par "Les Nouveaux Auteurs"
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MessagePosté le: Jeu 17 Sep 2009 - 10:39    Sujet du message: Publicité

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Abdel
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Inscrit le: 08 Aoû 2008
Messages: 1 314

MessagePosté le: Mer 23 Sep 2009 - 16:30    Sujet du message: Les housses Répondre en citant

Le rebondissement est excellent. La lecture se fait sans heurts car le texte est léger et sobre. on se repère facilement et on a rarement besoin de retourner en arrière pour se fixer un détail ou un nom.

Le suspense m'évoque le récit policier, mais l'aventure est décrite sur le plan humain a un haut degré. C'est un dosage bien particulier qui fait la particularité du style inimitable de l'auteur qui aborde des thèmes si variés et toujours riches en dimensions humaines.
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amynochka


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Messages: 373
Sagittaire (22nov-21déc)

MessagePosté le: Jeu 24 Sep 2009 - 21:33    Sujet du message: Les housses Répondre en citant

Au fur et à mesure de ma lecture, je n'ai cessé de me dire : " que ne ferait l'être humain sous le coup du repentir et du regret. Soigner le mal par un autre".

A la différence d'Abdel , j'ai eu un petit mal à mémoriser les noms et j'ai du remonter le texte plusieurs fois pour trouver des repères qui m'ont échappés. J'avoue m'être sentie un peu perdue à la fin de la nouvelle.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:43    Sujet du message: Les housses

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