http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: Zak et Lehla (suite 12)
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Zak et Lehla (suite 12)

 
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yasmina
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MessagePosté le: Lun 8 Mar 2010 - 20:28    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 12) Répondre en citant

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13    

    

    
"L'ennemi ne se changera pas en ami, ni le son en farine."    

    

    
           Le cœur léger, Lehla était rentrée chez elle, un sourire béat figé sur les lèvres. Elle voulait chanter, danser, rire, et pleurer à la fois. Pleurer de joie, de la joie de connaître un tel sentiment. Elle avait forcément été bénie et choyée par le destin pour vivre une sensation aussi incroyable. Elle voyait les gens autour d'elle sous un regard totalement différent à présent.     
Elle avait souri à la vue des couples qui se baladaient dans la rue, elle avait souri en se faisant klaxonner par un chauffeur de taxi furieux alors qu'elle traversait maladroitement la rue, elle avait gardé ce sourire énigmatique quand un enfant haut comme trois pommes était venu lui demander une petite pièce alors qu'elle n'avait pas un sous dans sa poche, et quand elle était arrivée en retard chez elle, et qu'elle s'était fait sévèrement réprimander par son grand-père, se fut avec grand peine qu'elle se retint de sourire...    
Une fois dans sa chambre, elle avait repensé aux lèvres de Zakarya, à sa langue qui était venue à maintes reprises chatouiller la sienne, à son regard d'amoureux transit, à son corps appuyé contre le sien, et à ses mains se baladant sur ses courbes. Et comme tout au long de la soirée, ce sourire était resté figé sur ses lèvres.     
Était-ce mal de se laisser ainsi aller entre ses doigts? Aurait-elle du l'arrêter? Ces questions auxquelles elle aurait eu des réponses si claires auparavant, n'en avaient pas trouvé ce soir. De toute façon, aurait-elle pu le repousser? Blottie dans ses bras, elle avait eu le sentiment de perdre tout contrôle. Elle s'était sentie faible et envoutée, tandis qu'amour et désir prenaient le pouvoir, laissant une raison impuissante et désarmée. Y avait-il après tout contact plus doux que celui de sa peau? Odeur plus agréable que la sienne? Un sentiment aussi pur pouvait-il être considéré comme pêché? Dieu pourrait le comprendre, ils étaient totalement envoutés. Et puis ce n'était pas comme si elle ne se marierait pas avec cet homme, ils avaient eu un coup de foudre, et ils s'aimaient éperdument l'un l'autre. La perspective de finir sa vie entière avec lui avait fait naître sur les lèvres un immense sourire.    
Le soir, le cœur vibrant d'amour et d'émotion, elle avait mis un temps fou à s'endormir, bien trop surexcitée pour y parvenir. Et quand elle avait finit par fermer les yeux, ce ne fut que pour rejoindre Zakarya dans ses rêves les plus fous.    

    
              Lehla avançait en chantonnant dans les rues de Rouamzine, elle devait acheter du pain au sésame chez le boulanger. Pour la première fois, qu'importaient les vêtements sur son dos – une vieille tunique rouge et un jean usé – elle se sentait jolie. Les hommes autour pouvaient penser ce qu'ils voulaient, de toute façon elle était heureuse, elle était aimée. Elle percevait comme une caresse le doux souffle du vent dans ses cheveux relâchés, comme un chatouillis la chaleur du soleil sur ses bras nus. Quelle belle journée d'été qui s'annonçait là! Rien n'en altérerait la splendeur. Pas même les pavés gris maladroitement incorporés au sol de la rue Ain Elfouki, qui la faisaient trébucher sans cesse à chaque fois qu'elle avait à l'emprunter ; ni même ce clochard qui s'y baladait toujours, boitillant, réclamant de l'argent tout en insultant quiconque le dévisageant trop longtemps ; ni la mère Halima qui passait son temps à balayer dehors, épiant les allées et venues sans s'arrêter une seconde de radoter, et moins encore les potiches à mini jupes qui ne cessaient de la contempler en complotant.    
Assises sur le perron de la famille Haskri, Louisa et ses copines discutaient à voix basse, tout en lui jetant des petits coup d'oeil de temps à autre. Le premier réflexe de Lehla fut de prier silencieusement Dieu de la laisser garder l'équilibre sur ce chemin sinueux. S'étaler de tout son long devant ces vipères aurait constitué la pire des humiliations. Ensuite, elle souhaita de toute ses forces voir leurs têtes se cogner l'une contre l'autre. De toute évidence, Dieu n'exauçait qu'une seule prière à la fois. Ayant permis à Lehla de les atteindre sans encombre, il avait jugé bon de laisser leurs crânes intacts. Devant cette défaite, Lehla opta pour un plan B, baisser les yeux et ignorer leur présence. Si cette technique avait toujours fonctionné jusqu'à présent, cette fois-ci, le sort en décida autrement. Ou du moins, ce jour là, Louisa en avait-elle décidé autrement.    
« Tu t'appelles Lehla? »    
               Lehla leva le nez, étonnée. C'était Louisa qui s'était adressée à elle. Elle acquiesça.    
« Moi c'est Louisa, et ce sont Najla et Salima. »    
              Lehla sourit timidement, jetant un coup d'œil rapide à Najla et Salima. Elle ne put s'empêcher de trouver à la première un regard hostile.    
« Tu sors avec Zak? » L'interrogea Louisa avec intérêt.    
              La jeune fille ne sut comment réagir. Alors voilà pourquoi elle s'intéressait soudainement à son cas.    
« Je t'ai vu avec lui hier, ajouta Louisa.    
_ Oui je sors avec, murmura Lehla non sans une certaine suspicion.    
_ C'est un beau mec, je suis sortie avec lui moi aussi, » répliqua la jeune fille en souriant.     
             Assia lui en avait parlé l'autre jour. La première réaction de Lehla fut de soupirer de soulagement, bien trop heureuse de n'avoir déclenché aucune hostilité avec une fille aussi redoutablement séduisante. La minute d'après, elle eut envie que la terre s'ouvre sous ses pieds et l'engouffre toute entière. Elle détailla Louisa du regard, ses yeux noisettes en amande, son petit nez droit, ses cheveux châtain clair aux lueurs dorées, sa silhouette élancée mise en valeur par une petite robe d'été. Elle était absolument sublime. Elle qui se sentait si jolie quelques minutes plus tôt, se sentait cadavérique désormais.     
« Cet après midi on va toutes se balader en ville, ça te dit de venir avec nous? » Proposa Louisa.    
             Lehla haussa les épaules.    
« Je ne sais pas trop...    
_ Allez, on va bien s'amuser tu verras, ce sera l'occasion de faire connaissance! »    
             Louisa avait un regard étrange. Un de ces regards qui aurait pu clairement signifier que Lehla avait fort intérêt à ne pas décliner l'offre, sous peine de passer définitivement de l'autre côté de la barrière. Comme si une perche lui eût été généreusement tendue, et que la refuser eût symbolisé une claire hostilité à Louisa et sa bande, comme si c'eût été un affront. Elle finit par accepter, sous l'œil réjouit de la jeune fille. Puis elle les quitta et se dépêcha d'aller acheter le pain.    
Malgré la gentillesse prononcée de Louisa, Lehla se demandait s'il n'y avait pas de supercherie, si elle n'allait pas s'apercevoir plus tard que ces filles lui jouaient un mauvais tour. Mais après tout, peut-être que la roue avait simplement décidé de tourner en sa faveur. Cette éventualité lui parut toutefois louche.    
La jeune fille s'affaira devant son armoire à la recherche de jolis vêtements, avec le sentiment que quoiqu'elle porte, elle aurait l'air ringarde à côté de Louisa et ses copines. Elle opta finalement pour une tunique dos nu sur un jean, avec un boléro.    
Elle devait retrouver Salima en bas de la rue. Elle jeta un œil à son portable, il était dix-huit heures, elle devait se dépêcher de sortir.    
« Ne rentre pas tard! » Lança sa mère.    
             Lehla était déjà dans la rue, chassant d'un signe de tête ses paroles.    
Salima arriva avec dix minutes de retard, très maquillée et les cheveux tellement raides qu'on eût dit que quelqu'un les avait tirés de toutes ses forces. Elle avait le visage d'une fille qui sans tous ces artifices aurait paru quelconque. Qui l'aurait remarquée sans cet immense trait d'eye-liner sur ses yeux, ou cet excès de blush sur ses joues? Tout sur elle paraissait vulgaire. Sa robe rouge, descendant pourtant aux genoux, lui collait à la peau comme une deuxième peau, faisant ressortir la protubérance de ses énormes seins ainsi que la proéminence de ses fesses très rondes. Son grain de peau, assez halé mais à l'aspect sale à cause de diverses cicatrices et traces de coups ; ses lèvres gercées et ses ongles jaunis lui donnaient une apparence assez crasseuse. Et le plus écœurant était l'épaisse couche de maquillage sur toute cette crasse.    
« On va retrouver Louisa devant chez elle », annonça-t-elle.    
            Puis elle n'ajouta plus un mot. Elle se contenta de marcher les yeux rivés devant elle, mâchant bruyamment un chewing-gum.    
Louisa habitait dans une jolie rue avec de grandes résidences bordées de jardins verdoyants. Quand Salima sonna à l'interphone, elle invita les jeunes filles à monter. Après avoir gravi trois escaliers, celles-ci se retrouvèrent dans un appartement au style somptueux. Il était tellement illuminé qu'on eût dit que le soleil y concentrait tous ses rayons. Chaque mur était orné de tableaux et de photos de Louisa et de sa mère. Aucune figure paternelle.    
« Installez-vous, je ne suis pas encore prête! » lança Louisa.    
              Lehla prit place dans un canapé en cuir blanc, tandis que Salima rejoignait son amie dans sa chambre. Elle inspecta la pièce du regard, le grand miroir dans l'entrée, le lustre au plafond, les rideaux de soie, le grand tapis persan d'un blanc immaculé. Tout était si propre qu'on aurait pu croire que personne n'y vivait, ou alors sa mère était une ménagère hors pair! Une femme fit très vite irruption dans la pièce, un plateau à la main. Elle le posa sur la table.    
« Bonjour! S'exclama Lehla en se levant.    
_ Bonjour Mademoiselle, je vous en prie, asseyez vous. »    
              La femme posa le plateau sur la table de verre.    
« Un thé Mademoiselle? » Proposa-t-elle.    
              La jeune fille acquiesça et la remercia.    
Louisa ne tarda pas à pointer le bout de son nez. Comme toujours elle était sublime dans sa robe courte verte qui laissait dévoiler ses longues jambes interminables.    
« Comment tu trouves le thé? Rania fait le meilleur thé de la région, j'en suis persuadée! S'exclama-t-elle l'air visiblement ravi.    
_ Oui c'est très bon en effet, répondit timidement Lehla.    
_ Tu vas rester habillée comme ça? » L'interrogea Louisa en la toisant du regard.    
              La jeune fille rougit, mal à l'aise.    
« Tu n'as pas chaud avec ce jean? Pourquoi tu portes ta robe avec un jean? Et ce boléro? Il ne fait pas assez chaud? »    
              Lehla haussa les épaules.    
« Tu sais...mon grand père ne serait pas très content...    
_ On s'en fou de ton grand-père! Sans vouloir te vexer bien sur. Il ne sera pas où nous irons de toute façon, je suis certaine qu'il ne dépasse jamais le pâté de maison! Allez arrête de cacher ton corps comme ça, fais moi plaisir, c'est carrément frustrant! Cesse d'être aussi pudique! »    
              La jeune fille finit par céder et retira son jean et son boléro, qu'elle fourra dans son sac. En effet, sa robe était tellement plus jolie à présent, mais tellement plus indécente. Elle grimaça en se regardant devant le miroir. Louisa, debout derrière elle, balança :    
« Ah non, tu es mille fois plus sexy comme ça, il n'y a pas d'hésitation à avoir!    
_ Justement...    
_ Tu veux que Zak soit sous le charme ou pas? Il aime les filles sexy, crois moi! »    
              Lehla vira écarlate et jugea bon de ne pas en discuter davantage. Elle acquiesça. Dans les minutes qui suivirent, Najla arriva, et toutes trois montèrent en voiture avec elle pour une virée entre filles.    
Elles allèrent d'abord dans un bar à chicha. L'impression de Lehla fut mitigée. Ces lieux avaient un aspect chaleureux avec sa lumière tamisée, la pièce étant faiblement éclairée. Les rideaux transparents et vaporeux dans des tons violacés, les lampes cloches orangées et fuchsia, les paravents qui séparaient l'immense pièce en plusieurs recoins pour donner plus d'intimité, les petits poufs de multiples couleurs, tout cela donnait le sentiment d'avoir pénétré dans la caverne d'Ali baba. Cependant, ce fut la fumée s'extirpant des chichas qui mit Lehla mal à l'aise. Elle ne faisait qu'assombrir la pièce davantage, avilissant les lieux, lui donnant plutôt l'air d'une taverne malfamée.    
Toutes les trois s'installèrent sur une banquette de fer forgé décorée de coussins rouges et mauves, non sans attirer toute l'attention sur elles. Lehla détesta les regards posés par les hommes aussi impudemment sur elles.     
« Oh Lehla, le mec là-bas à ta gauche, il te regarde! » S'exclame Najla en glapissant d'excitation.    
              Lehla sentait son regard insistant. Il la détaillait du regard dans son coin, fumant du narguilé, le sourire figé sur les lèvres, attendant patiemment que leurs yeux se croisent pour lui faire comprendre qu'elle l'intéressait. Il n'était pas très beau, avec une grande tête mince, un long nez et des yeux rapprochés. De toute façon les hommes séduisants focalisaient toute leur attention sur Louisa.    
« Tu ne vas pas lui parler? L'interrogea celle-ci.    
_ Qu'est ce que tu racontes? Il n'est vraiment pas beau! Et puis je te rappelle que je suis avec Zakarya. »    
            Louisa soupira. Elle ouvrit la bouche pour parler. Puis la referma. Et finit par hausser les épaules.    
« Quoi? » Demanda Lehla exaspérée.    
             Elle en avait déjà assez. Chacun semblait avoir quelque chose à lui apprendre sur Zakarya. Y avait-il seulement une personne sur cette terre qui voulait son bonheur?    
« Non rien, répondit la jeune fille. Je me prendrais bien un verre de thé! » Ajouta-telle.    
             Puis elle se leva et alla au comptoir réclamer une théière. Lehla la détailla du regard. Son air insouciant et son imperturbabilité. C'était évident. Elle était toujours amoureuse de Zakarya. Voilà pourquoi elle avait cherché à se rapprocher d'elle, pour mieux connaître son ennemie, savoir ce que Lehla pouvait avoir de plus qu'elle. Une minute plus tard, elle s'installait de nouveau sur le siège à côté, un grand sourire aux lèvres.    
« Je me suis fait draguer par le serveur, gloussa-t-elle. Il m'a passé son numéro! ».    
             Salima et Najla pouffèrent à leur tour.    
« Najla, tu vas tester? Proposa Louisa en riant.    
_ J'y vais, ça risque d'être drôle! » Lança-t-elle.    
              Najla se leva et se dirigea vers le serveur en question, souriant. Elle tripota ses cheveux en sautillant d'un pied sur l'autre. Elle avait un charme tout particulier dans son carré plongeant. Ses cheveux d'un noir de jais faisaient ressortir ses yeux clairs cernés de khôl. Le serveur la dévisagea, il sourit, griffonna quelque chose sur une feuille qu'il lui tendit. Aussitôt elle lui tourna le dos et esquissa à l'adresse des filles un sourire triomphal.    
« Un abruti! Balança Louisa en riant quand Najla les eut rejoint. Tiens tu veux pas y aller Lehla? » Proposa-t-elle.    
              Lehla grimaça.    
« Allez quoi, c'est juste un jeu! Ce mec est un connard, faut bien lui jouer un tour! Expliqua-t-elle.    
_ Il me filera jamais son numéro, bredouilla la jeune fille, gênée.    
_ Oh, faut avoir confiance en toi, sinon tu plairas jamais! Va falloir qu'on te donne des cours de séduction parce que c'est pas la joie! Même ta démarche est triste à en mourir. »    
             Lehla préféra ignorer la remarque de Louisa. Pendant les minutes qui suivirent, les jeunes filles finirent silencieusement de siroter leurs verres de thé et décidèrent suite à cela de se rendre au Dawliz. Lehla jeta un œil à sa montre. Il était déjà vingt heures quinze. Elle préféra garder le silence et attendre d'arriver là-bas pour les prévenir qu'elle s'en allait, ce n'était pas très loin de chez elle, elle pourrait rentrer à pied.    
Elle n'était jamais allée au Dawliz, elle en avait toujours entendu parler comme d'un lieu de débauche. Déjà, devant le bâtiment, la musique retentissait avec force. Des garçons et des filles s'embrassaient, sans prêter attention aux personnes autour d'eux. En réalité, en arrivant à hauteur de cet endroit, Lehla eut le sentiment de se retrouver dans un lieu totalement détaché du reste de la ville. En dehors régnait une forte pudeur. Déjà quand on se tenait la main, on le faisait dans la crainte d'être surpris par un membre de sa famille. On s'embrassait dans des lieux reculés, à l'écart du regard des gens. Faire l'amour en dehors des liens sacrés du mariage était une honte. Et si jamais on en arrivait à cette faiblesse, mieux valait ne jamais en parler. Et voilà que dans un coin en plein cœur de Meknès, les gens festoyaient et oubliaient leur pudeur. Mais où était la police?    
« Tu viens Lehla? Qu'est-ce que tu fous? Lança Louisa dans un regard interloqué.    
_ Écoute, il est tard, si je ne rentre pas tout de suite je risque d'avoir des problèmes. »    
              Son interlocutrice jeta un œil à sa montre.    
« Allez Lehla, juste une demi-heure! »    
              Visiblement, Lehla n'avait pas le choix. Elle suivit donc les filles à l'intérieur. Les gens y étaient très bien habillés. On y trouvait beaucoup d'étrangers qui se trémoussaient sur la piste de danse. Elles s'installèrent à une table, non loin de la piste, et aussitôt, Louisa s'exclama :    
« Je vais danser! », jetant son sac dans les bras de Lehla.    
              Salima ne tarda pas à la rejoindre. Curieusement, pour la première fois, Lehla les trouva insignifiantes à côté d'autres filles qui se déhanchaient sur la piste. Comparées à certaines, Louisa et Salima avaient l'air de saintes nitouches. La jeune fille songeait notamment à une blonde qui secouait ses énormes seins grossièrement mis en valeur pas un décolleté plongeant, sous les regards dissolus de certains énergumènes. Autour d'elle, les gens commandaient à boire, riaient de bon cœur, dansaient. Elle ne se sentait pas dans son élément. Elle passa son temps à guetter l'heure, et quand il fut presque vingt-et-une heure, elle tendit le sac de Louisa à une Najla qui était affairée à discuter avec le séduisant voisin de table, fit signe aux filles qu'elle s'en allait, et devant leur détachement, quitta le Dawliz.     
Une fois dans la rue, elle s'aperçut qu'elle avait oublié d'enfiler son jean. Si son grand-père la voyait comme cela, elle était fichue. Elle se cacha dans un coin, le passa en vitesse, ainsi que le boléro, puis s'en alla en pressant le pas, poings serrés.    
« T'étais où? L'interrogea son grand-père avec suspicion une fois passé le pas de la porte.    
_ Juste chez Btissame, mentit-elle.    
_ Tiens donc, chez Btissame, » rétorqua-t-il en lui jetant un regard glacial.    
              Lehla aperçut sa mère dans l'entrebâillement de la porte du salon, l'air manifestement inquiète. Elle se mordait la lèvre inférieure. La jeune fille sentit les pulsations de son cœur s'accélérer. Elle avait commis un impair.    
« Approche, » lui ordonna calmement son grand-père.    
              La crainte au ventre, Lehla s'approcha. Elle n'eut pas le temps de s'apercevoir que son grand-père avait levé le bras qu'une gifle s'abattit si violemment sur sa joue qu'elle crut pendant un instant que sa tête s'était décrochée de son cou, tant la douleur était vive. Quand elle vit la fureur dans ses yeux, elle comprit qu'il ne s'arrêterait pas là. Il se leva avec un regard si enragé qu'elle eut la sensation que son cœur dont les pulsations ne cessaient de s'accélérer allait exploser. Il était devenu écarlate, elle voyait le sang crépiter au niveau de ses tempes tandis que ses narines étaient dilatées par la furie comme un taureau prêt à bondir sur une étoffe rouge. D'un seul geste il retira sa ceinture. Et il fondit sur elle, vibrant de colère.    

             Lehla, suffocante, essuya ses larmes. Elle tremblait de tous ses membres, totalement anéantie.
    
« Mais qu'est-ce que j'ai fait, maman, pour mériter ça? » Se lamenta-t-elle.    
               Sa mère se mordilla la lèvre inférieure, peinée.    
« Tu n'aurais pas du mentir à ton grand-père Lehla. Btissame est passée voir si tu étais à la maison tout à l'heure. C'est ton grand-père qui est allé ouvrir.    
_ Mais est-ce qu'il a besoin de me frapper comme ça? Est-ce que je mérite vraiment qu'il soit si violent, pour un si petit mensonge? » Balbutia-t-elle entre deux sanglots.    
              Sa mère lui caressa les cheveux, puis essuyant ses larmes, murmura :    
« Il est comme ça Lehla, et pas autrement. On ne peut pas le changer. C'est dans sa nature. Tu sais ton grand-père a vécu des choses très difficiles, il a du faire face à des problèmes seuls, il était jeune quand il s'est marié et...    
_ Ne lui cherche pas d'excuse maman, c'est pas une raison. Il est monstrueux, c'est tout! »    
             La mère de Lehla s'éloigna, sourcils froncés, et gronda :    
« Arrêtes ça tout de suite! Il veut ton bien, et c'est tout!    
_ Mon bien? Tu veux que je te dise? La seule chose qui importe à ses yeux, c'est le regard des gens! Il faut qu'on soit sages comme des images, parce que sinon les gens penseront du mal de nous, et tout ce qu'il veut, c'est qu'on fasse bonne figure!    
_ Lehla! Si tu continues, je m'en vais! Où tu étais d'ailleurs?    
_ Tu vas t'y mettre toi aussi? S'exclama Lehla, à la fois agacée et furieuse.    
_ Je suis ta mère, et aussi longtemps que tu vivras sous ce toit tu me devras obéissance! Je veux savoir où tu étais! Pourquoi tu as menti? Tu étais avec un garçon c'est ça? Cria sa mère, excédée.    
_ Mais vas-y, hurle, alerte Ba Sidi*, donne lui tout de suite le couteau pour m'égorger tant que t'y es!    
_ Je sais que tu étais avec un garçon!     
_ C'est faux! S'écria Lehla avec colère. De toute façon je n'en peux plus de vivre ici, je m'en irai! En moins de temps qu'il n'en faut pour dire « ouf », je serai loin maman!    
_ Je te défends de dire ça! S'exclama la pauvre femme, les larmes aux yeux.    
_ Je suis oppressée maman, je ne peux plus rester ici, j'en peux plus! Je comprends pas, regarde autour de nous, sors et regarde dans la rue, toutes ces filles qui draguent tout ce qui bouge, ces filles qui découchent, qui sortent en boîte, qui se droguent, qui boivent! Moi je ne fais pas le huitième de ce qu'elles font, tout ce que j'ai fait, c'est rentrer à vingt-et-une heures, et regarde ce que j'y gagne! »    
            La mère de Lehla ne disait plus rien. Aussi sa fille leva-t-elle les yeux dans sa direction pour trouver la raison de son silence. Des larmes perlaient le long de ses joues. Lehla se redressa, totalement abattue de la voir dans cet état. Elle la serra dans ses bras.    
« Ne pleure pas maman...    
_ Promet moi que tu ne le feras pas ma fille, dis moi que tu ne t'en iras pas..., gémit-elle.    
_ Je ne te laisserai pas maman, » répondit sa fille, émue.    
            Elles restèrent immobiles un moment, dans les bras l'une de l'autre, puis son grand-père les arracha à leur moment de tendresse :    
« Najma! » Appela-t-il.    
            La mère de Lehla soupira, puis résignée, elle quitta sa fille pour voir ce que son père lui voulait.    

    

    

    

    

    
* Ba Sidi : équivalent de "grand-papa"
    


Dernière édition par yasmina le Dim 4 Avr 2010 - 12:56; édité 2 fois
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MessagePosté le: Lun 8 Mar 2010 - 20:28    Sujet du message: Publicité

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Abdel
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MessagePosté le: Sam 3 Avr 2010 - 01:28    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 12) Répondre en citant

Intéressant. On apprend bien des choses sur la psychologie féminine, d'une plume féminine. La force du récit n'a pas changé d'intensité et on lit avec autant de plaisir.

J'avoue que je me suis un peu perdu depuis le début . Il faudra un jour tout relire d'un seul trait pour juger de la pertinence ou de la force des liens entre les divers tableaux.

J'indique qu'il ya des corrections à faire mais cela se fera immanquablement au moment de la révision générale du texte.
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yasmina
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MessagePosté le: Sam 3 Avr 2010 - 18:15    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 12) Répondre en citant

merci de m'avoir lue :-)
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Gilles


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MessagePosté le: Sam 3 Avr 2010 - 19:29    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 12) Répondre en citant

yasmina a écrit:
Merci de m'avoir lue.

Pour être juste, je vais lire tout depuis le début avant de formuler mes remarques, mais les quelques extraits que j'ai sous les yeux me donnent envie de te lire.
 
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yasmina
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Balance (23sep-22oct)

MessagePosté le: Sam 3 Avr 2010 - 19:38    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 12) Répondre en citant

voilà un compliment qui me fait très plaisir :-) 
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Humphrey
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Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Dim 4 Avr 2010 - 11:11    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 12) Répondre en citant

L'histoire se complique (positivement) et s'intensifie avec l'entrée en scène de ce nouveau groupe de filles et l'accès de violence du grand-père. Je suis de plus en plus captivé et me demande comment cette histoire va finir.

L'écriture est toujours dynamique et efficace. Petit bémol toutefois: je trouve dommage que le nombre de fautes (d'orthographe surtout, mais aussi de style) soit plus élevé que dans les 4-5 chapitres précédents. Attention à ne pas se laisser aller à la facilité.

Des fautes comme "se fut" au lieu de "ce fut", "ses vipères" au lieu de "ces vipères" devraient vous sauter aux yeux lors de la relecture.

Exemple de phrase à retravailler: "Et puis ce n'était pas comme si elle ne finirait pas avec cet homme, ils avaient eu un coup de foudre, et ils s'aimaient éperdument l'un l'autre. La perspective de finir sa vie entière avec lui avait décoché à Lehla un immense sourire." 

- D'abord il y a la répétition du verbe "finir" qui pourrait être évitée.
- Ensuite il y a une mauvaise utilisation du verbe "décocher". Quelqu'un peut décocher un sourire à quelqu'un d'autre, mais une perspective ne peut pas décocher un sourire à quelqu'un.

Autre chose, concernant la narration cette fois : selon moi, il manque quelque chose entre "et il fondit sur elle, vibrant de colère" et "Lehla, suffocante, esuya ses larmes" pour qu'on comprenne que la punition est terminée et que le grand-père s'est retiré dans une autre pièce.
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yasmina
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MessagePosté le: Dim 4 Avr 2010 - 13:01    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 12) Répondre en citant

Oui vous avez raison, ces fautes sont scandaleuses! J'ai relu rapidement, j'en ai corrigé quelques unes en gras.
Pour la narration, à la fin, le manque entre la scène de violence et la fin de la punition, j'ai comblé ça par un saut de ligne et un alinéa.

Merci pour vos remarques :-)

Comme toujours pour les prochains chapitres je veillerai à résumer les faits précédents.
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Gilles


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MessagePosté le: Mer 5 Mai 2010 - 01:16    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 12) Répondre en citant

Malgré les apparences je n'ai pas oublié Zak et Lehla, je lis un peu chaque soir. Mes commentaires pour bientôt.
 
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yasmina
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MessagePosté le: Dim 9 Mai 2010 - 15:46    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 12) Répondre en citant

Merci Gilles :-)
Pour ma part, je suis en pleine période d'examens, d'où ma longue absence :-( . Mais je reviens bientôt!!  Smile
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Gilles


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MessagePosté le: Lun 10 Mai 2010 - 03:08    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 12) Répondre en citant

yasmina a écrit:
Pour ma part, je suis en pleine période d'examens […]

Alors bientôt nous devrons t'appeler Maître Yasmina ? La langue française accepterait mal Maîtresse Yasmina, je suppose…
 
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yasmina
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MessagePosté le: Sam 12 Juin 2010 - 02:41    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 12) Répondre en citant

Vu comment je m'en suis sortie, je doute qu'on m'appelle "maitre" un jour! Je suis bonne pour les rattrapages... :S
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 08:11    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 12)

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