http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: Les Martiens
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Les Martiens

 
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LAMY Jacques
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Messages: 402
Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Dim 4 Oct 2009 - 15:00    Sujet du message: Les Martiens Répondre en citant

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Les Martiens

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Ça fait combien de temps que je me trouve ici ?
Dans ce monde bizarre et tout capitonné, en un cube martien à quatre dimensions !
Je m'interroge ainsi en de rares instants, l'espace d'un éclair, où monstres et Martiens s'effacent à mes yeux.
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······

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Mais je dois reconnaître aux Martiens le mérite non seulement de ne pas pactiser, mais de chasser les monstres qui demeurent tapis, invisibles pour eux.
Comment sont ces Martiens, à quoi ressemblent-ils ? Comparer leur physique à moi qui suis Terrien : je n'ai pas de miroir ni même un bout de verre dans lequel une image apparaît en reflet ! Car ils m'ont retiré mes lunettes de myope...
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······

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Tant de monstres me pressent, me torturent ! À moi !
Des visages connus se déforment soudain, aux feux de mon ennui en une fusion lente... De gros papillons noirs surgissent du néant, issus de déceptions et de cendres acides, cruellement piqués au papier peint mural... Revenant à l’assaut, aux confins des migraines, parfois ornemental, un souvenir ancien sur des mots torturés devient une chimère, monstre au souffle fétide, le mufle ensanglanté... Un agneau apparaît, puis... se transforme en loup ! Sa morsure est cruelle et m'arrache le cœur !
À moi, vite Martiens ! Sauvez-moi ! Au secours !
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······

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Les Martiens sont venus, ont écarté les monstres, et ils m'ont injecté une "potion magique."
Quatre individus grands, musclés vêtus de blanc, se parlant à voix basse en maintenant leur prise, me maîtrisent en douceur. Quelle est leur apparence ? Ils ressemblent aux hommes : deux yeux, un nez, la bouche, une langue et des dents. Les oreilles se cachent sous un bonnet de toile. Des pinces ou des mains, puissantes, sont gantées. Mais ce sont des Martiens, ça c'est indiscutable !
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······

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Aujourd'hui je vais mieux : ni monstres, ni Martiens... Des souvenirs affluent en vagues océanes, par bribes, par images, en un puzzle de l'âme.
C'était en bord de mer la chaude nuit d'orage. Mon esprit de cristal reflétait quelques lueurs et l'onde évanescente au regain de tempête, nimbée d’or et de feu, en fuite spiralée.
Par la fenêtre ouverte s'engouffrait l'air marin aux algines senteurs, de goût âcre et iodé...
Irène posait nue devant une psyché, souriante en son reflet aux dieux admiratifs. Elle perçut ma présence et se tourna vers moi...
Ah ! revoici les monstres !
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······

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Je me suis évanoui : un monstre m'étranglait !
Tout au début je crus qu'Irène, épanouie, cherchait à m'embrasser, mais, en se rapprochant, son visage changea, devint la trogne affreuse de gargouille en folie, un être sanguinaire qui me prit à la gorge.
Les Martiens accourus desserrèrent de force mes mains crispées au cou.
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······

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Irène et moi étions ou sommes fiancés, je ne me souviens plus. Irène était Martienne : je ne le savais pas... Nous rêvions très souvent, nos têtes accolées, puis faisions des grimaces, comme font les enfants, devant le grand miroir ; chacun de nous épiait de l'autre le regard en reflet dans la glace. Le premier qui riait, bien sûr, avait perdu !
Je crois me souvenir que nous étions heureux...
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······

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Irène vient de rentrer, habillée en Martienne.
Alors Gérard, comment se sent-on, aujourd'hui ? Je l'observe un instant : une petite oreille échappe du bonnet. On dirait une femme !
Quand sa main dégantée me caresse en douceur le visage enfiévré, cette humaine fraîcheur me tirent quelques larmes.
Les quatre Martiens mâles sont adossés au mur, bras croisés impassibles, prêts à intervenir : je me demande pourquoi ?
Elle se tourne vers eux et sourit, triomphante : et là encore, pourquoi ?
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······

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Je reste seul, ce soir, sans monstres ni Martiens. Je me souviens de mes préférences : le foot à la télé, vagabonder toujours sans me "casser la tête". Je me rappelle bien toute cette période. J'aimais les animaux : j'avais un jeune chat et je lui cédais tout. J'écoutais des chansons, des chansons d'amour surtout.
Et j'aimais mon Irène à en être malade ! J'aimais, j'aimais, j'aimais...
Je suis ou... j'étais jeune.
Je ne sais pas comment j'ai pu échouer là : où ? Chez les Martiens, parbleu !
Je pense quelquefois au métier que j'avais : aide-comptable, je crois... Irène travaillait dans un supermarché, à moins que ce ne soit dans un cinéma (?) car elle obtenait souvent des billets gratuits... Je l'invitais partout et nous sortions souvent. Puis, elle se rendait en sa famille à Lyon, sans m'emmener bien sûr : "mes parents m'en voudraient..."
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······

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Quelques bribes de rêve explorent le passé. J'ouvre les yeux la nuit : la psyché est brisée, Irène est suppliante. Mais de quoi a-t-elle peur ?
L'autre soir c'est Bernard qui m'apparut soudain. Il est plus vieux que moi, plus grand, plus fort aussi. Il est "chef de rayon" quelque part en province. Il me semble brutal, et parle beaucoup trop. Il fait toujours "le beau". Il s'invite souvent quand je sors avec "Elle". Ça ne me plait pas trop. "On ne peut pas toujours vivre comme des ours" murmure mon idole.
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······

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Sautillent quelques trolls en folle sarabande : je hurle ou crois hurler. C'est alors qu'ils me frappent, je ne peux me défendre et leurs coups me font mal. J'ai du sang sur les mains "Non : Non !" crie "mon" Irène. "Tenons-le" ordonne un Martien. Irène, la Martienne, me pique dans le bras : transfuse dans mon corps la potion bienfaitrice.
Et l'on soigne et l'on panse bosses et plaies ouvertes. Les autres me surveillent. L'un se penche sur moi et je vois mon coquard dans son verre de lunettes.
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Irène était malade et ne pouvait sortir. Je décidai alors de demeurer chez moi. Puis, je changeai d'avis en errant alentours et me rendis au square où nous allions souvent. "Ils" étaient là, sur un banc, tous les deux, serrés l'un contre l'autre. Je m'enfuis, sanglotant : "ils" ne m'avaient pas vu !
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······

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"Fait-il toujours ses crises ?" interroge un Martien. Tiens ! Il est nouveau celui-là : petit, bigleux et moche ; et il a des cheveux tout comme les humains.
Ils parlent à voix basse et je n'entends plus rien. "Je vais lui prescrire du..."
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······

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Je me réveille dans la nuit, transpirant mais lucide. Je palpe autour de moi : une cellule capitonnée. Je m'appelle Gérard. J'avais bien vingt-cinq ans. Ça fait combien de temps ?
Je me souviens de tout ! Le soir je suis ressorti. Je connaissais l'entrée cachée du pavillon. Je pénétrais sans bruit. Irène chantonnait ne se doutant de rien. J'ignorais quel accueil me ferait la perfide, ni... pourquoi j'insistais...
Ainsi que je l'ai dit : "Irène posait nue devant une psyché, souriante en son reflet aux dieux admiratifs. Elle perçut ma présence et se tourna vers moi..." :
Gérard que fais-tu là ?
Tu me semble aller mieux ? N'as-tu pas craint ce froid en sortant aujourd'hui ?
Elle ouvrit ses grands yeux où l'effroi se lisait.
Je ne veux plus te voir : Vas–t'en ! Tout est fini ! pleurnicha-elle.
Plus je m'approchais d'elle, plus elle reculait... J'attrapai un objet et cassai la psyché. Elle hurla "au secours !", en vain bien entendu.
Je revois la scène, celle objet de mon rêve, il y a quelques jours : "la psyché est brisée, Irène est suppliante". Soudain, je m'emparai d'un long morceau de verre... Après tout est confus, rouge et noir,... monstrueux !
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······

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Je veux partir d'ici. Mes infirmiers reviennent. Je ne veux pas qu'ils sachent et, à travers mes cils, je vois comment ils entrent : il n'y a pas de clef. Je feins d'être endormi. Pour sortir, l'un d'eux découvre un clavier masqué dans le mur, tape très lentement le code...
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······

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J'ignore l'heure qu'il est, s'il fait jour, s'il fait nuit.
Je vais faire un essai : la porte s'ouvre enfin. Je ne peux fuir ainsi, car je dois me vêtir. Je prends un long couloir. Une porte est signalée "VESTIAIRE FEMMES". J'appuie sur la poignée qui tourne sans un bruit.
"Irène-la-Martienne", en train de se changer, se regarde au miroir accroché à l'armoire. Elle perçoit ma présence, me reconnaît, pâlit... Retournez à votre chambre, Gérard, allez ! Elle s'adresse à moi comme à un jeune enfant. Et quand je me rapproche, elle ne cède pas. Je crois bien retrouver le doux parfum d'Irène...
Je suis près d'elle et je me tourne vers la glace : j'y vois un vieillard maigre, chenu,... un vieux "Martien !"
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La porte s'est ouverte, les infirmiers bondissent !
Ils stoppent, stupéfaits !
Je pleure dans les bras d'Irène-la-Martienne... en petite tenue.

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Jacques LAMY

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Extrait du recueil : "Vous aurez de mes nouvelles !" de J. LAMY édité par "Les Nouveaux Auteurs"
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MessagePosté le: Dim 4 Oct 2009 - 15:00    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Ven 6 Nov 2009 - 01:24    Sujet du message: Les Martiens Répondre en citant

Depuis le début, les scènes se succèdent comme dans un miroir déformant.

On entre d'emblée dans le monde "déformé" de ce fou aliéné. On vit son histoire à partir de son dedans . Directement, sans intermédiaire de narrateur. On subit les ondes de chocs successives de folie noire et d'éclaircies de lucidités, culminant de l'indiscutabilité du caractère martien des toubibs et chutant vers la reconnaissance de"ses" infirmiers autour de lui.

Hallucinations, auto-mutilations ou auto-punitions,  puis éclaircies de mémoires, en bribes,  mises entre guillemets comme des morceaux épars du passé, de la vérité.

Le miroir joue un grand rôle dans ce récit. C'est le miroir réel, la psyché mobile où l'on peut se contempler de la tête aux pieds. C'est la psyché de l'individu (son conscient et son inconscient). Un amour brisé comme un miroir et une "conscience" brisée également, à reconstruire comme un véritable puzle.

Prendre l'infirmière pour son "Irène" et s'y accrocher comme une bouée, avec cette crainte de sa mise en danger face à un malade aliéné, cela donne du suspens à chaque détour, jusqu'à ce morceau de verre entre ses mains, l'évocation d'un crime  probable de revanche et la peur de sa réédition...

La chute ressort du miroir, en reflet : un vieux. Image qui prête à confusion. Qui est reflété ? l'"Irène " qui se change (une infirmière) ou un vieux infirmier qui se change et pris pour Irène ?. Et si c'était Gérard lui-même ? ce fou amoureux, de longue date aliéné ?

Les deux reflets se valent tant qu'ils rapportent, avec la même force, l'intensité de l'amour trahi et l'anéantissement de toute une psyché, toute une vie.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 04:21    Sujet du message: Les Martiens

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