http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: la peau de l'ours
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la peau de l'ours

 
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eysseric
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Taureau (20avr-20mai)

MessagePosté le: Mer 8 Déc 2010 - 17:04    Sujet du message: la peau de l'ours Répondre en citant

La peau de l’ours

Tout au nord de la grande forêt que l’on nomme la taïga, vivaient, dans une modeste maison, une mère, son fils et son petit-fils. La mère était ce que l’on appelle une femme de caractère, habituée à faire face à la rudesse des intempéries et à la disette. Elle veillait sur sa maisonnée, et ses mains disaient tout le travail accompli : lessives dans l’eau souvent glacée, entretien du feu pour chauffer la maison et préparer les repas…

Son fils chassait, juste ce qu’il fallait pour se nourrir sobrement, coupait le bois de chauffage et bûcheronnait pour de rares commandes. Et son garçon le suivait partout.

L’homme enseignait à l’enfant les empreintes des animaux, comment se mettre à l’affût parfois pendant de longues heures. Il savait lui raconter comment vivent les bêtes et le respect que les hommes leur doivent. Il lui apprenait à regarder les arbres, à reconnaître leur âge, à sélectionner ceux qui pouvaient être abattus. Il lui apprenait à tailler dans le bois les objets utiles pour la maison, à fabriquer des arcs et des flèches et à s’en servir. Il lui apprenait aussi le geste sûr qui figeait dans le bois la course de l’élan, la fuite ondulante de la martre, les oreilles espiègles du lièvre ou l’attaque de l’ours. Le père avait de l’or dans les doigts et aimait à le lui transmettre. Une grande complicité régnait entre eux.

Ils étaient pauvres, mais leur maison était en quelque sorte un ouvrage d’art. Car le père avait du temps, la vraie richesse, et il sculptait le bois à merveille. Les piliers qui soutenaient la charpente, la poutre faîtière, étaient entièrement ouvragés et évoquaient les légendes de la forêt. Ainsi le garçon s’endormait-il souvent en les contemplant et rêvait-il à toutes les chasses à venir. Pour sa mère, le fils avait réalisé un superbe fauteuil à bascule, et le soir, elle aimait y passer un long moment, près du feu, tandis que l’homme et son fils jouaient aux osselets ou aux échecs dont les pièces avaient été patiemment fabriquées par le père, aidé de son fils qui apprenait à manier chaque outil à ses côtés.

Au milieu de l’automne, le père déclara un soir qu’il partirait le surlendemain à la chasse à l’ours. L’hiver approchait. Il était temps de ramener une provision de viande, de la graisse pour les défendre tous trois contre le froid et une belle peau d’ours pour remplacer la couverture par trop usée de sa mère. L’enfant insista pour accompagner son père, mais celui-ci refusa. Cette chasse exigeait une résistance qu’il ne possédait pas encore. De plus, en cas de danger, il fallait être capable de faire face seul et très rapidement : «- il faut que le temps fasse son travail ; je t’emmènerai à la prochaine saison » lui dit-il. La journée du lendemain se passa en silencieux préparatifs. Le soir, le père fit ses recommandations à sa mère et à son fils, passa en revue très soigneusement son arme et son paquetage et, au petit matin, il prit congé d’eux sans s’attarder.

Trois jours passèrent. La grand-mère s’activait silencieusement aux besognes du ménage, préparait des conserves pour faire face au long hiver qui approchait, tricotait gants, écharpes et bonnets de grosse laine rugueuse. Elle ne savait pas sculpter le bois ; elle savait seulement l’enfourner dans la grosse cuisinière en fonte qui avait un appétit féroce et en réclamait toujours davantage. Et la grand-mère lui en donnait à satiété. Pour cela, elle demandait à son petit-fils d’aller le lui chercher sous l’appentis derrière la maison et la règle était de refaire la provision de bois au fur et à mesure qu’elle diminuait. Et voilà que lui, qui savait faire d’une bûche un élan, une martre, un lapin variable ou un ours, il passait de longues heures à débiter des morceaux de bois pour les faire brûler. Il en voulait beaucoup à sa grand-mère et ne manquait pas une occasion de le lui faire savoir. Elle n’y prêtait guère attention, autrement que pour lui en demander encore : « - Tu seras bien content, cet hiver, de pouvoir te chauffer le ventre. Les premiers froids sont là. Ton père tarde à rentrer et tu es grandement d’âge à m’aider » ajoutait-elle sèchement.

Les jours suivants, il ne parla plus que par monosyllabes boudeuses, pour finir par ne plus parler du tout.

Au huitième jour, il ne se leva point. Sa grand-mère lui en demanda la raison, mais il refusa de lui répondre. Elle insista. « - Va t’en. Je te déteste. Je ne veux plus couper du bois. »Très mécontente, elle lui précisa d’un ton impératif qu’il était grand temps qu’il aille couper du bois. En guise de réponse, il enfila un vêtement, la bouscula et sortit en claquant la porte. Elle l’entendit fendre les bûches encore et encore. Quand elle allait lui dire de venir se restaurer d’une des galettes qu’elle venait de confectionner, la porte s’ouvrit tout grand et il se précipita, sa hache à la main, sur le fauteuil de sa grand-mère. En un rien de temps, celui-ci fut transformé en tas de bois hérissant des échardes blanches de tous côtés. –« Tu as assez de bois maintenant » dit- il en se laissant tomber au sol, à bout de fatigue et d’énervement.

Le sang de la vieille femme ne fit qu’un tour et elle empoigna son petit-fils avec toute l’énergie que provoquait sa colère. Elle le traîna dehors, lui arracha ses vêtements et l’attacha solidement à l’un des poteaux qui portaient la maison. Hors d’elle, essoufflée, elle lui lança : « Tu es allé au delà du supportable. Seule l’épreuve du froid peut te faire revenir à de bons sentiments. Je reviendrai plus tard et te détacherai après que tu m’aies demandé pardon ». Et elle rentra dans la maison sans se retourner, tandis que la nuit s’approchait et que de gros flocons de neige commençaient à blanchir le sol.

Pendant ce temps, le fils était parti à la chasse à l’ours, souvenez-vous.

Le 1er jour, il avait marché, marché, longuement marché. Il faisait froid et l’on sentait bien que l’hiver allait s’installer rapidement. Quelques flocons de neige commençaient à voleter dans l’air glacé, et le ciel était bas et menaçant. Il était fatigué, et comme il n’avait relevé aucune trace de son gibier, il décida de s’installer pour la nuit au milieu d’un bosquet d’arbres maigres et tordus qui le protégeraient un peu du vent et lui fourniraient de quoi réaliser un abri sommaire et du combustible pour se chauffer et éloigner le danger. Ainsi, il reprendrait des forces pour partir à nouveau chasser le lendemain.

Le 2ème jour, triste et froid comme le précédent, dès le lever d’une maigre lueur dans le ciel, il ramassa son paquetage, ses provisions, éteignit soigneusement le feu qui l’avait réchauffé, enfonça son bonnet fourré sur ses oreilles, prit son fusil, prit le vent qui lui parut favorable, et repartit dans sa traque. Il marcha, marcha, marcha longtemps tout en guettant le moindre signe, la moindre trace, la moindre odeur, le moindre bruit qui lui indiqueraient son but. Soudain, au détour d’une profonde crevasse il entendit des grognements rauques : seul un ours grogne ainsi. En faisant bien attention de rester contre le vent, en marchant le plus léger possible, attentif à ne pas alerter l’animal, il l’aperçut enfin, couché au sol : une énorme masse sombre, capable en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, de se dresser sur ses pattes de derrière et de le déchirer, de ses griffes aiguës. Lentement, très lentement, il s’approcha de l’animal, près, si près maintenant qu’il l’entendait haleter. A moins de 10 mètres de sa proie, il épaula son fusil, l’arma et l’ours se retourna, alerté. Le chasseur, trop approché, pétrifié, ne put tirer. Un voile obscurcit ses yeux.

Quand son regard s’éclaira à nouveau, il vit l’ours toujours couché au sol mais tourné vers lui de telle manière qu’il aperçut alors une petite boule de poils hirsutes et raides, contre le flanc de l’animal ; il aperçut dans le même temps le piège qui avait broyé l’ourson et celui qui maintenait prisonnière la patte arrière de l’ourse.

La peur quitta son ventre dès lors même que l’ourse le regardait de ses yeux noirs dans lesquels le chasseur crut voir soudain son fils, gai et tranquille près de la cuisinière que la grand-mère alimentait régulièrement. Alors, il s’approcha encore, près, plus près. Mais l’ourse ne bougea pas, ne grogna pas ; elle semblait lointaine, presque absente. Le chasseur s’approcha encore, si près maintenant qu’il touchait la fourrure épaisse de l’animal qui ne broncha pas à ce contact. Enhardi, le chasseur ouvrit les mâchoires féroces du piège qui avaient déchiré les chairs et broyé les os de la patte. La douleur vive fit grogner l’animal et le chasseur, effrayé, recula d’un sursaut. Mais l’ourse resta au sol, tournée à nouveau vers le petit corps raidi couché contre son flanc. Le chasseur alors ramassa le maigre feuillage alentour, avec des poignées de terre qu’il humidifia de sa gourde d’alcool ; il amalgama ensuite le tout et confectionna un emplâtre dont il couvrit les plaies de l’animal ; puis il ramassa quelques branchages qu’il lia autour de la patte. Il déposa ensuite près de l’ourse une portion de lard qu’il préleva dans son paquetage, la toucha encore une fois légèrement et après un dernier regard à l’animal, il s’éloigna sur son chemin de retour vers la maison.

Chemin faisant, il pensa à cette aventure étrange qu’il venait de vivre. Il s’interrogeait mais en revenait encore et toujours au contact de la fourrure épaisse et chaude sous ses doigts. Arrivé près de son lieu de campement de la veille, il décida de passer une nouvelle nuit sur place. Peut-être aurait-il la possibilité ainsi de croiser la trace d’un autre animal.

Mais le 3ème matin, blême et froid comme les précédents, après avoir nettoyé son campement, éteint le feu, ramassé ses provisions et pris son fusil, le chasseur repartit sur ses traces de la veille. Nul être vivant à la ronde. Arrivé à proximité de la crevasse, son cœur battait très fort : l’ourse serait-elle là ? Le reconnaîtrait-elle ? Ces questions se bousculaient dans son esprit et il accéléra le pas. Elle était là, allongée, mais le lard avait disparu. Il s’approcha, s’approcha doucement. L’ourse tourna son regard vers lui et ne bougea pas. Son ourson mort était toujours à son flanc. Il s’approcha encore et il caressa la fourrure épaisse et chaude. Elle ne bougea toujours pas. Il prit doucement la patte blessée dans ses mains, souleva l’emplâtre qu’il avait installé et constata que la blessure avait meilleur aspect. Il fit un nouveau pansement, il déposa à nouveau un morceau de lard et après une caresse et un regard, il s’éloigna.

Et il en fut ainsi les jours suivants.

Au matin du 8ème jour, ses provisions étaient presque épuisées. Il fallait partir. Il voulut revoir son amie encore une fois, car il l’appelait son amie maintenant. Il reprit donc le chemin de la crevasse. Son pas était lent, malgré la neige qui s’était mise à tomber et le vent qui soufflait en rafales glaciales. Mais l’ourse n’était plus là, le petit cadavre avait disparu. Seuls 2 pièges ouverts et froids comme la mort attestaient que tout ceci n’était pas un rêve. Il repartit lentement, les yeux brouillés. Il se retourna une dernière fois. Il distingua alors une sombre masse gigantesque à quelques mètres de lui. Ses sens de chasseur en éveil, il prit son fusil ; la masse noire approcha, approcha encore : c’était un ours. Il allait tirer quand, en un éclair, il vit des liens qui entouraient une des pattes de l'animal, là même où il avait fait un pansement. Il baissa son fusil. L’animal s’approcha encore, pesamment, près, plus près, baissa son mufle et vint le loger sous l’aisselle du chasseur. Puis ils s’en allèrent. Et ainsi, moitié courant, moitié boitant, l’un suivant l’autre, une fois l’un, une fois l’autre, ils partirent ensemble vers la petite maison chaude et accueillante où attendaient grand-mère et petit-fils qui avaient dû s’inquiéter d’une si longue absence.

Le chemin de retour, rendu difficile par la neige qui tombait à gros flocons, lui parut cependant très court. La nuit commençait à tomber quand il aperçut dans le lointain le cordon de fumée qui s’échappait de la cheminée de la maison. Il pressa le pas, heureux d’arriver. Maintenant, il distinguait la faîtière du toit qu’il avait ornée, il sentait la bonne odeur des galettes. Il arriva enfin ; la nuit était là et la neige avait fait un étincelant tapis épais au sol. Il poussa la porte en criant : « Mère, fils, me voilà. Venez m’embrasser, venez que je vous raconte ». La voix de sa mère s’éleva, grinçante : « C’est maintenant que tu arrives ? » Elle était encore sous le coup de la colère qu’elle avait éprouvée avec son petit-fils. L’homme ne comprit pas. Et son fils, allait-il aussi lui faire un si mauvais accueil ? « Fils, fils, viens m’embrasser. Viens voir. Viens, je t’aime. » Mais son fils ne répondit pas, ne se manifesta pas. Le père, inquiet, parcourut la cabane des yeux, se tourna. L’ourse était dans l’encadrement de la porte, serrant contre sa fourrure épaisse et chaude le corps nu et roide de l’enfant.
L’homme ne dit rien. Ses yeux se chargèrent d’orage. Passant près de l’ourse, il lui murmura « prends en soin » et il sortit sans un regard en arrière. Il alla chercher une corde épaisse tressée de tendons de renne. Arrivé près du pilier auquel son fils avait été attaché, il ramassa la corde que l’ourse avait déchirée avec ses griffes et la jeta au loin. Puis il enroula la corde autour de son corps contre le pilier et serra, serra et fit un nœud solide.
« Que fais-tu fils ? Que fais-tu là ? Arrête !!!! » hurlait sa mère.
« Mère, je fais à ton fils ce que tu as fait au mien ».
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MessagePosté le: Mer 8 Déc 2010 - 17:04    Sujet du message: Publicité

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Inscrit le: 24 Mar 2009
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Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Jeu 9 Déc 2010 - 19:00    Sujet du message: la peau de l'ours Répondre en citant

Trop long pour le temps dont je dispose actuellement, mais j'y reviendrai. Si j'oublie, rappelez-le moi.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 18:35    Sujet du message: la peau de l'ours

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