http://ecrire.clicforum.com 2011-07-26 Créations littéraires :: dérision
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dérision

 
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eysseric
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Taureau (20avr-20mai)

MessagePosté le: Jeu 9 Déc 2010 - 22:44    Sujet du message: dérision Répondre en citant

Elle avait treize ans et aussi loin qu’elle remontât dans ses souvenirs, seuls les livres, leurs mystères, leurs découvertes, leurs questions, habitaient chaque repli de son esprit et de son cœur. Le reste du monde pouvait bien s’effondrer, hurler, exploser, un seul abri, un seul hâvre. Le lieu de ressourcement et de toute vie, le livre, la page tournée, la ligne…une drogue, une jouissance, le début et la fin de la vie.
Monsieur Lévy, tout au fond de sa boutique, petite, noire, sale, le savait bien, qui la voyait arriver toutes les semaines, parfois rieuse, parfois sombre, quelquefois boudeuse, toujours diserte : « Mr Lévy, il n’était pas bien le livre que vous m’avez prêté » « Mr Lévy, que j’ai ri si vous saviez…. » « Mr Lévy, j’ai pleuré, celui-là est trop triste, comment peut-on faire des choses pareilles ??? » Et Mr Lévy de dire : « Ma fille, tu n’as pas aimé ce livre parce que tu es jeune, si jeune, et ce livre là tu sais, si je t’assure, il est bien, il est même très bien, et dans quelques années, quand je n’y serai plus, peut-être auras-tu envie de le relire en pensant à ce que je te dis maintenant et tu me diras, doucement, tout doucement, Mr Lévy, tu avais raison, il est bien ce livre…. » Et Mr Lévy de dire : « Ma fille, j’ai compris que tu avais besoin de rire, alors j’ai bien choisi n’est-ce pas ? Oui, il fait rire ce livre, le rire qui libère, le rire qui ouvre la poitrine, la bouche, qui plisse les yeux, qui remonte du ventre jusqu’en haut du bout des cheveux, là où le vent se glisse et se perd ». Et Mr Lévy de dire : « Ma fille, ‘Ce n’était qu’un prélude. Et là où on brûle des livres, on finit par brûler aussi des gens’. Cette phrase, ma fille, elle est inscrite sur la Bebelplatz, à Berlin, là où je suis né, là d’où j’ai dû fuir, je te l’ai raconté, là où je ne suis jamais retourné, là où est mon âme et mon amour ». Et Mr Lévy de pleurer et Agate de se dire que Mr Lévy était gentil, elle l’aimait bien, mais il était vieux, si vieux, et il radotait, il parlait comme ses livres dont il ne vendait jamais un seul, heureux semblait-il de les lui faire découvrir et de cheminer avec elle dans les forêts de mots dormant sur les étagères. Elle savait bien que les livres racontaient des histoires et les histoires, ce n’est pas tout à fait la vie de tous les jours, la vie où les parents disent : « tiens toi droite, ne fais pas ci, ne fais pas ça, quelles sont tes dernières notes ? Tu te couches à 21 h et pas question de lire… » Pas question de lire ? Et puis quoi ? Et Agate repartait chez elle, les bras chargés de livres, prête à de nouvelles explorations à la rencontre de mondes nouveaux, passionnants, sous le drap, à la lueur de la lampe de poche, tous les sens aiguisés, et le plaisir toujours renouvelé.
Et puis Agate a grandi, vieilli, Mr Lévy s’en est allé loin là-bas, à Berlin ou ailleurs, et la boutique a disparu, remplacée par l’un quelconque de ces temples de la consommation moderne. Et puis Agate a toujours lu au long de ces années, elle lit encore et souvent, au détour d’un ouvrage qu’elle aime, une pensée nostalgique s’envole vers Mr Lévy. Oui, tu avais raison, il est très bien ce livre, et comme j’aurais aimé en parler avec toi. Comme j’aurais aimé écouter et surtout entendre le roman noir de ta vie. J’ai compris tellement de choses et pourtant je ne comprends toujours pas la folie des hommes. On avait dit plus jamais ça…et pourtant, tant et tant d’autres massacres et de génocides, tant de gens persécutés ou tués pour leurs opinions, tant et tant de livres détruits encore et toujours...Tu m’aurais dit : « Agate, c’est Vasquez Montalban qui fait dire à son héros ‘J’ai des livres. Et en plus je les ai lus’ et qui brûle ses livres parce que la culture ne lui a pas enseigné à vivre ». Tu m’aurais dit aussi : « Agate, détruire les idées dangereuses en brûlant les livres où elles ont été trouvées a toujours donné un pouvoir ou une illusion de pouvoir aux gens ou à ceux qui voulaient du pouvoir ». Tu m’aurais dit aussi : « Agate, souviens-toi de Nathaniel Hawthorne ; il a dit ‘Quelle futilité de vouloir brûler des livres : si on essaye, on a déjà perdu ‘… » Et nous aurions parlé de l’Inquisition, de tous les autodafés et bûchers anciens, des fatwas actuelles et de cette nuit d’août 2007 où 6.000 livres sont partis en fumée à l’abbaye de Lagrasse suite à un « acte de malveillance », et de tous les massacres, pogroms, autodafés et bûchers à venir. Et nous aurions conclu sur ce livre « Au nom de la Rose » : tu m’en aurais savamment parlé, et j’aurais écouté et parlé à mon tour du film qui en avait été adapté et comme je trouve Sean Connery toujours aussi sexy. Le rire, ce scandale, Mr Lévy, le rire comme dernière et ultime défense. Tu me manques Mr Lévy.
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MessagePosté le: Jeu 9 Déc 2010 - 22:44    Sujet du message: Publicité

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Abdel
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Inscrit le: 08 Aoû 2008
Messages: 1 314

MessagePosté le: Ven 10 Déc 2010 - 19:40    Sujet du message: dérision Répondre en citant

J'ai une forte impression que le titre ne reflète pas le contenu.

D'habitude je réagis très vite à la dérision, cette fois-ci je ne sais pas ce qui se passe.
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René Berthiaume
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Messages: 84

MessagePosté le: Sam 11 Déc 2010 - 16:13    Sujet du message: dérision Répondre en citant

On ne rendra jamais assez hommage à ces libraires souvent ténébreux mais passionnés qui nous ont fait
découvrir le monde, dans notre jeunesse, par la seule lecture de livres importants. Ce qui a été mon cas, quand j'avais
16 ans. Ce librairie s'appelait Henri Tranquille. Et c'est grâce à lui que j'ai découvert Malraux, Sarte, Gide, Saint-Ex,
Prévert, Faulkner, Huxley et tant d'autres.
Je soupçonne que le persaonnage d'Agate est à votre ressemblance.
D'accord avec Adbel que le titre ne rend pas justice à votre texte, focalisé sur un être attachant , Monsieur Lévy et sur une pettie fille sensible au grand malheur de cet homme.
Le texte est bien écrit et bien structuré. Bravo !
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eysseric
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Messages: 215
Taureau (20avr-20mai)

MessagePosté le: Dim 12 Déc 2010 - 10:11    Sujet du message: dérision Répondre en citant

Merci pour ces commentaires.
Pourquoi dérision? Peut-être parce que le livre a toujours été un support fantasmatique puissant. Peut-être parce que dans les pires moments, ceux qui savent les vaincre au mieux sont ceux qui ont ou ont eu un livre auquel s'amarrer. Peut-être parce que les livres sont la "vraie" vie. Peut-être parce que "l'humour est la politesse du désespoir"... Peut-être. Dérision...
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:19    Sujet du message: dérision

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