http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: L'Accident.
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Melina
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Inscrit le: 29 Déc 2009
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Bélier (21mar-19avr)

MessagePosté le: Mar 29 Déc 2009 - 16:36    Sujet du message: L'Accident. Répondre en citant

Bonjour. Voilà l'un des textes que j'ai écris. 

 

 
      Si un jour on me demande de raconter l’un des événements fort qui a marqué mon passé, mon adolescence, la première chose qui me viendra à l’esprit ne sera jamais celle que je raconterai. Cette chose que j’essaye chaque jour d’enfouir au plus profond de mon être, dans l’espoir qu’un jour je l’oublie. En vain. Une chose pareille ça ne s’oublie pas. C’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai décidé d’écrire. Pour me libérer. Ou du moins essayer. Je m’y prends tard, certes, mais qu’importe ? Avant aujourd’hui je n’aurais pu écrire un seul mot sur cet événement. Après avoir lu ce qui suit, on comprend tout. On comprend ma peur du médecin, ma phobie des hôpitaux, ma peur d’être malade et surtout de vomir, ma vigilance quand je suis en piéton ou en voiture, que je sois maniaque, ma paranoïa, ma sensibilité - qui est pire qu’une réelle sensibilité, je dirais une hypersensibilité – dont je me passerais bien parfois, la quantité inconcevable de tendresse et d’amour dont j’ai besoin, la facilité que j’ai pour m’attacher à certaines personnes (bien que ça ne soit pas une qualité...), ma difficulté à me confier et surtout à parler de mon passé, mon pessimisme, ma maturité aussi, qui contraste avec ma dépendance, et beaucoup d’autres choses que je ne pourrais me rappeler dans l’immédiat, tant il y en a. Tout a commencé il y a deux ans. Ma personnalité s’est forgée à ce moment là et elle n’est pas prête de changer, même si parfois j’espère l’impossible. C’est à partir de ce moment là aussi que j’ai fabriqué ce tissu de mensonge pour m’en faire un masque derrière lequel je me cache. Depuis, j’ai même pu me faire un déguisement avec tous les mensonges que j’ai tissé. On dit que l’homme n’a pas assez de mémoire pour réussir dans le mensonge, mais c’est faux et j’en suis la preuve vivante. Jamais je ne me suis trompée dans quelque mensonge que ce soit. Et vous savez quoi, ça m’amuse. Oui, ça m’amuse car personne dans mon entourage, dans mes amis, ne se rend compte que je mens. Même mes sois disant « meilleure amies ». Tout le monde pense me connaître, pense savoir quelque chose de moi mais non, il n’y a que 4 personnes qui me connaissent sur cette foutu planète, seulement 4 garçons à qui je n’ai jamais mentis – oui, bizarrement, que des garçons. Dont 3 ne sont plus. Et ces 3 garçons sont impliqués dans ce qui va suivre, mais je ne parlerais pas beaucoup du 3ème. Le 4ème, fort heureusement, est loin de tout ça, il n’a rien à voir avec tout ceci. Il ne me connait pas vraiment encore, même si je ne lui ai jamais mentis, mais il me connaîtra bien mieux dès qu’il aura lu ces quelques pages. Et c’est tant mieux. J’en ai marre de me cacher. Mais comme j’ai du mal à me confier, ça sera plus facile pour moi d’écrire. Et puis je trouve que ça passe mieux. Et comme ça, il ne voit pas la tête que je fais quand j’écris tout cela, au cas où. 

 
Chaque jour lorsque je me regarde dans le miroir, mes yeux traduisent tout ce que j’ai vécu. Si on regarde bien, dans mes yeux on voit tout. Suffit de savoir déchiffrer ce qu’on peut y voir. Mais les souvenirs m’amochent. Je me trouve horrible. Lorsque quelqu’un me dit que je suis belle, je lui dis que non, je ne suis pas belle. Ceux et celles qui me trouvent belle se trompent, car ils n’arrivent pas à déchiffrer ce qui se lit dans mes yeux, ils se trompent en interprétant et ils ne voient pas mon vrai visage, en dessous du masque. Un visage torturé par la tristesse, détruit par la mort. C’est cela mon vrai visage. Une bouche qui ne sourit plus qu’en présence de ce 4ème garçon, des yeux noyés de larmes tous les jours sans exception, des sourcils froncés, le teint pâle, des joues creuses et mouillées. Même mon corps a été marqué par mon passé (et je n’en suis pas fière) et il est encore à présent, et chaque fois que je tombe dessus, c’est une nouvelle claque qui abime mon visage. 

 
Pour dire la vérité, puisque je suis là pour ça, je m’étonne moi-même d’être encore en vie à ce jour. Je pensais que la tristesse me tuerait – et parfois je suis tellement triste que je l’espère encore – et pourtant je suis là. Je ne devrais plus être là. Oui je regrette, non je ne regrette pas. Oui je regrette car je suis transpercée de toute part chaque jour par la peine que j’éprouve. Je souffre. Non je ne regrette pas car j’aime ce 4ème garçon et que je ne veux pas le quitter. Et surtout pas comme ça. Mettre fin à mes souffrances voudrait dire commencer les siennes, ce n’est pas ce que je veux. Je préfère souffrir que le faire souffrir. Ce qui ne veut pas dire que, parfois, je n’ai pas envie de m’évader, de partir loin de tout, de recommencer ma vie ailleurs, d’avoir une deuxième chance. Mener une vie bien. Etre une bonne personne. Ou carrément, des fois j’espère pouvoir un jour revenir en arrière et éviter tout cela. Comme je serais différente ! Comme je serais heureuse, aussi... Bien, je crois qu’il est temps que je commence à raconter car je m’égare. Voici le premier événement qui a marqué mon adolescence. Voilà ce qui a changé mon existence, ce qui a coupé court à mon adolescence pour me plonger dans un tout autre monde, pas adulte, non, ce n’est pas le bon mot ; je dirais... dans la réalité. Et ça change tout. La réalité n’est pas tout le temps bonne à voir. Surtout quand elle vous saute dessus d’un coup, sans prévenir, au moment où vous vous y attendez le moins. 
C’était le samedi 31 mars, il y a deux ans et quatre mois. J’étais à Saint-Etienne avec mes deux meilleurs amis, Toma et Théotime, car c’était là-bas qu’ils habitaient. C’était le début des vacances. Il devait être environ 16h, peut-être plus. Nous nous baladions comme nous avions l’habitude de le faire. Que dire d’autre ? Autant en venir aux faits sans plus tarder. Nous nous baladions, donc, et nous devions traverser une petite rue. Nous nous sommes engagés sur le passage piéton, quand le bonhomme était vert. Ensuite tout s’est passé très vite. Trop vite. C’a été horrible. Pour tout le monde. Une voiture est arrivée très vite, tellement vite que nous ne l’avons presque pas vu arriver. Nous n’avions qu’une demi-seconde pour réagir. Du moins, eux, ils ont réagi. Ils m’ont poussée sur le trottoir où je suis tombée, ce qui ne m’a pas empêché de voir ce qui a suivi. J’aurais voulu tomber sur la tête pour m’assommer et ne rien voir de tout ça ; mais j’ai tout vu. Et tout est encore très clair dans ma tête. Je suis tombée par terre donc, j’étais en sécurité sur le trottoir mais il était déjà trop tard pour Toma et Théotime. La voiture ne s’est pas arrêtée au feu rouge, n’a même pas tenté de freiner pour éviter mes meilleurs amis. Elle les a percutés. L’un plus violemment que l’autre. J’ai fermé les yeux. Non, je n’avais pas vu cela, non, ce n’était pas possible. Tout cela n’était qu’un affreux cauchemar. Ca ne pouvait être que cela. Un cauchemar. J’entendais des gens autour de moi mais je ne les écoutais pas. Je ne voulais pas que tout cela soit vrai. Je redevenais une enfant, une enfant qui ne comprends pas la mort. Ou du moins qui ne veut pas la comprendre. D’enfant je passais à l’état de bébé, je ne comprenais plus rien, je pleurais. Je pleurais car je n’arrivais à faire que cela. Je ne voulais pas ouvrir les yeux sur la réalité. Quand je décidais de les ouvrir enfin, deux ou trois femmes étaient autour de moi, mais je ne regardais pas cela. Une dizaine ou peut-être une vingtaine de mètres plus loin, un groupe s’était formé autour de l’un de mes meilleurs amis. Je ne le voyais pas mais je le devinais : Toma. Théotime était à quelques mètres de moi, des gens l’entouraient aussi, moins nombreux cependant. Je ne voulais pas y croire. Tout cela ne pouvait pas être possible. Je tentais de me lever mais les femmes me retenaient. Bon sang, je n’avais rien ! Je voulais les voir ! Je criais, mais personne ne semblait m’entendre. Je voulais les voir. Je voulais savoir s’ils allaient bien. Je demandais mais personne ne me répondais, d’autres personnes vinrent autour de moi, comme pour m’empêcher de voir. Toutes ces personnes me regardaient avec quelque chose dans les yeux, comme de la pitié. Cela ne pouvait pas être de la compassion, c’était bel et bien de la pitié. Je me levai, me débâtai vainement pour les rejoindre. A ce moment là deux ambulances arrivèrent ainsi qu’une voiture de police. Des ambulanciers se précipitèrent vers Toma avec un lit, d’autres vers Théotime. Ensuite deux d’entre eux vinrent me chercher et m’emmenèrent dans l’une des ambulances, celle où Théotime se trouvait. On me plaça à coté de son lit. Je le regardais, ne voulant toujours pas croire à tout cela. Je voulais demander s’il allait bien mais je n’étais plus capable de parler. J’entendis l’ambulancier à coté de moi chuchoter à un autre, sûrement pour que je n’entende pas : 

 
-         -  Le garçon a prit un sérieux coup sur la tête, on l’a retrouvé inconscient. La fille a rien je crois. L’autre ? Je sais pas. 

 
Je ne pouvais plus nier. Il s’était passé quelque chose de grave. Je regardais Théotime, toujours, et faillis crier lorsque je vis le sang qui coulait à l’arrière de sa tête. Je me baissais et vomissais, au bord de l’évanouissement. A cet instant là je devais être si pâle, si inexpressive, que je devais paraître malade. Je pris la main de Théotime et ne la lâchai plus jusqu’à ce qu’on arrive à l’hôpital. Je lui chuchotais à l’oreille des mots qui se voulaient rassurant, bien qu’il ne m’entendait peut-être pas et que ma voix tremblante contredisait mes paroles. Soudain les portes s’ouvrirent et on m’arracha Théotime. Je voulus le suivre mais on me retint. Je criais, je criais. Puis je renonçais. On m’emmena de force dans une chambre, on me dit qu’il fallait me faire passer quelques examens. Que, soit disant, c’était « important ». Mais franchement, à mes yeux le plus important restait Théotime et Toma. Je demandais à voir mes meilleurs amis mais on me répondait qu’il fallait attendre l’arrivée du médecin. J’ai cru que j’allais devenir folle. Je le suis sûrement devenue, d’ailleurs. Je suis restée seule dans cette chambre durant 2 jours. On m’a fait des examens. Je n’avais rien, juste quelques égratignures, mais on me gardait encore sous observation. Encore quelques jours dans cette chambre. La seule visite que j’ai eu dans cette chambre, à part les médecins, c’est celle d’un policier qui m’a demandé un témoignage sur ce qui c’est passé. Il m’a dit qu’on avait attrapé le conducteur, qu’il était saoul. Depuis, je suis très sensible à tout ce qui parle de l’alcool au volant. Comme je ne parlais pas, le policier m’a dis qu’il repasserait plus tard. Il n’est pas repassé, et c’est tant mieux. Plus le temps passait, plus la chambre me semblait vide, décolorée, sans vie. Je n’avais plus envie de rien. Plus envie de manger, plus envie de boire, plus envie de bouger, plus envie de parler. Je restais allongée toute la journée, sans rien faire, tandis que les images de l’accident repassaient dans ma tête. Car oui, c’était un accident, un grave accident. Plus je pensais à tout cela et plus je comprenais, plus je revenais à la réalité. Chaque souvenir qui repassait dans ma tête était une grosse claque. Chaque gémissement que j’entendais, chaque cri, qui venait d’une autre chambre, me transperçait le cœur comme un poignard. L’un de ces cris, l’un de ces gémissements était peut-être l’un de mes meilleurs amis ? Je n’en savais rien, à ce moment là. Mais finalement, j’aurais peut-être préféré que ce soit l’un d’eux, preuve qu’ils étaient encore en vie. Un jour le médecin est venu me parler. Au début je ne le regardais pas, mais quand il me demanda si je voulais savoir ce qui s’était passé pour mes deux meilleurs amis, je me tournai vers lui et hochai la tête. Oui je voulais savoir. Il prit alors un visage grave, sérieux, qui me fit peur. Allaient-ils bien ? Que s’était-il passé pendant ces quelques jours ? Je me souviens de ce qu’il a dit comme si c’était hier tant c’est resté gravé dans ma mémoire : 

 
-         - Théotime s’est très fortement tapé la tête contre le sol. Pour l’instant il est dans le coma mais son état est stable, il a une chance de s’en sortir... 

 
Son ton laissa supposer un « mais ». Comme il ne continuait pas, je m’efforçais à parler. « Et Toma ? » chuchotai-je. Il resta une minute en silence, mon cœur battait très fort, tellement fort que le médecin devait sûrement l’entendre. Il semblait chercher les bons mots. Je compris tout de suite qu’il s’agissait d’une mauvaise nouvelle. Il bafouilla, apparemment confus et je le comprenais très bien, bizarrement. Il baissa la tête et dis tout bas, très vite, comme pour s’en débarrasser : 

 
-          - Quant à Toma... il est décédé. A son arrivée à l’hôpital. Je... je suis désolé. 

 
Et sans attendre ma réaction, il partit. Je restais sous le choc. Mes yeux se remplirent de larmes. Une quantité de larmes qui semblait inépuisable. Un dans le coma, un mort. Aie. Ca faisait mal. Ce n’était plus des claques, ni des couteaux ; à cet instant là ce fus comme si on m’arrachait les membres un à un, comme si un million d’aiguilles s’enfonçaient dans mon petit cœur, enfant encore, qui n’avait rien demandé de tout cela, comme si on m’avait ouvert le ventre et que l’on réduisait en morceau tout ce qu’il y avait à l’intérieur. Je me levai machinalement et courrait aux toilettes, vomir. Encore et encore. Aie. Aie. Aie. Mon cœur. Ma tête. Mon ventre. Mes yeux. Tout cela s’était arrêté de fonctionner. Et d’ailleurs, je ne voulais plus qu’ils fonctionnent. Je voulais tout arrêter là. Je ne pensais pas encore comment, mais je ne voulais plus continuer. Je n’avais déjà plus de force. J’étais à bout. Je sortis alors de ma chambre, tombais à cause de l’engourdissement de mon corps, me relevais, courrais comme je pouvais. Je devais paraître folle, dans l’état où j’étais. Je fis tout l’étage, sans trouver Théotime, manquais de m’évanouir et m’autorisais une pause pour récupérer. Je me couchais dans les escaliers, à bout de force. Une infirmière passa et me demanda ce que je faisais là. Elle m’aida à descendre les escaliers et m’emmena à l’accueil. Je demandais à voir Théotime. Je courrais à la chambre, malgré mon épuisement, entrais sans cesser de courir et m’asseyais à coté de lui, reprenant ma respiration. L’arrière de son crâne était bandé, ainsi que son bras. Il était pâle, presque blanc, ces yeux étaient cernés, ces cheveux en bataille. Il paraissait mal. Je devais être aussi pâle et avoir l’air aussi malade que lui, l’air morte, peut-être, mais ça n’était pas important. Je restais à ses cotés pendant quelques heures, lui tenant la main et lui parlant comme je l’aurais fait s’il avait pu me répondre, sans même savoir s’il m’entendait. Puis je dus partir, pour ne pas alerter mes parents et rentrer le jour prévu. Je décidai de ne rien leur dire. De garder tout ça pour moi, de ne jamais le dévoiler à qui que ce soit (bien que maintenant, ce soit fait). Surtout pas à mes parents. Déjà qu’ils ne savaient même pas que j’étais à Saint-Etienne ces quelques jours. Je décidai aussi de revenir voir Théotime autant que je le pourrais, malgré la distance et les mensonges que je devrais inventer. 

 
Quand je suis sorti de l’hôpital, je ne savais pas encore à quel point j’avais changé en ces quelques jours. A tout juste 13 ans - 9 jours à peine après mon anniversaire - j’aurais pu avoir une adolescence normale, j’aurais pu faire ma crise d’adolescence, j’aurais pu sortir, faire des conneries, j’aurais pu être normale. Mais la vérité c’est que je n’étais plus « normale ». J’étais une nouvelle personne. Je n’étais plus Sandra. J’étais une inconnue, moi-même je ne me connaissais pas encore. Je suis retourné en cours normalement. J’ai commencé à mentir, à faire semblant. Je souriais, je rigolais, mais à peine étais-je seule que je commençais une nouvelle crise de larme. Je ne sais pas comment les autres ont pu passer à coté de mon sale état tellement il était voyant. Pour me décrire rapidement tel que j’étais les mois qui ont suivis, j’étais toujours très pâle, je cachais mes horribles cernes de mort-vivante sous une épaisse couche de fond de teint, mes os devaient sûrement dépasser tellement j’étais maigre et je cachais cela avec des vêtements larges, je ne me coiffais plus, et j’en passe...  Je n’en pouvais plus. Je ne dormais plus de la nuit, je faisais des cauchemars, je n’arrivais pas à aller voir Théotime tous les week-ends, je souffrais. Et j’ai commencé à faire une connerie. Ca me soulageait. Ou du moins ça en avait l’air. Toutes les semaines, voir plus, une petite entaille apparaissait sur mon petit corps. D’abord sur les bras, puis à des endroits cachés par les vêtements. Une connerie. Que je regrette. Car cela n’a pas empêché ma souffrance. 

 
Chaque mois, je voyais deux fois Théotime, trois fois quand j’avais de la chance. Mais chaque visite était un supplice. Avant l’accident, je n’aurais pas fait attention à cet homme là bas, en fauteuil roulant. Ni à cette femme au visage brûlé. Ni à cette famille qui vient de perdre l’un de ses membres. Ni à cette femme qui attend que son mari se réveille du coma, que je voyais au chevet de son mari à chaque fois que je venais à l’hôpital. Ni à tous ces gens, aussi pâles que si c’était eux les malades, qui rentrent et sortent de l’hôpital pour venir voir un proche, des gens comme moi. Je n’aurais pas fait attention au nombre hallucinant de malades qui se trouvent dans les hôpitaux, ni à tout ces bruits qu’il ne faut mieux pas identifier, ni à ces « bip, bip, bip » qui mesurent le pouls et qu’on craint à chaque seconde qu’ils s’arrêtent ou s’affolent. Je n’aurais pas fait attention non plus à toutes ces ambulances qui passent chaque jour dans la rue, et dont le simple fait de les entendre ou de les voir me fait souffrir. Tout cela me fait souffrir. Si tout cela ne s’était pas passé, je ne me cacherais pas les yeux quand je passe à coté d’un accident de voiture, où qu’il soit et quel qu’il soit. Je ne serais pas allergique à l’hôpital et tout ce qui va avec. Je ne serais pas hypocondriaque. Je ne serais pas ce que je suis. 
Je ne pensais pas pouvoir souffrir plus que je ne souffrais déjà. Pourtant, environ 5 mois plus tard, on m’a annoncé que Théotime n’était plus là, lui non plus. Plus là. Soudain, je me suis senti seule. Affreusement seule. J’avais connu les deux plus belles amitiés qui puissent exister, le plus bel amour. C’était un amour fraternel très fort. Comment allais-je pouvoir aimer encore ? Je n’étais même plus très sûre d’en être capable. J’étais perdue. Je ne savais plus. C’est là que je me suis dis : « Si eux ne sont plus là, alors qu’ils m’ont sauvé la vie, pourquoi ne devrais-je pas mourir à mon tour ? ». Pourquoi m’avaient-ils donc sauvé la vie ? Alors qu’ils ont perdu la leur ! Je ne méritais pas de vivre. Je ne pouvais pas. Je n’étais plus assez forte pour supporter tout ça. L’ancienne moi aurait peut-être pu, mais les événements m’ont terriblement affaiblis. La vérité je la sais. C’est que j’aurais dû mourir ce 31 mars 2007. Si j’ai survécu depuis, j’avoue que je ne saurais dire comment. 

 
Les 6 mois suivants ont été terribles. J’ai tenté plusieurs fois de mettre fin à mes jours, je ne dirais pas combien de fois... Mais à part tacher mes vêtements et me rendre malade, je n’arrivais à rien. Il faut croire que j’étais plus résistante que je ne le pensais. Ou que je ne voulais pas réellement mourir, que j’avais peur. Je me suis éloignée de toutes mes amies. Même mes meilleures. Sans vraiment leur dire pourquoi. Je ne recherchais pas la compagnie, car ce n’était pas de celle là dont j’avais besoin. Je n’avais plus envie de faire semblant, même si j’étais parfois obligée. Je ne parlais presque plus. Je restais des heures dans ma chambre, n’en sortais que pour manger le peu que je me forçais à manger. Je ne travaillais plus, je ne dormais plus. Et la seule chose à laquelle je pensais était mes meilleurs amis. Je ne pouvais plus penser à autre chose. Horrible. Impossible de me changer les idées. J’en aurais pourtant eu grand besoin. 

 
C’est seulement un an plus tard que j’ai rencontré Fabien. Pendant plus d’un an il m’a aidé, je ne dirais pas qu’il a remplacé Toma et Théotime, mais je le considérais quand même comme un meilleur ami. Il occupe une grande place dans mon cœur, bien que moins grande que celle qu’occupent les 3 autres garçons. Mais Fabien, c’est une autre histoire. Que je ne raconterais pas maintenant. Qui est tout aussi horrible pour moi. Qui est trop récente pour que je puisse la raconter. Rien que d’y penser... 

 

 
Merci de m'avoir lue, bonne après midi à tous et à toutes =)   


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MessagePosté le: Mar 29 Déc 2009 - 16:36    Sujet du message: Publicité

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Humphrey
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Inscrit le: 24 Mar 2009
Messages: 703
Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Mar 29 Déc 2009 - 19:47    Sujet du message: L'Accident. Répondre en citant

Vous avez indéniablement un certain sens de la narration dramatique. Votre récit, même s'il contient quelques redondances et répétitions, se lit avec fluidité. Vous transmettez bien les sentiments également.

Le style est très (trop?) simple et très direct, parfois un peu trop proche du langage parlé pour pouvoir être qualifié de "littéraire". Mais le tout est de voir si votre objectif est simplement de raconter une histoire (ce que vous faites relativement bien) ou si vous cherchez à écrire un texte d'un certain niveau littéraire.  Si vous privilégiez l'approche littéraire - et donc la qualité de l'écriture - je pense que vous pouvez certainement améliorer ce texte, notamment en enrichissant un peu (et en variant) le vocabulaire et en supprimant quleques répétitions.

Il y a quelques petites erreurs de langue par ci par là mais rien de très dérangeant. Le texte mériterait également une correction orthographique et une légère remise en page (votre premier paragraphe, par exemple, devrait être scindé en deux ou trois).
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Melina
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Messages: 3
Bélier (21mar-19avr)

MessagePosté le: Mar 29 Déc 2009 - 19:54    Sujet du message: L'Accident. Répondre en citant

Merci pour votre réponse.
Je ne cherchais pas spécialement à écrire quelque chose de littéraire, j'ai écris cela juste pour le raconter.


J'ai écris d'autre texte qui, eux, sont littéraires, je les posterais sûrement dans quelques temps.


Merci pour votre critique, bonne soirée.
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Messages: 160
Poissons (20fev-20mar)

MessagePosté le: Mar 29 Déc 2009 - 23:13    Sujet du message: L'Accident. Répondre en citant

Il est vrai qu'en vous lisant on pense certainement à votre envie de vous confier en racontant une histoire réelle, de vous libérer d'un certain poids.

Comme raconter ses souvenirs (douleureux) est aussi faire oeuvre d'art tout en se libérant de ses angoisses et peurs, je crois que cet objectif est atteint.

Si je me permets des remarques hors du domaine littéraire, je dirais que vous n'êtes pour rien dans ce drame et que cette souffrance n'aurait jamais du avoir ces proportions. C'est l'âge trop bas (jugement pas encore mûr) et l'absence de soutien psychologique des proches  ( qui n'en savaient rien) qui sont à l'origine de cette auto-punition pas du tout justifiée.

Votre texte devrait introduire cette dimension, après le recul, qui consiste à dresser un tableau de détresse d'une petite fille qui  l'a  échappé belle grâce à un acte de bravoure de personnes chères, lequel acte ne pouvait changer en rien leur propre destin.

Bonne continuation
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Melina
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Inscrit le: 29 Déc 2009
Messages: 3
Bélier (21mar-19avr)

MessagePosté le: Mar 29 Déc 2009 - 23:57    Sujet du message: L'Accident. Répondre en citant

Merci pour votre avis.
Vos remarques sont tout à fait justes.


Bonne soirée, encore merci.
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Gilles


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Inscrit le: 23 Fév 2010
Messages: 318

MessagePosté le: Mar 23 Mar 2010 - 01:43    Sujet du message: L'Accident. Répondre en citant

Melina a écrit:
Pour dire la vérité, puisque je suis là pour ça, je m’étonne moi-même d’être encore en vie à ce jour.

Je constate avec plaisir que tu es toujours vivante puisque tu es venue sur le forum aujourd'hui. Je n'ai rien à ajouter aux remarques d'Abdel et de Humphrey à propos de ton texte, sinon qu'il ne faut pas confondre le Narrateur et l'Auteur, et que le pessimisme est le propre de la jeunesse, elle peut se le permettre. Les gens âgés, dont je suis, sont optimistes… ou sont déjà morts. Ton style n'est pas trop direct à mon avis, car j'aime bien la littérature sans fioritures, même, un peu « compte-rendu » comme L'Étranger de Camus. Avec un peu de travail il deviendrait plus personnel, comme celui de Duras — non pas que je suggère de l'imiter, n'est-ce pas ! Je veux dire reconnaissable entre mille.

Bon anniversaire !
 
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:42    Sujet du message: L'Accident.

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