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Le Burnous
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Waam
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Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Lun 16 Aoû 2010 - 12:13    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

Ami Assou est emmitouflé dans son burnous. Sa main caresse la laine rugueuse. Il pense que c’est bien d’avoir mis ce vêtement aujourd’hui car il a été tissé par Mah Jouba avant de mourir. Après sa mort ses larmes ont coulé chaque jour car il aimait beaucoup sa femme et c’était son seul amour. Il se levait le matin et s’asseyait devant sa porte au milieu des poules silencieuses. Et il pleurait. Quelques fois les poules venaient picorer dans la flaque qui ne manquait pas de se former à ses pieds. Un matin l’hiver est venu et il est allé prendre dans l’entrée de la maison n’importe quoi pour se couvrir. Ce n’importe quoi fut ce burnous qu’aujourd’hui il porte. Ce jour là, il a senti l’odeur de Mah Jouba sur le tissu et ses larmes se sont arrêtées d’elles mêmes parce que les larmes ont besoin d’un signe pour cesser de couler.
Aujourd’hui c’est lui qui envoie un signe à Mah Jouba. Il veut qu’elle lui mette les mots justes à la bouche car il doit dire des choses à Tay Illit qui a demandé à le voir. Il lui faut être rassuré car il a un drôle de pressentiment. Il est dans son séjour, devant lui une théière et un verre sont posés sur un petit plateau rond en cuivre. Au fond du verre, des feuilles de thé flottent dans le liquide doré. En face de lui, juste au dessus de la banquette une fenêtre rectangulaire habille simplement le mur en pisé. Les rayons tendres du soleil finissant étourdissent les grains de poussière. Ami Assou baigne dans une lumière spéciale et son regard se perd au loin. Il ne voit pas vraiment le paysage. Il ne voit même pas les coquelicots qui d’habitude lui rappellent les lèvres carminées de Jouba lorsqu’elle revenait de son bain. Dans sa tête, il prépare les phrases. Il en a plusieurs de prêtes. Il les trouve facilement. Seulement il n’arrive pas à imaginer celles de Tay Illit donc il ne peut progresser dans son dialogue imaginaire.

Il se dit que peut-être faudrait-il qu’il lui parle de Mah Jouba avant d’aborder les vraies questions. Ou qu’il devrait lui parler de lui même, son père. Ou de cette forêt où ils vivent tous les deux et qu’ils aiment naturellement comme on vient à aimer le goût de l’eau. Il pense qu’il lui faut d’abord ouvrir son cœur avant d’effleurer le sujet qui doit la préoccuper.

Il lui dirait par exemple ; tu vois Tay Illit, ma fille, dans cette forêt qui a connu toute ma vie et tous ceux qui ont compté pour moi, si je m’occupe d’enlever aux vieux chênes leur écorce c’est pour être sûr qu’ils seront correctement traités une fois dénudés. L’écorché vif tu comprends, exhale jusqu’à son essence. Alors je veille à l’entourer de mes soins. J’ai posé ma vie aux creux de cette clairière où pousse le coquelicot éphémère. Ta mère est venue à moi avec son baluchon. Que de bonheur dedans ! Jamais je n’aurais imaginé qu’un simple baluchon pouvait libérer tant de joie. Mais le comprendrait-elle ?
Est ce que Tay Illit comprendrait ?

Il lui dirait par exemple : je me souviens de son arrivée. De sa djellaba bleue, morceau de ciel descendu battre ses chevilles. Je l’attendais chaque après midi, à l’heure du car. Cinq heures. Neuf jours sont venus mourir derrière cette fenêtre sans que je ne la voie. Ecran noir. Mais d’abord je ne distinguais plus les détails au loin. Ensuite l’espace se ramassait autour de la maison. Souvent, une silhouette se jouait de l’ombre attristante. Mais c’était juste mon espoir têtu. Elle avait dit : je viendrais si c’est oui. Elle avait dit ce sera oui si je ne peux pas autrement. Je priais : Dieu, faites qu’elle ne puisse pas autrement, qu ‘elle ne puisse pas autrement, qu’elle ne puisse pas autrement, Oh Dieu, faites qu’elle ne puisse pas autre....
Le lendemain je me réveillais attendant déjà l’heure du car. Mon âme volait en éclat vers elle. Comme toujours.
Est-ce que Tay Illit demanderait ce que c’est que cet autrement ?

Autrement c’était un autre destin. C’était plus de raffinement auprès du jeune maître. C’était accéder au rang supérieur d’une maison où, enfant, elle servait déjà. C’était l’immense honneur d’être une légitime d’un chérif. Mais les chorfa n’ont le droit de donner le nom sacré de leurs illustres ancêtres que s’ils sont sûrs de leur paternité. Ils ont le devoir supérieur de préserver la pureté de la lignée même s’il faut pour cela mettre à la rue honteuse deux êtres humains. Ami Assou n’aime pas penser à ce qui a précipité Mah Jouba dans ses bras.
Ni à ce qu’il répondrait à Tay Illit si elle devenait curieuse (il sait pourtant que si les questions craintes venaient à être posées il raconterait la vérité). Il décide donc de ne pas y penser. C’est un exercice qui lui est facile ; depuis des années il s’y emploie. Il continue alors de réfléchir à ce qu’il va dire.

Il lui dirait par exemple : à sa venue, dans son sillage et sur les traces de ses talons se sont bousculés les bienfaits. La basse-cour jacassante et mordorée s’est enrichie. Le potager bien soigné a abondé en légumes brillants et fiers. La brebis mit bas trois agneaux trois fois de suite. Avec les vielles voisines, Joub’ apprit à tisser la laine et c’est d’elles aussi qu’elle apprit l’art de chercher la truffe blanche. Ensuite elle heurta la coutume, éluda l’intermédiaire et alla elle même vendre ses terfesses au marché juif de la ville. Elle faisait ce qu’elle avait dans la tête. Il savait qu’elle avait toujours des raisons lointaines pour le faire. Venait toujours un jour où il comprenait. C’est comme lorsqu’il avait compris pourquoi elle mettait tant d’énergie à amasser de l’argent.
Est-ce que Tay Illit lui demanderait pourquoi sa mère tenait tant à amasser de l’argent ?

Lui répondrait-il « c’est pour mieux t’éduquer, mon enfant !» ? Et aussi : à l’heure d’entrer à l’école, tu avais sept ans, ton cartable était acheté et garni. Dans tout le voisinage, dès l’automne, des enfants à peine chaussés, à peine vêtus, allaient. On reconnaissait les écoliers au triste cahier gris roulé dans leur poing. Et toi, au bout de ton bras, se balançait déjà un cartable jaune. Toi, dans tes pantalons, on te prenait pour un garçon. Encore là, elle avait heurté la coutume : pas de robe, les cheveux courts et pas de fichu sur la tête. Pour sa fille elle voulait le Savoir. Elle avait acheté Le Livre avant même ta naissance. Elle l’avait emballé dans une soie verte parfumée au bois de santal. Il était toujours posé à coté de ton berceau. Elle attendait le jour où tu le lui lirais, où tu l’expliquerais, où tu l’exhiberais comme sa propre victoire, sa propre vengeance. Après la classe, elle t’accueillait avec un beignet ou une galette. Et puis tu devais réviser. Elle ordonnait : - Tay iqra ! Mais moi je comprenais : « celui qui, lit ».
Et pourquoi donc, dirait-elle.

Parce que Jouba avait une litanie. Parce qu’elle disait toujours : celui qui lit, connaît les lois de Dieu et les lois de l’homme. Il saisit le monde et tout ce qui le sous-tend. La liberté lui est douce et familière et la vertu, souple. Il y a ceux qui savent d’un côté et ceux qui ne savent pas de l’autre.
Le soleil pour les uns et l’ombre pour les autres ;
Ceux qui n’imaginent pas ce que le mot veut dire, ceux qui ne respirent aucun air.
Pour ceux-là, la liberté est âpre.
Ou alors vendue pour vivre.
Ou alors perdue par héritage.
Je le jure je crèverais des yeux s’il le faut,
Même les miens s’ils voilent son chemin
Mais ma fille, de mes entrailles ira du côté de la lumière.

Ainsi parlait Mah Jouba de sa fille Tay Illit.

Elle travaillait beaucoup et parlait très peu. Et lorsqu’elle parlait, c’était court et précis. Elle disait, de toute façon si vous n’avez pas de fortune, personne ne se suspend à vos lèvres alors autant faire bref. Mais quand il s’agissait de Tay, comme elle seule t’appelait, elle s’oubliait et parlait longtemps. Tous ses désirs se concrétisaient en toi, ses espoirs étaient en toi, son avenir n’avait de sens que par toi. Il paraît que sa mère, qui ne faisait pas grand cas de sa propre personne, avait détesté ce qu’elle retrouvait d’elle même en sa propre fille. Mah Jouba elle, au contraire, adulait même l’herbe que tu foulais. Comment ton frêle cou de fillette a-t-il porté le poids de toute cette adoration et de tous ces espoirs ? Dis-moi, petite fille, as-tu eu de la place pour tes propres rêves d’enfance ? Ou es-tu passée de ses rêves à elle à ceux de ton adolescence égarée, éclatée, comme libérée par sa disparition ?

Libérée dans la souffrance ; une souffrance dure. Dure comme une pierre. Car si mes larmes n’ont pas cessé de couler, les tiennes, elles, ont gelé sous les paupières, tendant durement l’expression du visage, l’amertume au coin des lèvres. Souvent, à travers la porte ou le mur, j’écoutais des sanglots. Secs. Etranglés par le désarroi et la colère. Colère contre la double trahison. Car sur celle de ton corps qui pointait insolemment ses seins, féminisait hardiment sa chute de reins (tu as quitté tes pantalons et tu as mis une robe informe qui gonflait autour de toi quand tu t’asseyais- pauvre tentative grotesque) est venue s’abattre celle de la disparition de ta mère, ta rampe pour monter, ton miroir magnifiant. Et tu ne vis plus ton reflet nulle part. Tu t’es cherchée. Pour ça oui tu t’es bien cherchée et dans la douleur encore.
Oui se dit Ami Assou, je lui dirai tout cela et je ne vais pas lui parler de moi plus que ça. Il regarde toujours au-delà de la fenêtre comme il y a fort longtemps.

Et voilà qu’il la voit arriver. Comme autrefois, il distingue une silhouette mais il n’y a pas de djellaba pour batifoler autour des chevilles, il n’y a même pas assez de tissu pour cela. Des pantalons gainent les longues jambes de Tay Illit qui tient une veste jetée sur l’épaule. Pour franchir la porte, elle ploie sa haute taille puis elle remet sa veste probablement pour masquer la bande horizontale de peau brune qui risque de se dénuder lorsqu’elle se pose en tailleur sur la natte brodée, au pied de son père. Du même mouvement, elle lui prend la main la regarde, tête baissée, pendant un temps qui parait très long puis en baise la paume. Elle y enfouit le visage et l’y laisse. Son dos est secoué comme par un hoquet. Assou sent les larmes tièdes sur sa peau rugueuse et note la douceur de son visage. Il ferme les yeux, ramène son autre main sur la tête de sa fille et attend que sa gorge se desserre un peu pour parler. Mais le silence est rompu par elle.

« Ne dis rien Ami, ne dis rien mon père, c’est à moi de parler lui dit-elle.
Je suis allée les voir. Mais il me faut te raconter depuis les débuts.... A l’école, très vite on m’a informée « tu n’es qu’une ramassée me disait-on, comme une miette amassée ! Sait-on d’où vient une miette ? »Très longtemps je me croyais une enfant trouvée. Où ?ai-je demandé un jour à ma mère, et comment ? Alors elle m’a tout expliqué : la maison où elle avait été placée, l’abus, le dénie. Puis elle m’a parlé de ma tache de naissance sur le sien droit pour faire pendant au cœur. Elle me vient de lui mon père, le faux...enfin le vrai...je ne sais...celui qui m’a fait faux bond quoi. Alors pendant des mois je l’ai attendu. La nuit, derrière mes paupières, je trouvais des solutions ; il se rappelait, dans un sursaut de conscience, la grossesse de ma mère et venait vérifier si l’enfant portait la tache. Ou alors c’est ma mère qui m’amenait à lui et l’adjurait de voir mon sein droit marqué par sa lignée. J’en parlais autour de moi à l’école dans l’espoir que la rumeur voguerait, comme une bouteille à la mer, jusqu’à lui et le fasse réagir. Bien sûr sous mes paupières closes sans sommeil, chaque soir, il venait et, repentant, mais fou de bonheur, il me serrait longtemps sur son cœur puis épousait ma mère puis me donnait son nom. Mon imagination ne se lassait pas de lui faire promettre de ne jamais plus nous quitter.

Puis avec la lourde attente, est venue l’idée que s’il ne se manifestait pas c’est parce que Mah Jouba était déjà mariée, que l’enfant, à jamais porterait le nom d’un autre. Il était tellement désespéré de ne pouvoir corriger sa faute qu’il se résignait à rester dans l’ombre. Et là Ami Assou, mon père, là, j’ai commencé à te haïr. Je suis même arrivée à ma persuader que Mah Jouba elle même, m’aurait amenée à lui si tu n’avais pas existé. Tu étais l’obstacle qui me séparait de mon père. Dans les statuettes en liège que tu sculptais pour moi, je ne voyais qu’une ruse pour retenir Ma auprès de toi. Je ne voyais pas l’amour en toi quand tu prenais ma défense contre la colère maternelle rarement injustifiée, pas même quand tu t’es battu avec l’imam qui déclarait hérétique de donner son nom aux enfants trouvés. Je t’ai haï de toute la force de mes douze ans et tu faisais mine de ne pas t’apercevoir des insolences qui montaient en moi comme jaillit la sève dans la plante. Ma mère assistait à toute cette haine impuissante et attristée. Alors je me suis mise à lui en vouloir à elle aussi. Je l’aimais et je lui en voulais. Et puis elle est morte. Elle est morte, maman, alors que j’étais en colère contre elle. Elle m’a laissée à toi définitivement. Et il a fallu que je vive avec ça. Je prenais le Livre et j’y noyais mes confusions, mes désordres, mes émois. J’étais une eau brouillée constamment en remous. Et voilà....

J’ai étudié comme une démente... J’ai étudié grâce à toi et à elle qui veillait sur moi de son bout de paradis bien mérité.

J’ai rêvé de partir et de m’exiler. Mais finalement pourquoi partir ? A l’hôtel c’est tout l’étranger qui vient à moi. C’est un travail qui va à mon âme. J’y suis bien et j’y suis libre. Ici ou ailleurs, je suis libre maintenant....
Je suis allée le voir, Père, je suis allée les voir... Il est aveugle et il a cinq fils. Je lui ai dit pour ma tache... Il n’aurait pas été convenable que je me dénude le sein n’est ce pas ? Sa femme a voulu vérifier : elle leur a dit que ma tache n’était pas celle des chorfa, qu’elle n’en avait ni la forme ni l’emplacement. Je m’en suis allée avec l’ombre de la petite bonne qui m’a raccompagnée et qui avant de fermer la porte m’a fait un petit signe et un pauvre sourire car elle m’a crue, elle. Tu penses bien, la petite bonne ! Je m’en suis allée tout doucement, sans faire d’éclat et j’ai pleuré. J’ai pleuré pendant des jours et des jours. J’ai pleuré des nuits entières. J’ai pleuré ce père qui restera pour moi un vieillard aveugle, j’ai pleuré ma mère jeune et belle à jamais et je t’ai pleuré toi. Des larmes de sang pour Tay Illit. Mon ami qui m’apprend les langues étrangères dit qu’à cette période j’avais oublié tout ce que j’avais bien su. Forcément avais-je même une mémoire ?

Puis j’ai vu ma mère. Je l’ai vue sous mes paupières fermées sans sommeil. Elle m’a regardée des jours sans rien dire, puis une nuit plus clémente que les autres, j’ai rêvé d’elle qui me disait va voir ton père. Et je savais, je sais, que c’est de toi qu’elle parlait. Est-ce que je peux me mettre sous ton burnous comme autrefois ?

Alors, le vieillard entrebâille sa cape et prend Tay Illit sous son aile comme si elle était encore une petite fille perdue. Puis il dit :
« Quand le champ de coquelicot refleurit, je sais que c’est ta mère qui est là. »
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MessagePosté le: Lun 16 Aoû 2010 - 12:13    Sujet du message: Publicité

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Abdel
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MessagePosté le: Lun 16 Aoû 2010 - 23:20    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

Il me faut une seconde lecture, c'est un texte très fort, très dense, assourdissant de mille messages, étouffant à ne plus distinguer l'espoir de la douleur chez l'héroine. Le  style se loge dans les sommets (de l'art) et deverse des flots de sentiments, de ressentiments...

Une autre étoile de l'écriture, comme Amynochka, brille de mille feux.

J'y reviendrai, le temps de reprendre mes esprits  devant cette immensité artistique du texte.
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Waam
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Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Mar 17 Aoû 2010 - 17:17    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

Abdel, mecri de ta réaction toujours rapide. J'attends maintenant les critiques de ta seconde lecture avec grande attention.
Je me mets(remets) à l'écriture, puisque tu me fais exister par ton feed-back; tu es un vrai moteur !Quel dommage ton dvd pour tes étudiants. En tout cas, si tu montes un atelier réel, je serais là, pour tes compétences linguistiques et ta bienveillance.
Ce texte m'a prise jusqu'à ce que j'y mette un point final; faut dire que le sujet me bouleversait c'est pour ça peut-être que tu l'as reçu comme ça? Je ne crois pas que tout ce que j'ai écrit soit intense. Ca dépend du sujet. Je veux dire le sujet charie le style en moi. 
Suis si heureuse de ton avis!
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MessagePosté le: Mer 18 Aoû 2010 - 04:06    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

Avant tout, Waam, je précise que mes avis ne se basent pas sur un fond littéraire universitaire (je n'ai été que prof du français des collèges, alors...). Mon DVD a mis fin à des activités purement administratives, c'est te dire ! J'exprime donc mon ressenti d'amateur de littérature. Des fois, le texte me dépasse. Mais qu'importe ! une lecture attentive permet de produire un avis assez concret. C'est la somme des avis qui importe après tout, n'est-ce pas.

Je relis donc tout en notant en bas mes remarques (c'est du pas à pas) :

- Ami Assou : je préfère "Aami ou Ammi" pour ne pas confondre avec l'ami : Ammi signifiant ici mon oncle paternel.

- Mah Jouba : si c'est la "mère" Jouba, je préfère "Mma" ou "M'ma" . C'est sans doute une appelation berbère, cependant "Mahjouba" existe comme nom propre ( et aussi une sorte de crêpe). Et puis il y a Juba aussi bien sûr.

-"car il aimait beaucoup sa femme et c’était son seul amour" : son seul amour : l'amour de sa vie ? dans sa vie ? l'expression manque de précision.

- "Il est dans son séjour" : dans sa chambre, ça passe, mais dans son séjour ? le séjour est commun.

-"J’ai posé ma vie aux creux " : que penses-tu de "j'ai déposé"

- "Autrement c’était un autre destin. C’était plus de raffinement auprès du jeune maître. C’était accéder au rang supérieur d’une maison où, enfant, elle servait déjà. C’était l’immense honneur d’être une légitime d’un chérif."

C'est le paragraphe-clé qui montre qui est Mah Jouba et son statut. Si on ne comprend pas le sens de ce paragraphe, on aura tout raté . Or, il est un peu confus parce que très court. Il faut relire à plusieurs reprises pour comprendre que le jeune maître c'est Ammi, que c’est un chérif, que la jeune fille était servante chez lui dans sa famille et que les chorfas doivent s’assurer de leur lignée pour la déclarer officiellement. Donc autant d’informations clés mais ramassées en en un seul paragraphe déterminant pour la suite.

- "  Dans tout le voisinage, dès l’automne, des enfants à peine chaussés, à peine vêtus, allaient." : En pensant en arabe, on comprend la phrase, mais pour un étranger, un complément manque au verbe aller, même si on comprend " allaient à l'école". Un "y"  avant aller arrangerait peut-être la chose.

-"Toi, dans tes pantalons, on te prenait pour un garçon. Encore là, elle avait heurté la coutume : pas de robe, les cheveux courts et pas de fichu sur la tête. Pour sa fille elle voulait le Savoir. Elle avait acheté Le Livre avant même ta naissance."

 Là on passe rapidement d'un "sujet"(grammatical) à un autre, entre les phrases. Le mélange des styles de narration (le passage de "tu" à "elle")  gêne la compréhension  . Un nouveau paragraphe, avec le rappel du nom du sujet grammatical serait bénéfique  pour ne pas mélanger entre mère et fille.

-         "celui qui, lit" : sans la virgule
-         "Mais il me faut te raconter depuis les débuts...." : pourquoi le pluriel ?
-         "sur le sien droit" : le sein
-         -"Elle me vient de lui mon père, le faux" : une virgule avant mon père
-         "Puis avec la lourde attente, est venue l’idée que s’il ne se manifestait pas c’est parce que Mah Jouba était déjà mariée," : Ici le mot "déjà" peut renvoyer au fait qu'elle était déjà mariée au moment de "l'erreur", ce qui mettrait  en péril tout le contenu du texte ! Je pense qu'il faut mettre "s'était mariée entre temps".  La phrase qui la suit atténue cette possibilité de compréhension, mais qui sait…
-         "arrivée à ma persuader que Mah Jouba elle même" : me persuader ; elle-même.
-         "Je suis allée le voir, Père, je suis allée les voir... Il est aveugle et il a cinq fils." On ne comprend pas s'il s'agit du mari de sa mère (idée  battue en brèche par la phrase" Sa femme a voulu vérifier") ou du fkih du village…

L'impression que j'ai eu à la première lecture est encore plus vive car je comprends mieux le fond après seconde lecture. Le fond poétiquement triste et l'ambiance électrique, en plus du cachet localement particulier du récit, en font une tentative d'écriture qui enchante, qui promet, qui tient les promesses d'une plume très fine.
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MessagePosté le: Mer 18 Aoû 2010 - 08:39    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

C'est une belle et forte histoire qui pourrait sans doute faire l'objet d'un roman. En racontant cela sous forme de nouvelle, tu as été obligée de résumer beaucoup d'événements en très peu de lignes. Et tu le fais très bien, à mon sens, car je n'ai dû relire aucune phrase deux fois. Mais pour moi une telle histoire mériterait un développement plus important.

Au  niveau de la langue, à part quelques fautes de frappe qu'Abdel a déjà relevées, je n'ai pas grand-chose à signaler. L'écriture est limpide, nettement plus dépouillée - et c'est une réussite - que dans le premier texte que tu avais posté. Parfois l'ordre de deux mots ou d'une phrase sonne un peu bizarrement à mes oreilles de francophone belge natif, mais rien qui ne justifie une réelle correction.

Je n'irai pas, comme le fait mon ami Abdel, jusqu'à parler d'un "sommet" mais je trouve qu'il s'agit d'un bon texte, très bon même, qui confirme tout le bien que je pensais de son auteur.


P.S.: Abdel, avec tout mon respect, au vu de certaines de tes remarques j'ai l'impression que tu n'as pas bien compris cette histoire. Le "jeune maître" n'a rien à voir avec Ammi, ça me paraît clair, tout comme il est évident que l'aveugle que la fille va visiter à la fin est ce même jeune maître devenu vieux, qui n'est autre que son vrai père, qui fut jadis oligé de rejeter sa mère parce qu'elle n'était pas de son rang.
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MessagePosté le: Mer 18 Aoû 2010 - 15:03    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

Merci Abdel et Humphrey

Abdel, je maintient que tu as les compétences et "la bienveillance" nécessaire pour animer un atelier d'écriture. J'en ai fréquentés quelques uns et je sais de quoi je parle. Je ne suis pas du monde littéraire mais je pense que mon avis là dessus n'est pas faux.
j'ai imprimé vos remarques à tous les deux et j'y réfléchirai à tête reposée d"'autant plus que je suis en congé.
D'emblée je dois dire à Abdel que mes prénoms je les ai travaillés pour que Ami ne soit pas ammi, oncle paternel tout en laissant l'ambiguité:oncle appellation respectueuse reconnaissant la parenté ou ami car il ne pouvait s'agire d'un oncle paternel vu le rejet par lequel est passée la gamine pour son beau-père qui s'est efforcé alors d'être son ami sculpteur de statuettes et son defenseur. L'ami qui était là et qui ne pouvait être le père tant qu'elle ne le reconnaisse pas. Mahjouba est devenu Mah jouba pour faire Mère Jouba et aussi prénom éclaté comme elle et puis joubba est aussi burnous en d'autres dialectes. puis il y a le diminutif aussi son mari lui donne celui de Jouba et sa fille celui de Mah deux êtres pour chacun quoi. Et puis ces prénoms donnent un côté naif qui me séduit...Tayillit est un prénom bebere...dans cette langue il y a des prénoms sublimes et les marocains, même bebères ne les utilisent que rarement encore moins les"arabes" . Tayillit veut dire petite reine, petite reine de sa maman non? et rien du tout pou son père biologique.
Humphrey, je me contente tres bien de ton appréciation ce n'est certainement pas des sommets mais ça te plait et j'en suis heureuse! De ta part c'est encourageant.
Tu me donnes un feed-back de qualite d'un regard d'ailleurs et c'est appréciable en soit.
C'est pour moi extr^mement précieux, ne suis -je pas qu' une intruse en quelque sorte dans cette langue? Mais j'en ai fait la mienne et si elle me permet de jeter des ponts avec d'autres sensibilité, c'est ma vistoire, modeste certes mais victoire, quand même, personnelle, intime compensatrice de choses et d'autres de l'ordre de l'identitaire.Excusez-moi si je fais qq digressions perso ici mais j'ai vu sur d'autres commentaires que ça se fait.
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MessagePosté le: Ven 20 Aoû 2010 - 01:30    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

Bizarre ! je n'ai pas compris alors ! Ammi n'est pas son père ! C'est l'aveugle ! Et pourtant, elle va voir Ami comme  étant son père, comme je l'ai compris dès le début. J'ai donc fait une lecture aveugle.

C'est aussi l'effet placebo. Une lecture-placebo permet à une autre, plus radicale, de diagnostiquer le vrai sens et d'y porter remède efficace.

Parfois, c'est l'inverse qui se produit , le placebo ne manque pas d'effet positif . De toute façon, si je n'ai pas compris, c'est que le paragraphe serait ambigu. A l'auteur d'y remédier. N'est-ce pas.
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MessagePosté le: Mar 24 Aoû 2010 - 01:20    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

Abdel, je ne comprends pas très bien lecture placebo?
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MessagePosté le: Mar 24 Aoû 2010 - 02:03    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

Je taquine Humphrey qui estime que je n'ai pas bien compris l'histoire.

Une lecture placebo est une expression que je viens juste d'inventer. (Merci des applaudissements).

En médecine, on administre à deux groupes différents, deux médicaments, l'un positif et l'autre neutre (placebo). On ne leur dit pas cela bien sûr. Ils sont censés prendre le même médicament (le vrai). Si le deuxième groupe prenant le placebo guérit, alors l'effet n'a été que purement psychologique.

Dans  le cas présent, on administre deux lectures à ton texte : une lecture positive prenant en compte tous les ingrédients du texte (histoire et côté artistique), c'est la lecture Humphrey . Et une lecture neutre s'intéressant peu à l'histoire, mais réagissant fortement aux côtés artistiques, c'est la mienne.

Ma lecture n'a pas été efficace. Pour une fois. J'ai relu le texte au moins six fois, je suis toujours entraîné par son côté mystérieux, poétique et suggestif, par son côté attractif  évoquant un conte mais je mélange toujours entre le vrai et le faux père. Le texte n'en est pas innocent. C'est peut-être son but après tout.
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MessagePosté le: Lun 30 Aoû 2010 - 12:09    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

Oui Abdel, qui est le père finalement dans la vie d'un être, celui qui engendre ou celui qui accompagne dans le don de soi?
Placebo,j'entends bien, je comprends maintenant ta lecture placebo.
C'est marrant, le premier titre auquel j'avais pensé était "conte moderne" et tu me dis que ça évoque pour toi un comte. Quelque part c'est une histoire de sensibilité. Notre culture commune? Puis j'ai pensé au burnous car tissage, car protection, enveloppement...
Pour répondre à Humphrey, l'histoire de femme abusée et abandonnée a tellement été rabâchée qu'il m'a semblé moins ennuyeux pour moi de l'écrire sous cette forme. un peu conte un peu monologue réminiscences de souvenirs qui rende aussi compte de la construction d'un être, enfant ado pis adulte qui voit enfin que la parenté génétique est moins "faisante" disons.
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Waam
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MessagePosté le: Lun 30 Aoû 2010 - 12:13    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

pardon c'est truffé de fautes d'accord, je ne suis pas en forme aujourd'hui!!!!
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amynochka


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MessagePosté le: Ven 8 Oct 2010 - 18:34    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

  J'ose espèrer être pardonnée encore une fois de plus ! Il est vrai que j'ai déjà lu le texte que j'ai d'ailleurs beaucoup apprécié pour déja le grand souffle qui s'y dégage , mais que je n'ai pu commenter! ( chose que je maîtrise peu ) et je rejoins Humphrey dans sa remarque : " votre texte a toutes les qualités requises d'une bonne esquisse de roman "

 NB : J'ai compris le texte dès la première lecture. Il a ce petit quelque chose qui a déclenché immédiatement en moi des souvenirs lointains...Je m'y suis retrouvée en quelque sorte
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Waam
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MessagePosté le: Ven 8 Oct 2010 - 20:57    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

Merci Aminochka de ton retour.
C'est sympa de laisser un petit mot. je suis comme vous pour les commentaires mais les copains du site m'ont quand même encouragée à les faire et je le fais, consciente que je ne donne que mon propre ressenti....
A bienntôt!
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magic
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MessagePosté le: Dim 7 Nov 2010 - 22:41    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

Bravo waam. J'aime beaucoup cette histoire.
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magic
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MessagePosté le: Dim 7 Nov 2010 - 23:08    Sujet du message: Le Burnous Répondre en citant

Je viens d'imprimer pour relire à ma guise.. 
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 06:43    Sujet du message: Le Burnous

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