http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: L'image selon Reverdy
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L'image selon Reverdy

 
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Auteur Message
Gilles


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MessagePosté le: Mar 2 Mar 2010 - 04:17    Sujet du message: L'image selon Reverdy Répondre en citant


Pierre Reverdy vers 1960 · Esprits nomades
 
Pierre Reverdy (1889-1960) a écrit dans sa revue Nord-Sud¹ que l'image est une création pure de l'esprit. Elle ne peut naître d'une comparaison mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées. Plus les rapports des deux réalités rapprochées seront lointains et justes, plus l'image sera forte — Plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique…

Souvent citée par André Breton, en particulier dans le Manifeste du Surréalisme de 1924, cette définition n'est pas une « recette » mais une tentative de cerner la nouvelle poésie. Nouvelle à son époque, évidemment, et un peu en opposition aux « Grands Écrivains » qui représentaient l'ancienne beauté, sacralisé par le public au même titre que les toiles dans les musées. Dada et les Futuristes sentiront la nécessité de tout détruire (y compris la typographie) afin de tout renouveler, tandis que Reverdy s'attachera plus à la syntaxe, car il considérait que le langage poétique est indépendant de la typographie ou plutôt que La syntaxe est un moyen de création littéraire. C’est une disposition de mots — et une disposition typographique adéquate est légitime (Nord-Sud, nº 14, avril 1918).
 
Il marchait sur un pied sans savoir où il poserait l’autre.
Au tournant de la rue le vent balayait la poussière
et sa bouche avide engouffrait tout l’espace.
Il se mit à courir espérant s’envoler d’un moment à l’autre,
mais au bord du ruisseau les pavés étaient humides
et ses bras battant l’air n’ont pu le retenir.
Dans sa chute il comprit qu’il était plus lourd que son rêve
et il aima, depuis, le poids qui l’avait fait tomber.

   — Reverdy. La Saveur du réel, 1916 © Gallimard
 


Le premier numéro de Nord-Sud

Dédicacé à Maurice Saillet, on y voit les
noms de jeunes poètes dont Apollinaire.
© Fr. Simon
 
__________
1. Reverdy a choisi ce nom parce qu'habitant rue Cortot dans le XVIIIᵉ Arrondissement, il prenait la ligne Nord-Sud chaque jour.
 
(Ceci n'est pas une note de lecture de roman, mais d'une revue de poésie… mais puisqu'il n'y a pas de rubrique Notes de lecture de poésie je me suis permis de la mettre ici.)
 
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MessagePosté le: Mar 2 Mar 2010 - 04:17    Sujet du message: Publicité

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Abdel
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MessagePosté le: Jeu 11 Mar 2010 - 20:56    Sujet du message: L'image selon Reverdy Répondre en citant

J'ai lu quelque part que les surréalistes avaient abandonné l'écriture automatique parce qu'elle donnait libre cours aux démons de l'inconscient. Ils ont préféré que le subconscient tienne quand même l'inconscient en laisse et ne pas le laisser dévoiler des "intentions" parfois dangereuses (suicide, révélations graves, etc).

Le poète, à mon avis, doit rester assez maître de ses images. On le lit : il risque de susciter des idées noires ou malfaisantes chez les esprits fragiles.

L'autre jour sur un forum, j'ai commenté un poème bizarre mais très beau. J'ai dit que la tour décrite est le coeur d'une femme. L'auteur, sur ma demande , a répondu à "mon avis"  pour que je m'en assure. Il m'a dit que ce genre de poème relève de la fantasy et des frontières entre le conscient et le subconscient. Il s'y aventure pour exprimer l'état d'âme de certaines personnes dont l'amour est vain pour une autre. Qu'il se "hasarde à faire une hypothèse : la tour n'est pas le coeur d'une femme" ! etc,etc.

J'ai été intrigué par cette réponse puisque l'auteur ne fait pas d'hypothèse pour comprendre sa propre oeuvre ! Il m'a répondu que dès que l'auteur a choisi de publier son oeuvre, il n'est plus le seul à décider !

Il a bien raison non ? Combien d'oeuvres, de chansons, ont réuni les coeurs et combien d'autres ont brisé  des foyers !

L'écriture est redoutable par les messages (bons ou mauvais) qu'elle transmet ! d'où la responsabilité morale de l'auteur.

 Que dire de l'écriture engagée politiquement qui use des moyens littéraires pour rallier les masses pour une idée, une cause , bonne ou injustifiée !

Alors j'ai répondu que, plus que cela ,l'auteur ne s'appartient plus après sa publication. Des joutes oratoires vont se tenir en marge de son oeuvre : les uns le défendant , les autres le défonçant, sans qu'il puisse bouger le petit doigt.

Une fois publié, l'auteur ne peut revenir en arrière sauf à se renier et se contredire dans une oeuvre suivante ou publiquement par inteview.

La prudence impose de ne pas se fier aux écritures automatiques ni  d'attiser les pulsions profondes de l'animal qui dort en chaque homme.

La littérature  doit concourir à perfectionner la civilisation et la nature humaine, non à la détruire. A la libérer pour le bien de tous non à l'asservir pour le malheur de chacun et donc de tous.
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Gilles


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MessagePosté le: Jeu 11 Mar 2010 - 21:22    Sujet du message: L'image selon Reverdy Répondre en citant

Abdel a écrit:
J'ai lu quelque part que les surréalistes avaient abandonné l'écriture automatique parce qu'elle donnait libre cours aux démons de l'inconscient.

En effet, André Breton en parle quelque part dans ses Œuvres complètes ; je retrouverai la référence exacte. Breton et Philippe Soupault avaient soulevé un voile et ils ont eu un peu peur de ce qu'ils ont vu, dirait-on. Le troisième participant, Robert Desnos, est le seul à ne pas avoir été affecté, si je me souviens bien. Comme tu le dis, l'écriture n'est pas que « de la littérature ».

J'ai souvent été frappé (de stupeur) devant les écrits, les chansons, les peintures, les bandes dessinées des jeunes qui créent dans la mouvance de l'école Fantasy ou Goth (je ne connais pas les étiquettes exactes) : tout apparaît démoniaque, sadique, etc. Même les enfants se voient offrir des jouets terrifiants (quand on y pense), comme les « Transformers ». On est loin des chevaux de bois et des petits trains électriques de mon enfance.
 
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Abdel
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MessagePosté le: Ven 12 Mar 2010 - 00:26    Sujet du message: L'image selon Reverdy Répondre en citant

Je partage entièrement cette impression qui d'ailleurs me pousse à réfléchir sur cette constation judicieuse.

Je me rappelle une caricature en deux images montrant dans l'une un garçon assis  tranquillement devant la télé à regarder des avions larguant des bombes, avec force déflagrations et corps épars. Et dans l'autre, le même garçon s'enfuyant de sa chaise, terrorisé, devant l'image de la tête d'un méchant loup ouvrant sa gueule...
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Gilles


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MessagePosté le: Ven 12 Mar 2010 - 04:12    Sujet du message: L'image selon Reverdy Répondre en citant

Abdel a écrit:
[…] un garçon assis tranquillement devant la télé à regarder des avions larguant des bombes, avec force déflagrations et corps épars. Et dans l'autre, le même garçon s'enfuyant de sa chaise, terrorisé, devant l'image de la tête d'un méchant loup ouvrant sa gueule...

On peut l'expliquer par le fait que le garçon n'a jamais vu un loup de près, je suppose.

Pour quelle raison les blessures qu'on montre dans les films gore troublent plus que les blessures qu'on voit dans un accident d'auto par exemple ? Je pense que c'est parce que devant l'écran le spectateur est impuissant, seule une partie de ses réflexes peut s'exercer. Je veux dire que la télévision et le cinéma anesthésient le cerveau dans une certaine mesure. Dans la réalité, une personne normale peut réagir par la fuite, ou le dégoût, ou la compassion, ou (avec un entraînement adéquat) l'intervention utile.

La comparaison n'est pas parfaite (comme toujours), mais dans les films, la victime est le plus souvent paralysée par la peur et se laisse tuer passivement (pour les besoins du scénario), alors que dans la réalité on constate sur les victimes la présence de defense wounds (je ne connais pas le mot en français) ; la plupart des gens se défendent (ou ont réussi à fuir, donc il n'y a pas de victime). Le lien avec ce que tu écris plus haut est que la représentation est toujours déficiente. L'agression représentée paralyse alors que l'agression subie déclenche des mécanismes de réponse, l'amour représenté (par exemple dans un poème) n'a que peu d'effet alors que l'amour vécu a des conséquences sur la vie quotidienne et — effleurons un instant la politique — l'ennemi représenté dans les médias pourrait être un ami dans la réalité, si on pouvait l'avoir devant soi et lui parler et... l'écouter.
 
Tout cela est différent de l'effet réel que peuvent avoir les mots sur les esprits, bien sûr, comme tu disais plus haut à 13:56 (L'écriture est redoutable par les messages (bons ou mauvais) qu'elle transmet !) mais notre civilisation est plus concentrée sur les images que sur les mots.
 
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Abdel
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MessagePosté le: Ven 12 Mar 2010 - 14:13    Sujet du message: L'image selon Reverdy Répondre en citant

Je partage Gilles, tu as raison.

J'ajouterais, ça me vient par association d'idées  : l'animosité dans les forums provient un peu de cette "passivité" devant l'écran. On ne voit pas son interlocuteur pour l'apprécier , lui parler, nouer une relation directe...
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Gilles


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MessagePosté le: Ven 12 Mar 2010 - 22:22    Sujet du message: L'image selon Reverdy Répondre en citant

Abdel a écrit:
[…] l'animosité dans les forums provient un peu de cette "passivité" devant l'écran. On ne voit pas son interlocuteur pour l'apprécier, lui parler, nouer une relation directe...

Très juste. De plus, l'anonymat constitue une tentation très forte de se laisser aller à dire n'importe quoi... C'est une des raisons pour lesquelles je suis contre l'anonymat mais... je fais partie de la minorité !
 
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MessagePosté le: Mer 8 Déc 2010 - 23:33    Sujet du message: L'image selon Reverdy Répondre en citant

"La littérature doit concourir à perfectionner la civilisation et la nature humaine, non à la détruire. A la libérer pour le bien de tous non à l'asservir pour le malheur de chacun et donc de tous". dit Abdel
La littérature n'a pas ce souci. Son objet c'est en quelque sorte une esthétique de l'oeuvre (écrite ou orale, dès lors qu'il s'agit d'une esthétique des mots). Reste à définir ce qu'est l'esthétique... dans ce champ particulier. Si je te suis, Abdel, il faut censurer et brûler toutes les oeuvres "au noir" qui sont parmi les plus belles. Je ne peux y souscrire sauf à être complice de tous les régimes qui ont eu pour premier souci de brûler les livres, avant de brûler les hommes...
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MessagePosté le: Jeu 9 Déc 2010 - 04:00    Sujet du message: L'image selon Reverdy Répondre en citant

Je ne suis pas spécialiste de littérature, j'expose un point de vue personnel née de ma propre vision des choses. Je pense qu'une littérature sans souci ou un écrivain sans souci n'existent pas. Si les oeuvres au noir concernent cette littérature particulière que l'on nomme "trash", alors le souci de l'auteur est de décrire "avec acuité et réalisme" les maux de la société moderne. Les témoignages de détresse personnelle ou d'expériences vécues douleureusement sont d'une grande importance pour améliorer la nature humaine et donc concourent à perfectionner la civilisation et la nature humaine.

Le problème dépasse, c'est vrai , celui de l'esthétique littéraire : il faut créer chez le lecteur cette aversion nécessaire pour passer outre le barrage de l'esthétique et du bon goût pour l'obliger à refléchir au lieu de révâsser dans les méandres d'une histoire qui finalement ne l'aurait fait que le distraire.

Je pense que ce genre d'écrit dépasse le simple cadre de l'exposition de réalités vécues pour le plaisir de les raconter. l'auteur engage sa responsabilité morale envers les esprits fragiles qui vont le lire. Un dosage artistique est nécessaire pour faire avaler la pilule du laid et du dramatique dans tous ses états.

Par conséquent un savoir-faire littéraire ne doit jamais être absent de toute oeuvre crue jetée à la figure des lecteurs de tout bord sans ménagement à leur degré divers de réceptivité. Un jeune lecteur a une réceptivité plus compliquée que celle d'un lecteur d'âge mûr. Les uns seront influencés négativement, les autres applaudiraient des deux mains une histoire vécue atrocement parce qu'ayant plus d'exprérience "pour comprendre" et donc en profiter pleinement pour leur propre confort interne ou pour être motivés à améliorer les conditions malheureuses des autres par diverses interventions.

Bref, ne me suivez surtout pas dans mes cogitations trop personnelles, je risque de vous égarer avec moi-même. Une chose est néanmoins sûre pour moi : tout écrivain  a le feu quelque part et il ne se sent libéré qu'une fois avoir écrit à partir de ses cendres. Il se consume pour nous éclairer. Et même si on brûle ses oeuvres, leur lumière est déjà en nous , éternellement, après lecture.

Voilà, je viens de me faire brûler.
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