http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: Zak et Lehla (suite 16)
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Zak et Lehla (suite 16)

 
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yasmina
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MessagePosté le: Lun 2 Aoû 2010 - 20:16    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 16) Répondre en citant

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18  

  
« Qui veut faire quelque chose trouve un moyen. Qui ne veut rien faire trouve une excuse. »  

  

  

  
           Zak observait les allées vides d'enfants. Il était loin, le temps où Marouane et lui les remplissaient de leurs rires et de leurs jeux. Ils avaient passé des heures à se dissimuler derrière les rares voitures garées, ou sous les perrons, le dos collé contre la porte dans l'espoir de gagner à cache-cache. Il songeait à toutes ces parties de foot dans la rue, lui se ruant sur la balle les pieds enfoncés dans les claquettes jusqu'à en laisser dépasser ses orteilles, pour ne pas les perdre en courant... Et sa mère qui excédée pansait ses plaies pour la énième fois, lui faisant promettre de faire plus attention la prochaine fois, tout en sachant qu'il ne s'y tiendrait pas. Puis tous ces chats de gouttière qu'ils avaient attrapés et torturés. Et ces soirées passées assis dans la rue, sous le lampadaire, à jouer au rami avec tous les enfants du voisinage. C'était le bon vieux temps. Avant que la mère de Zak ne décède. Avant que Marouane ne quitte les environs avec sa famille pour le quartier le plus malfamé de Meknès. Lui n'avait pas bougé depuis. Ni même la boulangerie au coin de la rue. La bijouterie s'était transformée en espace multimédia, et un petit tailleur s'était installé dans les parages.  
« Pain sec, pain sec! » brailla un homme à dos d'âne.  
            Ce travail existait-il en France? Passer de maisons en maisons en quémandant du pain sec...  
Un homme s'installa à côté de Zak. Il avait plus de soixante ans. On l'appelait « frère Mustapha ». Il était si frêle dans sa longue qechaba blanche. Il alluma une cigarette, toussota en aspirant une taffe. Il avait l'air si fragile.  
« J'ai cru entendre que tu t'en allais? » Finit-il par demander au garçon.  
            Frère Mustapha était calme et souriant ; souvent de bon conseil. Tout le monde l'appréciait. Il imposait le respect.  
« Oui c'est juste, répondit Zak.  
_ Où donc?  
_ Je veux tenter d'aller en France. »  
            Le vieillard sourit. Mais il ne jugea pas. Il écrasa sa cigarette, comme ça, sans même l'avoir finie.  
« Pourquoi la France? L'interrogea-t-il.  
_ Il y a de l'avenir pour moi là-bas. Pas ici.  
_ Tu crois qu'il y a de l'avenir pour toi là-bas? Plus qu'ici?  
_ J'en suis sur.   
_ Est-ce que je peux être franc avec toi mon garçon?  
_ Allez-y, » répondit Zak, tout en sachant que quoique le vieil homme dise, rien ne pourra le dissuader.  
             Mustapha inspira un grand coup, contemplant les alentours avec une pointe de nostalgie. Il avait les yeux humides.  
« Vois-tu, j'ai vécu des années là-bas, en France, à travailler comme un moins que rien pour subvenir aux besoins de ma famille. Et aujourd'hui je suis revenu, pour avoir une retraite paisible. Tu vois cet homme qui passait en quémandant du pain sec tout à l'heure? Je souris chaque fois que je l'entends passer à ma fenêtre au matin. Il me rappelle que je ne rêve pas, et que je suis bien revenu au pays. »  
              Le vieil homme sourit, le regard paisible.  
« Ici tu es chez les tiens. Là-bas, tu seras étranger. J'y suis allé à l'époque où les frontières étaient ouvertes. J'avais pour seul bien un baluchon sur mon épaule. J'ai dormi plusieurs nuits sous les ponts. Il y avait du travail à ce moment là. On avait besoin de nous. Mais plus maintenant. Toi ils t'accuseront de voler le pain des français. Sans papiers tu n'es rien. Et si toutefois tu réussis à trouver du travail, tu seras sous payé, et on te traitera comme un moins que rien. Le salaire minimum français vous fait tous rêver ici. Mais avez-vous songé un seul instant au coût de la vie là-bas? J'ai beaucoup galéré pour joindre les deux bouts mon garçon. Ne vois pas trop cet endroit comme un espoir.   
_ Pourquoi y avoir été vous, alors?  
_ C'était ma seule ambition dans la vie, répondit-il en riant. Mon rêve, c'était la France.  
_ Ce n'est pas tant la France, expliqua Zak. La vie ne m'a rien offert ici. J'ai l'impression de n'avoir aucune racine, et pourtant d'être enraciné malgré moi dans ce pays. C'est vrai, ça ne m'a rien apporté de vivre ici! Je n'ai pas de famille, et je n'ai vécu que des injustices!  
_ Es-tu sûr qu'il s'agisse bien d'injustices?  
_ Une justice marocaine en tout cas. Pas française. Je ne suis pas d'accord avec ces lois. Je ne suis pas d'accord avec ces mœurs. Je me sens étranger à cette société, je vis dans un monde qui n'est pas le mien. Et ces frontières m'oppresse. J'aime l'idée de prendre mes affaires un jour, et de m'en aller à l'aveuglette pour n'importe quel pays. La carte d'identité française donne plein de droits! Pas celle du Maroc. J'ai épuisé tous mes droits en visitant toutes les villes du Maroc. Qu'est-ce que je peux faire maintenant?  
_ Je vois. C'est tout réfléchi alors?  
_ Oui. J'attends depuis toujours. »  
            Frère Mustapha acquiesça.  
« Bonne chance mon garçon! »  
            Puis il se leva et s'en alla, les mains dans les poches, le regard perdu vers l'horizon. Zak se demanda si un jour viendrait où il désirerait revenir au Maroc. Cela lui paraissait si lointain.  
Marouane arriva une demi heure plus tard. Il avait un air grave sur le visage. Zak l'avait appelé le matin même pour lui annoncer qu'il avait enfin réuni suffisamment d'argent pour partir. Il s'installa à côté de lui. Il se passa bien dix minutes sans qu'ils ne se parlent. Puis Zak décida de rompre ce silence si pesant.  
« Qu'est-ce que tu as décidé? »  
            Marouane soupira. Un clochard passa devant eux à moitié vêtu, comme pour lui rappeler la dure réalité.  
« Je viens. » Répondit-il.  
             Zak ne réagit pas. Mais au fond il était soulagé. Le temps était aux choses sérieuses.   
« Tu vas faire quoi de ta chambre? L'interrogea Marouane.  
_ Je pense la louer. Les Bennami récolteront le loyer tous les mois. Je les contacterait dès que j'en aurai besoin. »  
             Marouane acquiesça.  
« Alors ça y est, t'as tout prévu. »  
             Zak fronça les sourcils.  
« Évidemment! Pas toi? Tu crois que je plaisante?  
_ Non Zak. C'est pas ce que je voulais dire. On y va. Je le sais. C'est juste que je m'y fais pas encore. Je pense que je réaliserai qu'une fois à Tanger! » Lança-t-il en riant.  
             Le jeune homme sourit.   
« T'en fais pas! On les franchira ces portes! On y arrivera!  
_ Y a intérêt! Sinon tu me rembourses le voyage! Plaisanta Marouane.  
_ Tu rêves. Puis quoi encore? Je verse une assurance vie à ta famille si tu crèves sous les roues d'un camion?  
_ Ah tu savais pas connard? C'est dans le contrat! »  
             Les garçons se mirent à rire un moment, en se charriant par des coups. Puis Marouane demanda, les yeux pétillants :  
« C'est quoi la première chose que tu vas faire en arrivant en Europe? »  
Zak réfléchit un instant. Il n'en savait trop rien.   
« Ramasser l'argent par terre! Tout le monde sait que là-bas il pleut de l'or! » Finit-il par railler.  
             Marouane rit  
« Moi j'veux mater des seins nus sur les plages d'Espagne, lâcha-t-il, l'air rêveur.  
_ T'es pas très drôle, ici aussi tu peux mater des seins nus!  
_ Parle pour toi! Répondit le garçon en riant.  
_ Oui, c'est vrai, finit-il par admettre.  
_ Avec mon premier salaire, je louerai un appartement. Tout p'tit. Juste de quoi vivre. Et le reste, je l'enverrai à ma famille. J'ai l'impression qu'ils croient pas trop en moi. Quand j'leur parle ils réagissent pas, comme si j'divaguais! Mais je vais leur montrer de quoi j'suis capable.  
_ Je te garanti qu'on y arrivera mon frère, dit Zak en souriant. Je suis content que tu viennes. C'aurait pas été pareil sans toi. »  
              Marouane pouffa.  
« C'était quoi ça? La séquence émotion? Ricana-t-il.  
_ Ta gueule connard! »  
               Zak lui donna un coup dans l'épaule. Son ami hurla de douleur et le lui rendit. Puis ils éclatèrent de rire.  
« Tiens tu crois qu'Ilyasse est enfin arrivé en Espagne? Se demanda Zak.  
_ Que de la gueule! Je l'ai vu y a trois jours! Mais attention! Il avait un ordi sous le bras!  
_ C'est pas vrai! Gaussa le garçon. Alors il mentait pas le bâtard!  
_ Par contre, un ordi format congélateur! Son père a du le dénicher à la casse! »  
                Zak rit de plus belle.  
« Les marocains, tous les même! Il ne faut jamais les croire au mot!  

  
                Les jours défilèrent à partir de l'instant où les deux garçons avaient pris leur décision. Zak avait continué à travailler comme guide touristique, pour récolter encore un peu d'argent. Curieusement, ces dernières semaines furent plus agréable à passer que tout le reste du temps qu'il avait pu vivre à Meknès. Peut-être la perspective de quitter le pays, qui rendait celui-ci plus sympathique soudainement. Quand d'autres portes se présentaient devant soi, on était libre d'apprécier et de profiter à sa guise. Mais Zak avait-il vraiment le choix? Comment pouvait-il être aussi sûr de réussir là où d'autres avaient échoué?  
Le jeune homme quitta sa chambre. Il lorgna la façade jaune un instant de la même manière que s'il découvrait un lieu inconnu. Il avait vécu là la plus grande majorité de sa vie. Il regardait cette maison aux volets marrons. Et il espérait ne jamais la revoir. Il se contenta de s'imprégner de son image une dernière fois, pour s'en remémorer toute sa vie. Il recula dans la rue, scrutant les maisons voisines peintes de gris, de beige, de vert... Les personnes qui se penchaient à leur fenêtre en lui adressant des sourires mielleux qui se changeaient en grimace une fois le dos tourné. Qui en cette rue n'avait pas assisté à son arrestation? Ceux qui ce jour-là avaient eu une occupation quelconque ailleurs en avaient été informés par des bavards avec tous les détails les plus croustillants, et en bonus des racontars!  
Zak observa la boulangerie avec un certain regret. Il se souvenait toutes ces fois où celle qui avait été sa mère l'avait envoyé acheter du pain. Ce n'était qu'à quelques pas. Depuis, le boulanger avait passé le relais à son fils.  
Un petit garçon avait traversé la route en courant. La voiture avait freiné de justesse. Une femme qui passait par là par hasard le gronda, fronçant les sourcils et agitant le doigt avec véhémence. Puis elle s'en alla. Elle ne le connaissait pas, c'était probablement la première fois qu'elle le voyait. Mais elle s'adressait à lui comme s'il eût été un membre de sa propre famille.  
Ici ils étaient tous frères. Il y avait ce respect des aînés. On pouvait appeler « oncle » un homme qu'on n'avait jamais croisé auparavant, pour la simple raison qu'il était plus âgé. Trouverait-il la même chose de l'autre côté de la Méditerranée? Le frère Mustapha lui avait clairement fait comprendre qu'il serait seul une fois là-bas. La solitude... En quoi cela pouvait-il l'atteindre? Cela faisait des années que Zak se sentait seul. Qui laisserait-il en s'en allant? Louisa avait raison. Personne ne le regretterait. Lui-même ne pleurerait qui que ce soit.   
Il ressentait comme un vide dans sa vie. Il n'avait pas de passé. Il avait surement été conçu par une idiote qui s'était faite avoir par un vil séducteur une nuit, et qui n'avait pas eu l'intelligence de se protéger. Aussi ne fallait-il pas s'attendre à ce qu'une quelconque science infuse la pousse à avorter. Elle avait surement laissé son ventre grossir sous ses yeux sans bouger, trop paniquée pour entreprendre quoique ce soit. Puis elle avait finit par le mettre au monde un beau jour, et l'avait posé sur le perron d'une maison au hasard, le laissant à son triste sort.  
En réalité Zak n'avait aucune idée de ce qui avait pu se passer. Il n'avait jamais cherché à retrouver sa mère. Ça ne l'intéressait pas. Il savait, au fond, que ça ne lui apporterait rien de bon. Mais cela avait laissé un vide dans sa vie. Il n'avait aucun lien de filiation. Pas de mère, pas de père, pas de grands-parents, pas d'oncles, ni de cousins. Personne sur qui compter. Personne à aller visiter. Il s'était retrouvé seul, dépouillé de toute attache, le jour où Jamal Fadil l'avait abandonné dans cette petite chambre. Celui-ci n'avait jamais cherché à la contacter. L'avait-il seulement aimé? Comment entretenir une relation père-fils pendant toutes ces années et s'en détacher aussi facilement?  
Et voilà qu'il s'en allait pour de bon. Il n'aurait plus d'occasions de renouer avec le passé. Ça avait quelque chose d'angoissant. Mais c'était le mieux à faire. S'il restait, Zak sentait qu'en plus, il n'aurait pas d'avenir...  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  
19  

  
« Crois, si tu veux, que des montagnes ont changé de place ; mais ne crois pas que des hommes puissent changer de caractère. »  

  

  

  
           Lehla avait passé la semaine à pleurer toutes les larmes de son corps, ne souhaitant ni sortir, ni se nourrir. Sa mère lui apportait des plateaux dans sa chambre, et la forçait à avaler quelque chose à chaque fois. Jamais elle n'avait été aussi inquiète. Elle en avait oublié l'incident de l'escapade en pleine nuit.  
« Qu'est-ce que tu as ma fille? » Demanda-t-elle pour la énième fois.  
           Lehla n'avait plus la force de pleurer. Désormais aucune larme ne s'extirpait de ses yeux secs et gonflés quand elle sanglotait.   
« Rien maman. Laisse tomber.  
_ Mais arrête de rester ici, sors un peu! Va voir tes nouvelles amies. »  
           La jeune fille acquiesça. Il était temps de se relever de cet échec. Elle était là, enfermée à son triste sort, se lamentant sur une histoire qui n'avait surement jamais existé aux yeux de Zakarya. Elle repensait à toutes ces fois où il lui avait dit qu'il l'aimait, qu'elle était tout pour lui. Assia avait raison alors? Il ne pensait qu'à une chose. Ce n'était qu'un obsédé! Avait-il seulement songé aux conséquences de ses actes? Elle lui avait offert son cœur et il n'avait pas hésité une seconde à le piétiner, à le réduire en bouillie. De quel droit l'avait-il anéantie de la sorte? La colère montait en elle comme l'électricité statique dans le ciel avant la foudre. Elle s'était accumulée en elle toute la semaine. Et il fallait qu'elle explose.  
Elle attrapa un jean et une tunique qu'elle enfila à la hâte, se coiffa en vitesse et passa de l'eau sur son visage. Puis elle quitta la maison d'un pas décidé. Il était dix-huit heures, Zak finirait le travail dans moins d'une heure. Lehla marcha en direction de la prison Kara.  
          Il était là l'imbécile, plaisantant avec une touriste, jouant du regard comme il l'avait fait avec elle. Elle l'observait de loin, avec rage.   
Tout au long de cette semaine, elle avait imaginé divers scénarios. Devait-elle s'avancer calmement vers lui, plaisanter de la situation? Ou alors aller à sa rencontre et faire comme si de rien n'était? Ou encore lui donner un gifle?  
Elle le voyait enfin tel qu'il avait toujours été. Un baratineur sans scrupule qui s'était joué d'elle. Jamais il n'avait pensé à l'épouser! Et si elle avait offert sa virginité à cet abruti? Que serait-il advenu d'elle? Elle repensait à cette nuit qu'elle avait passée avec lui. Il l'avait vue nue, il l'avait touchée, il l'avait même un peu pénétrée... Lehla voulu hurler! Elle toussa. La haine lui montait à la gorge, étouffante. Elle regarda l'heure. Il finirait bientôt.  
Alors Assia avait raison! Il se moquait d'elle! Il lui avait promis monts et merveilles, et à côté il aguichait, et trompait probablement! S'était-il soucié une seule seconde de ce qu'il avait bien pu lui infliger? Et ses antécédents! Tout était si évident! Pourquoi n'avait-elle rien voulu voir? En réalité c'était elle l'idiote! Elle s'était fait manipuler du début à la fin, aveuglée par ses rêves. Se rendait-il compte une seconde de tout ce qu'elle lui avait donné, de tout ce qu'elle y perdait? Bien sûr que non. Il était affairé à s'intéresser à sa petite personne, comme si le monde entier tournait autour de lui. Une saleté d'égoïste, rien de plus!  
Plus elle l'observait et plus elle voulait le tuer. Elle voyait ce sourire insouciant affiché sur le visage de celui qui avait brisé son coeur... Rien ne lui faisait plus mal. Elle, elle n'avait même plus la force de sourire tant il l'avait blessée. C'était tellement injuste! Il avait probablement passé cette dernière semaine à s'occuper, à sortir avec des amis, à rire et à danser avec des potiches qu'il aurait croisé sur sa route avant de les emmener chez lui, qui savait? Peut-être qu'une autre s'était allongée sur ce même lit à côté de lui juste quelques heures après elle, alors que son odeur était encore empreinte sur ses draps... Peut-être avait-il murmuré à son oreille qu'il était fou d'elle, comme il l'avait fait pour Lehla.   
Pendant ce temps, la jeune fille était restée cloitrée chez elle à se torturer, à pleurer toutes les larmes de son corps la fin de ce rêve. Beaucoup se seraient moqués. Pouvait-on s'attacher aussi vite? C'était son premier amour. Son unique amour. Il avait été comme une oasis en plein désert. Il s'était pointé devant elle avec son visage d'ange et ses grands yeux verts aussi limpides que l'océan. Il lui avait dit qu'il l'aimait. Et elle l'avait cru. Elle avait choisi de lui faire confiance. Parce qu'il ressemblait tellement à ce dont elle avait toujours rêvé. Et quand on se perdait dans ce regard, quand on entendait cette douce voix, calme et sereine... Pouvait-on douter de sa sincérité? Il ressemblait à tous ces personnages de films indiens. Beau et élégant. Romantique dans ses mots. Elle avait cru reconnaître l'amour dans ses murmures... Beaucoup s'y seraient trompés.  
En songeant à tout ce qui l'avait fait craquer, elle se sentait faiblir à nouveau. Flancher devant cet être qui lui avait semblé si parfait. Il lui avait parlé d'avenir parfois, dans des moments de lucidité. De ce qu'il aspirait à faire. De ce qu'il voulait devenir. Jamais il n'avait parlé d'elle. Jamais il n'avait parlé d'amour, d'une famille. Il voulait juste s'en aller.  
Il quitta la prison d'un pas léger, et elle continuait à l'observer au loin. Lehla alla à sa rencontre. Il parut surpris de la voir.  
« Salut! Lança-t-il. Tu vas bien?  
_ Non, » répondit-elle sèchement.  
          Elle avait un sourire narquois sur les lèvres. C'était nerveux. Si elle ne souriait pas, elle se mettrait à pleurer. Il fallait qu'elle reste forte.  
« Tu m'as donné des raisons d'aller bien? » Ajouta-t-elle.  
           Zakarya rit. Elle lui jeta un regard noir et son sourire le quitta immédiatement.  
« T'es sérieuse là? Demanda-t-il en levant un sourcil.  
_ Ah! J'en apprends de belles! Ce mot fait partie de ton vocabulaire espèce de connard! »  
            Lehla vit les traits du garçon se durcir. Il grommela entre ses dents serrées :  
« De quel droit t'oses me traiter de connard?  
_ C'est ce que t'es! Tu te permets de débarquer dans ma vie, de me baratiner en me promettant le bonheur absolu et puis du jour au lendemain plus rien! Plus de nouvelles!  
_ Je t'ai rien promis!  
_ Comment tu peux prononcer des mots que tu ne penses pas?  
_ Ce sont que des mots! Ricana-t-il. Qu'est-ce que tu t'imaginais? Que j'allais t'épouser pour vivre comme un misérable toute ma vie? Mais regarde-toi! Tu es inintéressante, et d'une banalité à mourir! »  
            Lehla resta bouche bée.   
« Alors pourquoi t'es sorti avec moi?  
_ Pour passer le temps! T'es même devenue un challenge après ça, comme t'es une petite vierge effarouchée! Et pas que mon challenge d'ailleurs. Apparemment Louisa aussi l'attendait!  
_ Quoi? S'exclama la jeune fille, effarée.  
_ Qu'est-ce que tu t'imaginais? Que j'étais vraiment dingue de toi? C'était le jeu Lehla! Tu me dis que tu m'aimes, je te réponds! Qu'est-ce que t'attendais de moi? Que je réponde que pas moi?  
_ Pourquoi t'as parlé de Louisa? Demanda-t-elle, paniquée.  
_ Oh j'en sais rien, je connais pas ses magouilles! Elle m'a balancé ça l'autre jour, je comprends pas trop ce qu'elle cherche et à vrai dire ça m'intéresse pas puisque je me barre bientôt!  
_ Tu t'en vas?  
_ A moi le grand voyage! Le voyage de ma vie! » Dit-il fièrement.  
           Elle le dévisagea un instant. Elle sentait qu'elle ne le reverrait plus jamais.  
« Le voyage de ma vie, c'était toi, » finit-elle par murmurer.  
           Puis elle le quitta sans se retourner.  

  
           Lehla avançait dans les rues, le cœur battant, juste guidée par ses pas. Elle sanglotait, mais comme jusqu'alors, aucune larme ne s'extirpait de ses yeux secs. Elle avait froid et chaud à la fois. Des gouttelettes de sueur perlaient sur son front. Elle avait l'atroce sensation que son cœur était tombé lamentablement dans son estomac, d'où ce nœud insupportable.  
Puis au bout de trente minutes de marche, à Hamria, elle aperçut un visage familier. Salima. Elle avait croisé son regard un instant, puis s'était détournée dans une grimace. Lehla se mit à la poursuivre. Elle voulait une explication. Peut-être pourrait-elle l'éclairer.  
« Salima! » L'interpela-t-elle.  
            La jeune fille fit mine de ne pas entendre, elle ne s'arrêta pas. Lehla continua à courir jusqu'à arriver à sa hauteur. Ses lèvres tremblotaient de tristesse et de rage. Salima lui jeta un bref regard. Puis de manière incompréhensible, elle s'arrêta.  
« Je peux rien faire pour toi, dit-elle.  
_ Tu sais quelque chose! » Lança Lehla avec désespoir.  
           Salima mordilla sa lèvre inférieure, plongée dans son mutisme habituel. Lehla se plaça face à elle, mais la jeune fille se contenta de détourner le regard.  
« Vous vous foutiez de moi c'est ça? C'est pour ça que vous m'avez accueillie aussi facilement dans votre bande!  
_ Ne dis pas « vous »! rétorqua Salima sèchement. J'ai jamais voulu prendre part à ces gamineries! Pourquoi tu croyais que je t'adressais pas la parole, que je traînais jamais avec toi? Je suis pas une hypocrite! Je te trouve naïve et inintéressante! Ça ne m'apporte rien de faire semblant de t'apprécier! »  
            Lehla était consternée.  
« Alors maintenant, comporte-toi de la même manière avec moi tu veux? Ne m'adresse pas la parole et fais comme si j'existais pas! Si tu veux régler tes problèmes, va voir Louisa! Tout ça me regarde pas! »  
            La jeune fille s'assit par terre, sur le perron d'une boutique de vêtements. Salima resta immobile un instant. Elle la dévisagea. Lehla aperçu une pointe de désolation dans son regard. Mais elle ne dit rien. Et elle s'en alla.  
Son monde s'effondrait sous ses yeux comme un château de cartes auquel on en aurait retiré une seule et unique. Elle vint à regretter Btissame.  
Elle vivait dans un monde de manipulations, plus rien n'avait de sens. Si même l'amitié n'était plus que calcul et machinations, que restait-il?  
Elle s'efforçait de comprendre pourquoi Louisa avait monté toute cette histoire, mais elle ne voyait pas de raison qui tienne la route.  
Lehla ne voulait pas rentrer chez elle. Totalement effondrée, elle voulait simplement rester là, assise sur ce perron à regarder les gens passer sans même se soucier de son existence. Puis une main la tira par le bras. Elle leva le nez. C'était Salima. Elle était revenue la chercher pour une raison inexplicable. Peut-être une pointe de pitié qui l'y avait poussée. Lehla la suivit. Elles marchèrent jusqu'à Rouamzine sans dire un mot. La nuit était tombée et le souffle du vent glissait dans les cheveux de Lehla avec douceur. Elle se sentait plus calme.  
Salima l'invita à entrer chez elle. La jeune fille ne se fit pas prier. Elle lui proposa une tasse de thé, mais Lehla n'avait pas le cœur à avaler quoique ce soit. Elle l'invita finalement à s'asseoir sur un vieux canapé vert.  
« Qu'est-ce qui t'as poussé à revenir? Demanda Lehla.  
_ Personne ne mérite une telle souffrance, même pas mon pire ennemi.  
_ Je suis ton pire ennemi?  
_ Bien sûr que non! Comme si je t'accordais suffisamment d'importance pour ça! » Rétorqua Salima.  
           Lehla baissa les yeux.  
« Tu me faisais pitié, c'est tout! Ajouta-t-elle. J'aime pas ce genre de magouilles.  
_ Pourquoi Louisa ne m'aime pas? »  
            Salima grimaça.  
« T'as toujours été son bouc émissaire. T'étais un laideron, toujours fourrée avec Btissame. Se moquer de toi, c'était son passe-temps favori. Quand t'as essayé de t'arranger physiquement, ça la faisait rire de voir à quel point tu pouvais monter sur tes grands chevaux. Jusqu'à ce que tu sortes avec Zak. T'imagines un peu? La mocheté qui finit par se taper son ex.  
_ Mais c'est son ex! Je croyais qu'elle s'en moquait!  
_ C'est ce qu'elle veut faire croire à tout le monde. J'imagine que cette histoire comptait plus qu'elle voulait l'admettre. Je crois qu'elle me cache quelque chose là dessus... Enfin ça c'est pas ton affaire. »  
             Lehla éclata en sanglots. Salima parut mal à l'aise. Elle finit par lancer platement :   
« Ça va, ressaisis-toi! Ta vie ne s'arrête pas! C'est quoi? La première fois que tu sors avec un mec? Y en aura d'autres!  
_ Je sais, c'est pas ça... C'est que...  
_ Oui il s'est foutu de ta gueule! Il t'a bien eue! Les mecs sont presque tous comme ça! Il faut trier ma vieille! A quoi tu t'attendais? Les mecs beaux sont des connards! Le meilleur moyen pour que tu sois tranquille, c'est de sortir avec un moche! Au moins il t'abandonnera jamais! »  
              Lehla sanglota de plus belle.  
« Je suis pas douée en consolation! On a tous eu une peine d'amour un jour! Tu crois que t'es la première à qui ça arrive? C'est commun! Arrête de chialer, tu m'agaces! »  
              La jeune fille se tut, écarquillant les yeux.  
« C'est vrai quoi, justifia Salima. Regarde-toi! Une loque! C'est bon, c'est finit! Passe à autre chose! On est vraiment des inverses toi et moi! T'as pas honte de pleurer pour un mec qui en a rien à foutre de ta gueule? Il mérite même pas une larme! »  
             Elle était insultante, cruelle, insensible. Mais elle avait raison. Lehla sécha ses larmes et se leva du canapé.  
« Tu t'en vas? » Demanda Salima.  
              La jeune fille acquiesça.   
« On a jamais eu cette conversation d'accord? Lui lança-t-elle sèchement.  
_ Bien sûr, » lâcha Lehla.  
            Une fois passé le seuil de la porte elle se retourna, puis murmura :  
« Merci ».  
              Salima ne répondit pas. Elle se contenta de fermer la porte. Et Lehla se retira. Sa rue n'était pas loin. Elle marcha d'un pas lent jusqu'à sa maison. Sa mère était assise dans l'entrée, en train de grignoter des pépites noires en profitant de la fraicheur de la nuit. Elle discutait avec des voisines en riant. Son visage s'éclaira quand elle vit sa fille.  
« Ça va mieux? » Chuchota-t-elle quand elle passa devant elle.  
               Lehla acquiesça. Elle sourit et embrassa sa mère avant de monter.  
Elle alla s'installer dans sa chambre, s'efforçant de faire le vide dans son cœur et dans sa pensée. Ce début de soirée avait été mouvementé, riche en aveux. Elle s'allongea face à la fenêtre, elle entendait les femmes parler. L'une d'elle parlait de sa fille Khadija, apparemment elle était enfin devenue une « femme », elle avait eu ses règles pour la première fois quelques jours. plus tôt .En parlant de menstrues, Lehla jeta un œil à son téléphone, il affichait le vingt-sept Août. Elle aurait du avoir ses règles six jours auparavant.  
  
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MessagePosté le: Lun 2 Aoû 2010 - 20:16    Sujet du message: Publicité

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Abdel
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MessagePosté le: Jeu 5 Aoû 2010 - 02:29    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 16) Répondre en citant

Le chapitre sur Zak est nettement meilleur que celui sur Lehla. Cependant, le retour sur le personnage de Salima pour expliquer sa "reserve" observée depuis longtemps est une bonne chose, un élément de maîtrise du récit. La rupture "définitive" avec Zak est aussi un bon élément du récit : on coupe l'herbe  sous les pieds de tout espoir "pensé" par le lecteur quant à leur union future.

A l'approche du dénouement, toute évocation de scènes érotiques ou amoureuses, même du passé, alourdit inutilement le récit. Il faut y aller pour de bon. Le style doit faire de même, il n'est plus question d'usiter de phrases longues, c'est l'heure des bilans et des révélations choc, tout doit se précipiter à grande vitesse, le lecteur veut savoir et il ne peut tolérer de digressions.

L'indice d'absence de règles évoque un bon dénouement et un grand revirement de situation. Tout dépend du maestria qui va être usitée. A vous de jouer , c'est la fin qui justifie tous les moyens utilisés jusqu'à présent.

Bon courage.
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yasmina
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MessagePosté le: Jeu 5 Aoû 2010 - 10:17    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 16) Répondre en citant

C'était exactement ce que je me demandais! Vous pensez que je dois retravailler le chapitre de Lehla?
Le problème qui se pose, c'est que j'arrive à la fin du roman. Je sais exactement ce qui va se passer, mais comme c'est la fin, il faut que j'aménage correctement mes idées, donc j'ai fait un plan des chapitres à venir. Et l'ennui c'est que je commence à avoir du mal à glisser des péripéties, alors je remplis les chapitres avec les pensées du personnage, tout en craignant que ça n'ennuie le lecteur...
Concernant les scènes érotiques, je les ai évoquées parce que je pense qu'il y en a une en particulier qui a son importance dans le récit. Mais il va quand même falloir que je retravaille ça.
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Abdel
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MessagePosté le: Ven 6 Aoû 2010 - 15:04    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 16) Répondre en citant

Je ne le pense pas, il est moins riche c'est tout.

Vous parlez de la fin qui approche et en même temps de "chapitres à venir". Donc la fin n'est pas proche. Alors d'autres péripétie peuvent trouver refuge dans les prochains chapitres à condition de changer de tactique pour ne pas ennuyer le lecteur : moins de sentiments et de "vie intérieure" et place à des événements tangibles.

S'il y a risque de couper l'ambiance générale ou le fil conducteur ou l'unité du récit, il vaut mieux aller au but et procéder aux divers dénouements.

Normalement un roman de contenu moyen devrait aller aux alentours de 300 pages. C'est largement suffisant. On peut aller jusqu'à 600 pages comme "Le rouge et le noir" par exemple, au format livre de poche mais l'écriture est très petite).

Pour le savoir : mettre votre texte en entier sur word et puis paginez. Le nombre de pages trouvé est à multiplier par deux (une page de roman me semble contenir en gros une demi page de word).
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Humphrey
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MessagePosté le: Lun 13 Sep 2010 - 15:44    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 16) Répondre en citant

J'ai tout lu et je n'ai aucune remarque si ce n'est... quand aurons-nous la suite ???

Il est temps de clôturer ce beau roman, non ?
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amynochka


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MessagePosté le: Dim 3 Oct 2010 - 20:31    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 16) Répondre en citant

  Je n'ai jamais manqué de vous lire Yasmina! J'apprécie beaucoup votre style qui fait un peu moderne et jeune...Mais bon! les temps changent et les styles aussi! Il faut que je m'y fasse! Bon courage à vous et à la fin de votre roman
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MessagePosté le: Mar 5 Oct 2010 - 18:54    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 16) Répondre en citant

Mais où est passée Yasmina ???
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yasmina
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MessagePosté le: Dim 28 Nov 2010 - 20:41    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 16) Répondre en citant

Figurez-vous que Yasmina pensait que le forum s'était fermé comme prévu en septembre!
Mais je suis toujours là :-)
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Humphrey
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MessagePosté le: Mar 30 Nov 2010 - 17:05    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 16) Répondre en citant

Fermé ? Il suffisait de venir voir  ... mais je suis content de votre retour.
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yasmina
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MessagePosté le: Ven 3 Déc 2010 - 16:19    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 16) Répondre en citant

Merci beaucoup Amynochka Smile je suis ravie que vous m'ayiez lue !
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 18:35    Sujet du message: Zak et Lehla (suite 16)

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